Sebastian et Angel Rambert, une filiation franco-argentine

Publié le 10 mai 2020 - Pierre Cazal

L’histoire des Rambert traverse le vingtième siècle : un Français du Sud-Ouest qui part en Argentine, son petit-fils Angel qui découvre la France à 24 ans, joue pour les Bleus, retourne en Argentine et meurt avant de voir son fils Sebastian porter le maillot albiceleste.

Un père et un fils en bleu, c’est peu fréquent mais pas rare : Roger et Patrice Rio (18 et 17 sélections) René (1) et Jean (7) Gallice, René et Pierre Pleimelding (1 chacun), Guy (2) et Didier (3) Sénac, Julien (1) et Yannick (37) Stopyra, et surtout Jean (48) et Youri (82) Djorkaeff. Par contre, le père en bleu, et le fils sous les couleurs d’un autre pays, l’albiceleste de l’Argentine en l’occurrence, c’est unique et c’est le cas des Rambert, Angel et Sebastian.

Angel Rambert est né le 12 juin 1936 à Buenos-Aires, où son grand-père avait émigré en provenance du Sud-Ouest de la France au début du XXème siècle. Le cas n’était pas rare (comme en Uruguay), l’Amérique du Sud apparaissait comme un Eldorado, à tel point que 17% de la population argentine ont une ascendance française (désormais lointaine). Le nom de Rambert est assez répandu : un quartier de Lyon (où le hasard a porté le jeune Angel) s’appelle Saint-Rambert, et pour ceux qui ont lu Camus, ils se rappellent d’un personnage de son roman La Peste portant ce nom.

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La filière argentine, une bonne affaire pour les clubs français

C’est en avril 1960 qu’Angel Rambert a signé un contrat avec l’OL : il évoluait jusqu’alors dans les rangs du CA Lanus de Buenos-Aires (Lanus est un quartier de la capitale argentine), club de second rang. Pourquoi l’OL s’est-il intéressé à ce joueur méconnu ainsi qu’à un autre argentin encore plus méconnu, Nestor Combin ? Parce que depuis 1955 il était interdit de recruter des joueurs étrangers, et que les clubs cherchaient à contourner cette interdiction en s’intéressant à des joueurs d’ascendance française susceptibles de récupérer la nationalité de leurs ancêtres, comme la loi le permet.

Le football sud-américain bénéficiait d’un grand prestige depuis l’exhibition sidérante de l’Uruguay aux Jeux Olympiques de 1924, qui avait déjà entraîné une arrivée massive de joueurs dans les années 30, dont certains avaient pu revêtir le maillot bleu comme Pedro (Pierre) Duhart ou Hector Cazenave les Uruguayens, ou Miguel (Michel) Lauri l’Argentin. La guerre de 1939-45 avait tari le flux, mais l’interdiction de 1955 l’avait ravivé. On vit arriver les De Bourgoing, Gauthier, Bessonnart, Maison et donc Rambert et Combin (et, bien plus tard, Trezeguet), tous pouvant plus ou moins exciper d’un ancêtre gaulois !


 

Rambert-De Bourgoing, un duo latino pour les Bleus en 1964

Pour ceux qui l’ont vu évoluer (ce qui fut mon cas), le jeu d’Angel Rambert était une source de délices. Tout en contrepieds et déhanchements, ballon scotché au pied gauche, Rambert était un dribbleur suave que même Zidane ne surpasse pas : pas d’esbroufe, mais une danse expédiant ses adversaires dans le vent, voire sur les fesses, en souplesse. Faux ailier, il ne débordait jamais mais orientait le jeu. Il s’imposa sans discussion à l’OL, jouant 380 matches, inscrivant 67 buts et gagnant deux Coupes de France (1964 et 1967).

Forcément, les sélectionneurs se sont intéressé à un joueur aussi doué techniquement : ce fut le cas de Verriest dès 1962 contre la Pologne (1-3), aux côtés d’un autre Argentin, Hector De Bourgoing (auquel il sera consacré un article ultérieur), mais ce fut un échec, l’équipe manquant de cohésion. Les bonnes performances de l’OL le remirent en selle en 1964, et il disputa alors quatre matches d’affilée, marquant même l’unique but (1-0) de la victoire contre la Norvège. Cependant, le nouveau sélectionneur Henri Guérin décida de changer son fusil d’épaule en 1965 et d’opter pour un ailier gauche de débordement, Gérard Hausser, qui confisqua alors le poste. C’en était fini de la carrière en bleu d’Angel Rambert.

L'équipe de France face à la Norvège le 11 novembre 1964
L’équipe de France face à la Norvège le 11 novembre 1964
Debout de gauche à droite : J.Djorkaeff, Artelesa, Charles-Alfred, Chorda, Aubour, Ferrier ;
Accroupis : Lech, Bonnel, Guy, Herbin, Rambert.

Sebastian, international argentin en 1995

Il retourna à Buenos-Aires en 1972 et y ouvrit une confiteria-bowling (un snack-bar). Deux filles étaient nées à Lyon, un fils devait naître à Buenos-Aires : ce fut Sebastian, le 30 janvier 1974. Il perdit son père le 25 octobre 1983 : Angel Rambert décéda prématurément d’un cancer à l’estomac. Sebastian fut entouré par ses oncles et notamment Nestor Rambert, qu’Angel avait fait signer à l’OL en 1969. Plus grand que son père (1,81 mètre contre 1,72), plus athlétique, plus fonceur mais nettement moins doué techniquement, Sebastian Rambert fut un « goleador » pour Indépendiente, vite repéré par les sélectionneurs argentins. Il intégra l« albiceleste » à 21 ans lors de la Coupe des confédérations 1995, réalisant ainsi le rêve de son père et de son oncle. Il y marqua même un but contre le Japon et disputa la finale perdue 0-2 contre le Danemark, aux côtés de joueurs tels que Roberto Ayala, Nestor Fabbri, Ariel Ortega ou Gabriel Battistuta...


 

Un échange manqué avec Robert Pirès à Metz

Il ne totalisa que 8 sélections (pour 4 buts), car il fut rapidement happé par l’Inter de Milan, que sa double nationalité intéressait en raison de la limitation du recrutement des joueurs extra-européens. Fils d’un Français, né à l’étranger, il pouvait récupérer lui aussi des papiers français. Hélas, il s’y blessa au genou à l’entraînement, n’y joua même pas un seul match, et l’Inter chercha vite à s’en débarrasser. Il le proposa même au FC Metz, en échange du jeune espoir qu’était alors Robert Pirès ! Mais le deal ne se fit pas, Sébastian Rambert ne put pas marcher sur les traces de son père en disputant le championnat de France.

Il retourna en Argentine, où sa carrière fut encore plutôt brillante, dans les rangs de clubs aussi réputés que Boca Juniors ou River Plate. Il gagna même 4 championnats, deux d’« Apertura » et deux de « Clausura » (les matches aller constituent l’Apertura , les matches retours la Clausura, il y a donc deux titres par saison attribués) : mais la sélection se refusa désormais à lui, la chance avait tourné. Aujourd’hui Sébastian Rambert entraîne un modeste club de la province de Misiones (voisine de l’Uruguay), le Crucero del Norte de la ville de Garupa.

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