Sélectionneurs adverses : les Italiens, de Augusto Rangone à Roberto Mancini

Publié le 18 janvier 2022 - Bruno Colombari

Depuis 1927, c’est Vittorio Pozzo qui est le sélectionneur italien à avoir le plus souvent rencontré l’équipe de France. Il l’a battue six fois sur sept, ce qui est mieux qu’Enzo Bearzot, vainqueur une fois sur quatre avec Platini en face.

Les neuf premiers France-Italie, jusqu’en 1925, se sont joués avec des comités de sélection des deux côtés. Le premier sélectionneur unique aura été Augusto Rangone, que l’équipe de France a croisé deux fois : en 1927 à Colombes (3-3). et un an plus tard, à Amsterdam lors des JO. Malgré un doublé précoce de Juste Brouzes (34 ans), l’équipe de France s’incline 3-4. C’est le premier d’une longue série de déceptions contre l’Italie que dirige désormais Vittorio Pozzo, alors la meilleure équipe européenne et sans doute la deuxième au monde derrière l’Uruguay. Un terrible 0-5 à Bologne en 1931 et un triplé en première mi-temps de Giuseppe Meazza, suivi de deux défaites plus honorables (1-2) en 1932 à Colombes et 1935 à Rome (avec un doublé de Meazza).

En décembre 1937, petit événement : l’équipe de France dirigée par Gaston Barreau obtient un 0-0, le tout premier de leur histoire, avec une très grosse performance du gardien Laurent Di Lorto. Mais ce n’était que partie remise : les deux équipes se retrouvaient six mois plus tard en quart de finale de la Coupe du monde 1938 (organisée par la France). Si les Tricolores faisaient bonne figure à la mi-temps, Oscar Heisserer ayant égalisé juste après l’ouverture du score de Gino Colaussi. Mais en deuxième mi-temps, les assauts répétés de Sivio Piola, auteur d’un doublé, viennent à bout d’une défense française où le capitaine Etienne Mattler refusa de passer au marquage individuel (1-3). Les Italiens allaient remporter leur deuxième titre mondial, après celui de 1934. Et six mois plus tard à Naples, ils battaient à nouveau les Français qui accueillaient pour la première fois Larbi Ben Barek (0-1) sur une mésentente entre le gardien René Llense et le défenseur Jules Vandooren.

Il faudra attendre dix ans pour revoir un France-Italie, en avril 1948 à Colombes. Vittorio Pozzo est toujours là, et les Italiens s’imposent encore (1-3) après avoir marqué trois fois en huit minutes à la demi-heure de jeu. Pozzo quittera la sélection en août 1948, après les JO de Londres.


 

Après lui, il n’y eu plus de sélectionneur unique en Italie jusqu’en 1960. Quand l’équipe de France croise à nouveau la Squadra Azzurra, quatre mois avant la World Cup anglaise, elle est dirigée par Edmondo Fabbri qui pratique le Catennaccio alors en vogue derrière les Alpes. Le sélectionneur français Henri Guérin, méfiant, joue le béton et le match se termine logiquement sur un 0-0 prévisible.

Bearzot allergique à Platini

C’est encore pour préparer la Coupe du monde, celle de 1978 en Argentine, que les Bleus habillés de blanc se déplacent à Naples en février de cette année-là. Et sur le banc italien, Enzo Bearzot ne peut que constater l’immense talent de Michel Platini, qui bat Dino Zoff deux fois sur coup franc (mais le premier sera refusé). 2-2, et une bonne observation du jeu des Bleus qui sera utile quatre mois plus tard, quand les deux équipes se retouveront à Mar del Plata pour leur premier match de Coupe du monde. Tardelli est chargé de museler Platini et y parvient parfaitement. L’Italie l’emporte à l’expérience (1-2) marqué le but éclair de Bernard Lacombe.


 

Ce sera la dernière fois que Platini perd contre Bearzot. La suivante, en février 1982, il sort un match éblouissant et met un terme à 62 ans sans victoire française (2-0). Et en juin 1986, les deux hommes se retrouvent au stade olympique de Mexico en huitième de finale de Coupe du monde, avec Henri Michel comme sélectionneur. Même punition, même score, et encore un but de Platini qui élimine les tenants du titre. Bearzot se retire dans la foulée.

Quand Jacquet bat Sacchi

Pour son premier match en tant que sélectionneur, Aimé Jacquet se retrouve face à Arrigo Sacchi en février 1994 à Naples. L’entraîneur du grand AC Milan paris en mains la Squadra Azzura trois ans plus tôt et il va l’emmener en finale de la Coupe du monde. Mais ce sont les Français, encore traumatisés par leur épouvantable automne 1993, qui s’imposent à la surprise générale (1-0) grâce à un but de Youri Djorkaeff, dont c’est seulement la deuxième sélection et la première titularisation. La dernière (et unique) victoire française en Italie remontait à 1912.

Cesare Maldini (le père de Paolo) ne va diriger l’équipe d’Italie que vingt matchs entre 1997 et 1998, mais il aura le temps de jouer deux fois contre la France, pour deux matchs nuls. Le premier à Paris est amical (2-2 en juin 1997), le second à Saint-Denis est un quart de finale mondial (0-0). La France l’emporte aux tirs au but malgré un échec de Lizarazu, mais Barthez sort la tentative d’Albertini et Di Biagio trouve la barre. C’est fini pour l’Italie et pour Cesare Maldini.

Deux ans plus tard, son fils Paolo, qui n’a toujours rien gagné en sélection, croit bien tenir sa revanche quand l’Italie dirigée par Dino Zoff mène 1-0 dans le temps additionnel de la finale de l’Euro 2000 à Rotterdam. Une frappe croisée du gauche de Wiltord plus tard, c’est la prolongation. Et une volée du gauche plus tard, c’est le but en or et le titre de champion d’Europe pour les Bleus. Tout comme Enzo Beazot et Cesare Maldini, Dino Zoff vit son dernier match de sélectionneur et démissionne après avoir été durement critiqué par Silvio Berlusconi.


 

RD contre RD

La séquence suivante va voir Français et Italiens se rencontrer quatre fois en deux ans. La première, c’est à Berlin en finale de Coupe du monde, et sur les bancs de touche, Raymond Domenech tombe sur un client, Marcello Lippi. Trois jours après le match, l’un d’eux quitte son poste, mais ce n’est pas le perdant : Lippi a en effet gagné la finale aux tirs au but et quitte la Squadra sur un triomphe. Il est remplacé par Roberto Donadoni qui va livrer un duel en trois temps à Raymond Domenech, RD contre RD donc. Le Français gagne la première manche en septembre 2006 à Saint-Denis (3-1) en qualifications pour l’Euro, et la deuxième, un an plus tard à Milan, se termine sur un score nul (0-0). La belle a lieu le 17 juin 2008 à Zurich, au premier tour de l’Euro. Et le match tourne à la catastrophe pour les Bleus, qui perdent Ribéry sur blessure et Abidal, expulsé pour une faute sur Luca Toni qui provoque un pénalty. A 10, les Bleus s’inclinent logiquement (0-2), la première défaite contre l’Italie dans le jeu depuis 1978.

Les trois dernières confrontations verront Didier Deschamps croiser trois sélectionneurs différents et les battre tous les trois en amical : Cesare Prandelli en 2012 à Pame (2-1), Gian Piero Ventura en 2016 à Bari (3-1) et enfin Roberto Mancini à Nice, juste avant la Coupe du monde 3-1). On soulignera que Mancini n’a perdu que trois matchs (sur 46), avec une série historique de 37 rencontres consécutives sans défaite et un titre de champion d’Europe en juillet 2021. Nul doute que Mancini attend de croiser Deschamps au Qatar en décembre prochain.

Ils ont joué contre l’équipe de France

Dino Zoff 3 fois en 1978 (contre Henri Michel et Michel Platini les deux fois) et 1982 (contre Michel Platini)
Cesare Maldini 1 fois en 1962 (contre Michel Hidalgo)

sélectionneur italienJGNPdébutfinsélectionneurs français
Roberto Mancini 1 0 0 1 2018 2018 Didier Deschamps
Gian Piero Ventura 1 0 0 1 2016 2016 Didier Deschamps
Cesare Prandelli 1 0 0 1 2012 2012 Didier Deschamps
Roberto Donadoni 3 1 1 1 2006 2008 Raymond Domenech
Marcello Lippi 1 0 1 0 2006 2006 Raymond Domenech
Dino Zoff 1 0 0 1 2000 2000 Roger Lemerre
Cesare Maldini 2 0 2 0 1997 1998 Aimé Jacquet
Arrigo Sacchi 1 0 0 1 1994 1994 Aimé Jacquet
Enzo Bearzot 4 1 1 2 1978 1986 Michel Hidalgo 3, Henri Michel
Edmondo Fabbri 1 0 1 0 1966 1966 Henri Guérin
Vittorio Pozzo 7 6 1 0 1928 1948 comité de sélection
Augusto Rangone 1 0 1 0 1927 1927 comité de sélection

pour finir...

Source : page Wikipédia italienne des sélectionneurs de l’Italie

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