1987, une année dans le siècle

Publié le 25 juillet 2017, mis à jour le 15 août 2017

Mathias Rust, Klaus Barbie, Jacques Anquetil et Vanessa Paradis, mais aussi les adieux de Platini, les débuts de Cantona et un buteur nommé Carmelo Micciche : l’année 1987 était vraiment bad, comme disait Michaël Jackson.

Le contexte historique

Le 9 décembre, la première Intifada commence à Gaza suite à la mort de quatre Palestiniens dont le taxi est heurté par un camion israélien. Elle durera six ans.
Le 28 mai, l’Allemand Mathias Rust, 19 ans, pose son Cessna sur la Place Rouge de Moscou. Mikhail Gorbatchev profita de l’événement pour limoger 2000 officiers et son ministre de la Défense, tous opposés à la perestroika qui aboutira à la fin de la Guerre froide deux ans plus tard.

En France, alors que TF1 est privatisée (le 16 avril) et que M6 fait ses débuts (le 1er mars), s’ouvre le procès de l’ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie (le 11 mai). Il sera condamné le 4 juillet à la prison à perpétuité pour 17 crimes contre l’humanité. Il meurt quatre ans plus tard à la prison Saint-Joseph.

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L’écrivain italien et ancien déporté Primo Levi décède le 11 avril (67 ans), l’acteur Lino Ventura le 22 octobre (68 ans) et le champion cycliste Jacques Anquetil le 18 novembre (53 ans).

Au cinéma sortent Au revoir les enfants de Louis Malle, Arizona Junior des frères Coen, alors que Maurice Pialat obtient la Palme d’or à Cannes avec Sous le soleil de Satan. Les Pink Floyd sortent A momentary lapse of reason, Michael Jackson triomphe avec Bad alors qu’en France une adolescente de 14 ans au drôle de nom cartonne avec Joe le taxi : Vanessa Paradis

Le contexte sportif

La mise à l’écart des clubs anglais en 1985 a rebattu les cartes à l’échelle européenne, ce qui profite au FC Porto de Rabah Madjer qui emporte la C1. Au niveau des sélections, les Pays-Bas s’appuient sur un trio de joueurs exceptionnels, Gullit, Van Basten et Rijkaard qui feront bientôt les beaux jours du Milan AC. En Europe, seule l’URSS de Lobanovski et ses stars ukrainiennes semblent être de taille. On les retrouvera un an plus tard en finale de l’Euro allemand. En France, le Bordeaux new-look de Touré, Vercuysse et Ferreri empoche un troisième titre de champion de France en quatre ans, et la Coupe en prime.

Le sélectionneur en poste

Après une Coupe du monde brillante mais achevée sur un échec en demi-finale, Henri Michel tente d’amener les Bleus à l’Euro 1988 pour y défendre leur titre. Mais l’affaire est mal engagée, avec deuxs nul en Islande et en RDA et une défaite à domicile contre l’URSS. Il doit aussi faire face à un renouvellement important de génération après les départs de Bossis, Giresse et Rocheteau alors que Tigana et Battiston traînent les pieds et que Platini a la tête ailleurs.

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Le récit de l’année

il faut attendre le 29 avril pour voir les Bleus sortir d’hibernation. Si 1986 avait été pleine comme un œuf, 1987 ne comptera que six matchs et aucun ne méritera plus de vingt secondes de résumé. Le France-Islande printanier du Parc des Princes est marqué par les débuts en sélection du Messin Carmelo Micciche et, mais on ne le sait pas encore, du 72e et dernier match de Michel Platini. Le plus grand joueur français de l’histoire n’aura donc pas eu la sortie qu’il méritait, comme c’est souvent le cas avec les Bleus. Qu’importe : le Maestro offre un caviar à Micciche à la 37e, lequel servira à son tour Yannick Stopyra après l’heure de jeu (65e, 2-0) pour un succès sans envergure.


 

Leur seule chance de qualification passe par un sans-faute lors des quatre derniers matchs, dont deux déplacements en Norvège et en URSS. L’affaire sera pliée dès le mois de juin, avec une défaite piteuse dans la bouillasse de l’Ulleval Stadion d’Oslo. Privés de Platini, les Bleus qui jouent en blanc font n’importe quoi, jouent le hors-jeu au pifomètre et se font corriger sur un dégagement raté de Bats et sur un contre d’Arnesen (0-2). Un an après Guadalajara, l’équipe de France s’engouffre dans un tunnel qui durera neuf ans.


 

Le 19 août dans le stade olympique de Berlin, contre une RFA qui prépare son Euro autour du jeune Lothar Matthäus, le début de match est cauchemardesque. Rudi Völler, qui avait marqué le deuxième but dans les arrêts de jeu de la demi-finale au Mexique, fait encore des misères à Bats en le battant deux fois lors des neuf premières minutes. Heureusement, à l’autre bout du terrain, le jeune Eric Cantona (21 ans) se fait remarquer et réduit le score face à Immel pour sa première sélection (1-2). Il est associé en attaque à Jean-Pierre Papin, le duo emblématique de la décennie perdue à venir.


 

On craint le pire en septembre à Moscou contre l’URSS, mais malgré une défense centrale Boli-Vogel expérimentale, les Bleus surprennent le public du stade Lénine sur une tête de Touré à la fin du premier quart d’heure. Ils ne l’emporteront certes pas (1-1, égalisation de Mikhailitchenko à la 77e) mais sortiront du terrain la tête haute face aux futurs vice-champions d’Europe.


 

Les deux derniers matchs à domicile contre la Norvège et la RDA pourraient être l’occasion, perdu pour perdu, de montrer du jeu et de reprendre confiance. Mais avec une nouvelle ligne défensive (Sonor à droite et Sénac dans l’axe), un milieu sans queue ni tête (Bijotat-Anziani-Touré) et deux attaquants inexpérimentés (Cantona et Fargeon). Le résultat (1-1) situe le niveau de la sélection en cette déprimante année 1987 : celui d’une équipe sans ambition ni avenir.


 

Le fond est atteint le 18 novembre 1987 contre la RDA dans un Parc à moitié vide (26 000 spectateurs) et indifférent. Avec cinq défenseurs (Boli, Kastendeuch et Le Roux dans l’axe, Amoros et Germain sur les côtés) et un milieu Bijotat-Poullain-Zénier pas super-sexy, il ne se passe quasiment rien jusqu’à la dernière minute, celle que choisit Ernst pour marquer en contre en éliminant Bats, Boli et Germain revenu sur sa ligne (0-1). Rideau.


 

La révélation de l’année

Eric Cantona. A quatre mois près, il aurait pu jouer avec Michel Platini et, franchement, on aurait aimé voir ça. Le jeune Auxerrois est titularisé trois fois sur les quatre derniers matchs de l’année, et signe un but contre l’Allemagne et une passe décisive face à la Norvège. Associé à chaque fois à un attaquant différent (Papin, Fargeon et Bellone), il est plein de bonne volonté mais pas servi par un milieu de terrain complètement désorganisé. Il faudra attendre l’été 1989 et son retour en sélection après un an de suspension pour le voir s’imposer aux côtés de Papin. Ce sera la paire d’attaquants la plus efficace depuis Fontaine-Piantoni, mais elle arrivera au mauvais moment et disparaîtra en 1995 au profit de la génération Zidane.

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Les joueurs de l’année

33 joueurs ont été appelés en seulement six matchs, ce qui est considérable. Le seul à les avoir tous joués est Manuel Amoros, devant Basile Boli et Joël Bats (5). Luis Fernandez, Gérald Passi, José Touré, Philippe Fargeon et Fabrice Poullain en ont disputé 4, Eric Cantona, Yannick Stopyra et Jean-Pierre Papin 3. 14 joueur n’ont joué qu’une seule fois en 1987.

C’est le bout du chemin en Bleu pour Michel Platini, Didier Sénac, Bernard Zénier, Philippe Anziani, Jean-François Domergue, Gérard Buscher et Patrick Delamontagne. Jean-Philippe Rohr, Rémi Vogel, Bruno Germain et Carmelo Micciche n’ont fait que passer en 1987, alors que Gérald Passi, Eric Cantona, Philippe Fargeon, Bruno Martini, Sylvain Kastendeuch et Luc Sonor ont débuté leur carrière internationale.

Les buteurs de l’année

Avec cinq buts marqués, autant que les doigts de la main, impossible de sortir un attaquant du lot. Carmelo Micciche, Yannick Stopyra, Eric Cantona, José Touré et Philippe Fargeon ont marqué un but chacun. 1987 est l’année la moins prolifique de l’après-guerre après 1968 (4 buts en 5 matches).

Carnet bleu

Naissances de Loïc Rémy (le 2 janvier), Hatem Ben Arfa (le 7 mars), Dimitri Payet (le 29 mars), Blaise Matuidi (le 9 avril), Jérémy Ménez (le 7 mai), Kevin Gameiro (le 9 mai), Samir Nasri (le 26 juin), Benoit Costil (le 3 juillet), Clément Chantôme (le 11 septembre), Aly Cissokho (le 15 septembre) et Karim Benzema (le 19 décembre).

Décès de René Gérard (le 7 juillet), Marcel Vanco (le 15 juillet) et Julien Darui (le 12 décembre).

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