France-Argentine (4-3) : dans la huitième dimension

Publié le 30 juin 2018

Il va falloir du temps pour digérer un match aussi énorme, le plus fou des Bleus depuis celui contre l’Ukraine en novembre 2013, rebondissements en plus. Pour Mbappé, Griezmann et Pogba, la Coupe du monde a commencé. Enfin.

Le résultat était-il prévisible ?

Entre deux équipes dont le premier tour a été au mieux décevant, au pire tout près de la rupture, il était bien difficile de faire un pronostic. De là à imaginer un tel feu d’artifice, il ne fallait rien exagérer… Pourtant, la première période a montré à quel point cette équipe de France-là pouvait faire mal à des Argentins en mode panique derrière et sans idée devant. Mais le scénario cruel (tir sur la barre de Griezmann, erreur de placement sur l’égalisation de Di Maria) laissait craindre une deuxième période verrouillée. C’est tout le contraire qui s’est passé, sans doute grâce au but de Mercado déviant par hasard une frappe de Messi. Ce nouveau coup du sort aurait pu noyer les Bleus. Il les a réveillés.

L’équipe est-elle en progrès ?

De toute évidence, oui. Enfin les promesses entrevues l’an dernier contre l’Angleterre, les Pays-Bas et surtout l’Allemagne ont été tenues, après un premier tour très décevant. Il aura fallu aux Bleus être menés en tout début de deuxième mi-temps pour lâcher les chevaux et oublier les consignes de prudence, dans un scénario qui rappelle celui de France-Croatie 1998 après l’ouverture du score de Suker.

Dès lors, face à une défense argentine au supplice, les contres fulgurants menés par le trio Griezmann-Pogba-Mbappé ont déchiré le scénario catastrophe à venir, en seulement onze minutes autour de l’heure de jeu. Comme quoi, avec des joueurs cadres au top et en confiance, ce n’est plus la même équipe. Tout n’est certes pas parfait, comme le montrent les trois buts encaissés contre une équipe pourtant pas foudroyante (et un positionnement beaucoup trop bas sur le but de Di Maria), mais le gain de confiance est énorme et il reste six jours avant le quart de finale.

Quels sont les joueurs en vue ?

Kylian Mbappé est impliqué sur trois des quatre buts français, le premier en semant Rojo et en provoquant le pénalty transformé par Griezmann, et en marquant lui-même les deux derniers. Sa prestation est exceptionnelle et en appelle d’autres, surtout si l’équipe de France va au bout.

Paul Pogba lui aussi a fait un match immense, tant dans la récupération, où il a éteint le milieu Banega-Perez-Mascherano. Son sang-froid, sa précision et sa puissance ont fait des ravages. On voit à quel point il a manqué contre le Danemark, dans un contexte il est vrai très différent.

Antoine Griezmann est lui aussi monté nettement en régime, d’abord sur coups de pied arrêtés (coup franc sur l’équerre à la 9e, pénalty à la 11e) puis lorsqu’il a fallu réagir à 1-2, en lançant des contres meurtriers dans le camp argentin. Avec lui à ce niveau, on peut aller loin.

N’Golo Kanté a encore une fois abattu un travail gigantesque : il n’est pas pour rien dans l’anéantissement de la menace Messi. Il s’est battu sans répit dans l’entrejeu, devant, derrière, partout. C’est tout juste si on ne le voyait pas aussi en tribunes. Comment Deschamps a-t-il pu se passer de lui dans les derniers matchs de l’Euro, c’est un mystère.

Enfin, mention spéciale à la défense. Les latéraux Hernandez et Pavard ont montré à quel point ils étaient largement au-dessus du duo Sidibé-Mendy. Le premier a harcelé le flanc droit argentin, tandis que le deuxième a couronné son match exemplaire par un but en mode Thuram 1998 (ou Domergue 1984). Varane et Umtiti n’ont pas tout réussi, en atteste les trois buts encaissés sur des positionnements défensifs hasardeux, mais ils n’ont pas paniqué. Dans un contexte aussi bouillant, c’est déjà beaucoup.

Quels sont les joueurs en retrait ?

L’apport de Blaise Matuidi interroge. Meilleur que face au Pérou, mais en retrait par rapport au reste de l’équipe, il sera de toute façon suspendu pour le quart de finale et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Corentin Tolisso pourrait utilement le remplacer, à moins que Deschamps ne tente Fekir aux côtés de Griezmann, ce qui n’est pas exclu.

Olivier Giroud a eu beaucoup de mal à exister pendant une heure, mais son relais pour Mbappé sur le quatrième but est parfaitement exécuté, et si Griezmann et Mbappé ont eu de la place pour évoluer, c’est aussi parce qu’il a servi de point de fixation. Le fait que Deschamps le laisse jusqu’au bout plutôt que le remplacer par Ousmane Dembélé est peut-être un signe.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

Après un huitième aussi stratosphérique, on voit mal comment les Bleus vont pouvoir faire mieux en quart de finale. Il serait dommage d’échouer contre l’Uruguay ou le Portugal après avoir rincé l’Argentine, même si on peut parier qu’à Ninni-Novgorod, l’adversaire sera beaucoup moins joueur qu’à Kazan.

L’amélioration pourrait venir dans la gestion du résultat, de façon plus sereine et sans se faire peur jusqu’à la dernière minute. On signerait pour un 2-0 tout en contrôle, par exemple. Mais s’il faut revivre les mêmes émotions avec la qualif au bout, on signe tout de suite !

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