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Avec la Ligue des Nations, l’UEFA enterre les matches amicaux

Publié le 30 janvier 2017

C’est encore l’une des idées fumeuses de Michel Platini, annoncée en décembre 2014. Après l’Euro à 24 (en 2016) et son format bancal, après l’Euro éparpillé dans 13 pays (2020), voici la Ligue des Nations. La quoi ?

Constatant que les matches amicaux internationaux ne feraient pas recette (surtout auprès des diffuseurs et des sponsors), l’UEFA a décidé de les éjecter du calendrier à partir de l’automne 2018.

« Entraîneurs, joueurs et supporters sont de plus en plus d’avis que les matches amicaux ne fournissent pas une adversité suffisante pour les équipes nationales. » peut-on lire sur le site de l’instance européenne. Leur a-t-on seulement demandé leur avis ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Même si, faisant elle-même les questions et les réponses, l’UEFA l’assure : « L’argent n’est pas le motif ni le but de cette nouvelle compétition. Cependant, la compétition bénéficiera des mêmes droits centralisés récemment introduits dans les éliminatoires européennes. Ils fourniront davantage de stabilité dans les revenus garantis aux associations. » Nous voilà rassurés [1].

Angleterre-Hongrie 1953, c’était bien, non ?

Exit donc les matches amicaux internationaux, qui ont pourtant assuré l’essentiel du football de sélections nationales jusqu’à la fin des années 50 et la création de la Coupe d’Europe des Nations (et de l’UEFA, d’ailleurs). Pendant un demi-siècle, la France, la Belgique, l’Espagne ou l’Allemagne n’avaient pour seule compétition que quelques rencontres de coupe du monde tous les quatre ans, et ne s’en portaient pas plus mal. Il y eu même des matches amicaux mythiques, comme le Angleterre-Hongrie de novembre 1953 à Wembley. Plus récemment, côté Bleus, le France-Portugal d’avril 2001 (4-0) ou l’Allemagne-France de novembre 2003 (0-3) ont été de très belles rencontres, même privées d’enjeu.
 


 
La nature (et les instances) ayant horreur du vide, pourquoi ne pas alors créer une nouvelle compétition ? Histoire de ne pas trop alléger un calendrier international déjà plein comme un œuf, avec pour conséquences des équipes nationales physiquement essorées en juin quand arrivent les phases finales européennes ou mondiales.

Remplir le calendrier des années impaires

Va pour la Ligue des Nations, qui s’incrustera dans le calendrier sans doute trop peu chargé des années impaires, celles sans Championnat d’Europe ni Coupe du monde. C’est déjà oublier que la Coupe des Confédérations occupe le terrain un an avant chaque phase finale mondiale, et qu’au moins une sélection européenne (le champion d’Europe sortant), voire deux (le champion du monde en titre) ou trois (le pays organisateur, comme la Russie cette année).

Le format, ensuite. Accrochez-vous, car c’est d’une complexité à rendre migraineux un technocrate de la commission européenne. On commence donc en septembre 2018 par six journées de phases de poules de la Ligue des Nations. Les 54 pays seront répartis en quatre divisions (A, B, C et D) de 12 à 16 équipes, en fonction de leur niveau. Et chaque division comptera elle même quatre poules de 3 ou 4 pays. Vous avez déjà décroché ? Attendez, ça ne fait que commencer.

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Les quatre premiers de chaque poule de la division A se disputeront le trophée en juin 2019, via une demi-finale et une finale. Vous pensez alors que la Ligue des Nations est terminée ? Pas du tout. Car en mars 2020, il y aura les barrages ! Quatre places seront attribuées ainsi. Chacune des quatre divisions (A, B, C et D) enverra les premiers de ses quatre groupes en barrage. Et les quatre équipes se rencontreront en demi-finale et finale0.

Alors, ces quatre-là seront qualifiés pour l’Euro 2020 ? Pas du tout. Et le vainqueur ? Non plus. Car la Ligue des Nations ne se substitue pas à la phase qualificative de l’Euro, ce serait trop simple. Elle se superpose. Les éliminatoires de l’Euro se dérouleront de mars à novembre 2019. Là, c’est d’une simplicité biblique : dix groupes (6 de 5 équipes, 4 de 6 équipes), les deux premiers de chaque groupe sont qualifiés directement pour l’Euro. Soit 20 qualifiés. Et les quatre autres ?

Ceux-là sortiront des barrages qui auront lieu en mars 2020. Les barrages des éliminatoires ? Non, ceux de la Ligue des Nations. Le premier de chaque poule dans chacune des quatre divisions jouera un barrage (demi-finale et finale) contre trois autres équipes de la même division. Sauf s’il est déjà qualifié pour l’Euro, auquel cas on prendra le deuxième. Ou le troisième.

Vous n’avez toujours rien compris ? Alors allez consulter le site de l’UEFA ici. Bon courage.

Vers une ligue européenne fermée ?

En attendant, hormis la disparition des matches amicaux, on voit se profiler deux choses :
- la vente des droits de diffusion aux chaînes de télévision, avec une inflation à prévoir : une nouvelle compétition coûtera forcément plus cher que des amicaux vendus au détail.
- à terme, la création d’une ligue fermée composée des douze équipes de la Division A. Ces grosses nations vont certainement demander une place qualificative assurée à l’Euro, et de ne plus participer aux éliminatoires. Certes, mais alors que feront-elles pendant ce temps ? Facile : elles pourraient disputer un mini-championnat d’Europe entre elles. Et ça s’appellerait la Ligue des Nations.

[1Sur les enjeux financiers de la Ligue des Nations, lire l’article des Cahiers du football, Ligue des Nations : 54 nations Army.



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