Histoires olympiques : 1968, coup de tonnerre sur Mexico

Publié le 22 avril 2024 - Richard Coudrais

Le 15 octobre 1968 dans l’Azteca de Mexico, l’équipe de France olympique réalise l’un des plus grands exploits de son histoire en écrasant les favoris mexicains sur leur pelouse.

4 minutes de lecture

Les Jeux olympiques de Mexico, en 1968, sont considérés comme les plus marquants de l’histoire, tant pour des raisons sportives (de nombreux records, dont le saut extraordinaire de Bob Beamon) que pour la tension qui régnait dans et autour des stades (répression sanglante quelques jours avant la cérémonie d’ouverture, manifestation des athlètes américains sur le podium…).

Une chance de médaille

Dans le flot d’images de ces Jeux pas comme les autres a été englouti le souvenir d’un match de football qui devrait être porté au panthéon du football français, surtout à une époque où celui-ci avait peu l’occasion de se réjouir.

L’équipe de France amateur s’est en effet qualifiée pour le tournoi des Jeux de Mexico. Durant la phase pré-olympiques (les éliminatoires), elle s’est défaite de la Finlande puis de l’Autriche pour obtenir son ticket. Le sélectionneur André Grillon, ancien international A (15 sélections), déclare à qui veut l’entendre que son équipe a du potentiel pour ramener une médaille. Un an plus tôt, la sélection a co-remporté le tournoi des Jeux méditerranéens avec l’Italie, la finale s’étant terminée par un score nul et les tirs au but n’étant pas encore d’usage.

Les footballeurs professionnels sont interdits aux JO mais les futurs pros en formation sont autorisés, tels le Strasbourgeois Dario Grava et les jeunes Stéphanois Yves Triantafilos et Jean-Michel Larqué, qui ont rejoint l’équipe de France amateur au Mexique. Le 13 octobre 1968, à Puebla, l’équipe débute idéalement son tournoi en s’imposant 3-1 contre la Guinée.

Temps orageux à Mexico City

Une rencontre autrement plus difficile l’attend le 15 octobre au stade Azteca de Mexico, qui doit l’opposer à l’équipe du Mexique. L’équipe locale a clairement affiché son ambition de remporter le tournoi, même si celui-ci est la chasse gardée des pays de l’Est européen depuis seize ans. Le sélectionneur Ignacio Trelles a convoqué les meilleurs joueurs mis à sa disposition. La rumeur rapporte qu’un grand nombre sont des professionnels, mais personne n’ose porter réclamation par manque de certitudes.

Quelques heures avant la rencontre, un orage gronde au-dessus de Mexico, ce même orage qui, au stade olympique, retarde le concours du lancer de disque et favorise les desseins du grand favori Al Oerter. A une dizaine de kilomètres, 70.000 spectateurs occupent les tribunes du stade Azteca qui ressemble à un volcan. Comme prévu, les Français subissent d’entrée les attaques déferlantes des attaquants mexicains, mais les Tricolores ne s’affolent pas et laissent passer l’orage, au propre comme au figuré.

Après un quart d’heure passé à défendre, les Français commencent à entreprendre de tranchantes contre-attaques. Ils se procurent une première occasion à la suite d’une montée de l’ailier Gérard Hallet et d’une série de dribbles de Marc Case Kanyan qui perturbe la défense mexicaine. L’action aboutit à un tir de Kanyan qui passe juste au-dessus.

Calme olympien

A la vingtième minute, les Français obtiennent un coup franc indirect à vingt mètres de la cage mexicaine. Daniel Horlaville pousse le ballon, Kanyan le frappe, le mur mexicain dévie la trajectoire et le gardien Vargas est surpris. L’ouverture du score des Français refroidit soudainement l’ambiance dans le stade. Le public mexicain imaginait mal son équipe rencontrer des difficultés, en dépit d’un premier match où elle a eu toutes les peines du monde à l’emporter contre la Colombie (1-0).

Les Mexicains reprennent le match comme ils l’avaient commencé, en attaquant le but français de toutes parts. Leurs manœuvres sont toutefois brouillonnes et axées sur l’exploit individuel. Estrada parvient à battre Henri Ribul le gardien français mais le but est refusé car l’attaquant mexicain était hors jeu. Mais à la 25e minute, un tir de Victorino transperce les filets tricolores.

Le public reprend espoir et vocifère à nouveau. Mais les Français font preuve d’un calme… olympien. A la fougue mexicaine ils répondent par un jeu plus posé. On atteint la demi-heure de jeu lorsque Hallet déborde sur l’aile gauche et adresse un centre que Kanyan reprend de la tête. Le ballon flotte dans l’air avant que Charles Teamboueon ne vienne lui administrer un nouveau coup de tête qui l’envoie dans la cage mexicaine.

Des coussins sur la pelouse

Le désarroi mexicain est d’autant plus grand que cinq minutes plus tard, sur un nouveau centre de Hallet à ras de terre, le défenseur mexicain Humberto Medina manque son dégagement et envoie le ballon dans son propre but.

A 3-1 pour la France, l’ambiance est houleuse dans les travées. Le public jette des coussins sur la pelouse. En seconde période, à la 70’ minute, Larqué lance Kanyan sur l’aile droite. Le Néo-Calédonien d’Ajaccio dribble deux défenseurs puis envoie le ballon dans la cage mexicaine. Le score est désormais de 4-1 et cela ressemble bien à une déroute pour les Mexicains.

La rencontre se poursuit sous les huées des 70.000 spectateurs et prend fin sur ce score proprement inattendu. Avec deux victoires, l’équipe de France est d’ores et déjà qualifiée pour les quarts de finale.

Un parcours inachevé

L’exploit des amateurs tricolores partagera la une de L’Équipe avec celui de l’Australien Ralph Doubell, vainqueur du 800 mètres et nouveau recordman du monde. L’écho de la victoire résonnera dans tout l’hexagone, alors que le football français a peu souvent l’occasion de se réjouir.

La qualification acquise, le sélectionneur tricolore procède à six changements pour le troisième match contre la Colombie à Puebla. La défaite 2-1 ne remet pas en cause la première place du groupe, même si le Mexique l’emporte 4-0 contre la Guinée.

En quarts de finale, l’équipe de France croit avoir un adversaire à sa portée avec l’équipe du Japon. Mais au stade Aztec, les Tricolores s’inclineront 3-1 face à Kunishige Kamamoto et ses coéquipiers, qui recueillent en 1968 le fruit de ce qu’ils avaient préparé pour les Jeux de 1964.

Mexico, estadio Azteca, le 15 octobre 1968
FRANCE olympique bat MEXIQUE olympiques 4-1
Buts : Kanyan (20’ et 69’), Teamboueon (30’), Medina (36’ csc) pour la France, Victorino (26’) pour le Mexique.
MEXIQUE : Vargas - Alejandrez, Medina, Sanabria, Pérez - Regueiro, Pulido, Bustos - Estrada (Muñoz), Pereda, Victorino.
FRANCE : Ribul - Lempereur, Zix, Verhoeve, Planté - Larqué, Hodoul, Horlaville - Kanyan, Teamboueon, Hallet. Sélectionneur : André Grillon.
Arbitre : Erwin Hieger (Pérou)
70.000 spectateurs

Les joueurs

Deux joueurs de l’équipe de France olympique vainqueur du Mexique connaîtront l’équipe de France A : le Stéphanois Jean-Michel Larqué (14 sélections entre 1969 et 1976) et le Quevillais Daniel Horlaville (1 match en 1969), ce dernier étant connu comme le dernier joueur amateur à avoir figuré en équipe de France. Le groupe français comptait également le Strasbourgeois Dario Grava (1 sélection en 1973) et le Stéphanois Yves Triantafilos (1 sélection en 1975).

Le stade

L’équipe de France A n’a jamais joué à l’Azteca de Mexico. Elle n’a évolué qu’une seule fois dans la capitale mexicaine, à l’occasion de son huitième de finale de la Coupe du monde 1986 disputé contre l’Italie au stade olympique. Son parcours l’avait successivement conduit à Léon, Guadalajara et au Cuauhtémoc de Puebla, où l’équipe olympique de 1968 a disputé deux rencontres.

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