Henri Michel, la succession inachevée

Publié le 25 février 2018, mis à jour le 22 octobre 2018

Chargé d’amener la génération Platini au titre mondial, il a échoué et n’a pu par la suite enrayer le déclin de l’équipe. Comme Deschamps, il aura joué une Coupe du monde avant d’en passer une autre sur le banc.

Le contexte de son arrivée

Henri Michel, c’est le successeur le plus prévisible de ces quarante dernières années, tout comme l’avait été Michel Hidalgo avec Stefan Kovacs. Dès 1982, les choses étaient claires : le capitaine du FC Nantes, 58 sélections en équipe de France de 1967 à 1980, prendrait en charge les Bleus après l’Euro 1984, Michel Hidalgo ayant annoncé qu’il mettrait un terme à son mandat au terme de celui-ci. Même s’il a affirmé après coup avoir regretté sa décision, Hidalgo est un homme de parole et se retire en juillet 1984, après avoir fait des Bleus les champions d’Europe. Entre temps, Henri Michel a pris en charge l’équipe de France olympique, ouverte aux joueurs pro sous conditions. Il va l’amener à la médaille d’or avec une équipe pourtant assez moyenne, hormis José Touré, avec à la clé une victoire contre le Brésil en finale à Los Angeles (2-0). A 36 ans et 10 mois, il est alors le deuxième plus jeune sélectionneur de l’histoire [1]

Son apport

Quand il hérite clé en main de l’équipe championne d’Europe le 5 septembre contre l’Inter Milan en match amical non-officiel [2], la tentation est grande de garder le dernier groupe de Michel Hidalgo. Mais Bernard Lacombe a mis un terme à sa carrière internationale, Didier Six aussi. Il intègre donc Michel Bibard, champion olympique, et rappelle Dominique Bijotat et Philippe Anziani. Jusqu’en 1986, son apport ne sera pas considérable, hormis la pérennisation de la charnière centrale Battiston-Bossis, la relance de Yannick Stopyra au poste d’avant-centre et la découverte de Jean-Pierre Papin.

Avec Michel Platini au Mexique après le match pour la troisième place, et la médaille de bronze.
Avec Michel Platini au Mexique après le match pour la troisième place, et la médaille de bronze.

Il faut reconnaître que s’il ne brilla pas par des trouvailles audacieuses comme le carré magique de 1982, Henri Michel a joué de malchance à plusieurs reprises : José Touré se blesse à nouveau en mars 1986 alors que son entente avec Platini, Giresse et Rocheteau avait laissé entrevoir de magnifiques promesses [3], Platini arrive à la Coupe du monde diminué par une blessure au tendon d’Achille et Giresse, qui va sur ses 34 ans, va beaucoup souffrir de la chaleur et de l’altitude des hauts-plateaux mexicains.

L’erreur d’Henri Michel, si erreur il y eût, c’est de ne pas avoir de plan B solide, comme Roger Lemerre en 2002. Philippe Vercruysse, Jean-Marc Ferreri, Bruno Bellone et Jean-Pierre Papin offrent sur le papier des alternatives intéressantes aux postes de milieux offensifs et d’attaquants, mais aucun des quatre ne justifiera les attentes au Mondial. La faiblesse de la génération suivante (celle des Kastendeuch, Passi, Paille, Poullain ou Thouvenel) montrera qu’il n’y avait pas vraiment d’alternative.

Contre la Norvège, en octobre 1987 devant 11 000 spectateurs au Parc. Bijotat, Sénac, Amoros, Touré, Martini, Fernandez ; Anziani, Fargeon, Sonor, Cantona, Boli
Contre la Norvège, en octobre 1987 devant 11 000 spectateurs au Parc. Bijotat, Sénac, Amoros, Touré, Martini, Fernandez ; Anziani, Fargeon, Sonor, Cantona, Boli

Piètre communicant, le jeune sélectionneur est peu à l’aise pour s’exprimer devant ses joueurs dont certains n’ont que trois ou quatre ans de moins que lui. C’est pourtant avec un gamin de 22 ans, incarnant la génération de l’après-Platini, qu’un clash va achever de fissurer son autorité. A l’été 1988, alors que les Bleus ont manqué l’Euro en Allemagne et préparent la campagne qualificative pour le Mondiale italien, Eric Cantona insulte le sélectionneur coupable de l’avoir convoqué avec les Espoirs alors qu’il compte 5 sélections en A. Deux mois plus tard, à Chypre, les Bleus touchent le fond (1-1).

Le tournant

Le 11 octobre 1986, Guadalajara semble bien loin. Bossis, Battiston, Giresse et Rocheteau ont mis un terme à leur carrière internationale et sur la route des qualifications pour l’Euro 1988 se dresse l’URSS de Lebanovski. Quatre mois plus tôt, les deux équipes s’étaient déjà croisées au premier tour de la Coupe du monde, et le 1-1 final avait des allures de victoire pour les Bleus. Au Parc, avec leur charnière centrale Boli-Jeannol qui cumule deux sélections, ils résistent une heure puis cèdent en six minutes (Belanov 67e, Rats 73e) face à une équipe largement supérieure. Après une défaite en amical en Suisse (0-2) et un inquiétant nul en Islande (0-0), les Bleus semblent être soudainement trop courts. Ils débutent un long tunnel de près de dix ans, jusqu’à l’Euro 1996.


 

Son bilan

Avec 16 victoires pour 12 nuls et 8 défaites, les quatre ans et quatre mois d’Henri Michel sélectionneur présentent un bilan moyen, qui se divise en réalité en deux parties très dissemblables : très bon jusqu’en juillet 1986 avec 11 victoires pour 3 défaites et 4 nuls, très insuffisant de l’été 1986 à l’automne 1988 avec 5 victoires (dont 3 en amical) pour 5 défaites et 8 nuls.

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Le problème avec Henri Michel, c’est que les trois quarts des défaites (6 sur 8) ont été concédées en compétition. Cinq en qualifications pour la Coupe du monde et l’Euro, et une en demi-finale mondiale face à la RFA. Et ses deux dernières saisons ont été marquées par une stérilité offensive alarmante (15 buts inscrits en 18 matchs) alors que la défense, point fort de l’équipe entre 84 et 86 (5 buts encaissés en 15 matchs) cédait presque à chaque fois (4 clean sheets seulement dans les 18 dernières rencontres).

Ses relations avec la presse

Autant Michel Hidalgo était un bon client pour les médias, comme le seront après lui Michel Platini et, dans un autre registre, Raymond Domenech ou Didier Deschamps, Henri Michel fait un véritable blocage en conférence de presse. « Avant une conférence de presse, je ne parlais pas pendant deux heures, je me levais la nuit pour préparer ce que j’allais dire, alors que ça aurait dû venir spontanément […] J’ai été sélectionneur au moment même où l’époque entrait dans l’ère de la communication et je n’étais pas prêt à ça. » [4] Aimé Jacquet, Roger Lemerre et Jacques Santini auront les mêmes difficultés, indépendamment de leurs qualités de sélectionneur.


 

Ses adversaires

En 36 matchs, Henri Michel a rencontré quatre fois l’un des adversaires les moins sexys qui soient, la RDA. S’il a remporté la première confrontation, en décembre 194 (2-0), il a enchaîné par deux défaites et un nul, et aucun but marqué en trois matchs. L’URSS a été jouée trois fois, pour deux nuls et une défaite. La Norvège a aussi fait des misères à Henri Michel, avec une victoire, un nul et une défaite (en juin 1987) qui a scellé l’élimination de l’Euro 1988. La RFA a quant à elle fait carton plein avec deux victoires en deux rencontres contre les Bleus, dont trois buts de Rudi Völler (un au Mexique et deux à Berlin). On notera tout de même des victoires contre l’Italie, le Brésil (aux tirs au but), l’Espagne, l’Uruguay et la Yougoslavie, ce qui n’est pas rien.

Son équipe-type

C’est, à un poste près (celui de Dominique Rocheteau) l’équipe-type de la Coupe du monde 1986. Les fins de carrière internationale de Bossis, Battiston et Tigana (ces deux derniers seront brièvement rappelés par Platini en 1988-89) n’y changent rien : il y a eu tellement de rotation dans l’effectif après le Mexique qu’aucun joueur des deux dernières années d’Henri Michel ne peut prétendre y figurer.

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Son type dans l’équipe

Manuel Amoros. Le latéral gauche n’a manqué que deux rencontres sur les 36 dirigées par Henri Michel. Même si ces 34 capes ne représentent pas la moitié de son total (82), on peut dire sans risque de se tromper que Manuel Amoros aura été, plus encore que Luis Fernandez (appelé 27 fois) l’homme de base du successeur d’Hidalgo. Au point même de récupérer le brassard de capitaine début 1988. Au Mexique en 1986, il aura fait une Coupe du monde remarquable de bout en bout, qu’il soit aligné à droite ou à gauche. Il marque même son seul but en sélection, sur pénalty contre la Belgique pour la troisième place.

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Ses joueurs

54 appelés en 36 matchs : Henri Michel a utilisé 27 joueurs lors des deux premières saisons (jusqu’à la fin de la Coupe du monde) et autant lors des 18 matchs restants. C’est plus que Lemerre (51) et presqu’autant que Jacquet (56) qui ont pourtant dirigé 17 matchs de plus que lui.

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La moitié de ce total est constitué de nouveaux joueurs, pour la plupart lancés après la Coupe du monde : entre l’Euro 84 et le Mexique, Henri Michel ne fait débuter que Didier Sénac et Michel Bibard en 1984, Fabrice Poullain en 1985 et Jean-Pierre Papin en 1986, Albert Rust inaugurant sa première sélection lors du match pour la troisième place au Mexique.

Il y a eu 21 nouveaux lors des 18 derniers matchs de l’ère Henri Michel, avec le résultat que l’on sait. Cinq seulement ont dépassé les 20 sélections, et aucun n’en a atteint 50. Quatre n’ont été appelés qu’une fois : Jeannol, Vogel, Rohr et Garande.

Et après ?

Quand il est débarqué sans ménagement de l’équipe de France à la Toussaint 1988, Henri Michel n’a que 41 ans. Pour lui, une nouvelle carrière commence. Il devient entraîneur du PSG en 1990 pour une saison, puis entame en 1994 un long périple de 18 ans à l’étranger avec pas moins de sept sélections nationales (Cameroun, Maroc, Emirats, Tunisie, Côte d’Ivoire, Maroc encore, Guinée équatoriale, Kenya) et six clubs (Ryad, Aris, Raja Casablanca deux fois, Doha, Zamalek deux fois, Mamelodi Sundown).

Sélectionneur du Cameroun, en juin 1994 aux Etats-Unis pour sa troisième Coupe du monde. Deux autres suivront en 1998 (avec le Maroc) et en 2006 (avec la Côte d'Ivoire).
Sélectionneur du Cameroun, en juin 1994 aux Etats-Unis pour sa troisième Coupe du monde. Deux autres suivront en 1998 (avec le Maroc) et en 2006 (avec la Côte d’Ivoire).

Mais son palmarès d’entraîneur est maigre en regard de cette carrière prolifique : le titre olympique en 1984, la Coupe intercontinentale en 1985 et la Coupe de la CAF avec Casablanca en 2003. Il participe à trois autres Coupes du monde après celle de 1978 (en tant que joueur) et 1986 (comme sélectionneur de la France) : en 1994 avec le Cameroun, en 1998 avec le Maroc et en 2006 avec la Côte d’Ivoire. C’est une de plus que Thierry Henry (quatre en tant que joueur entre 1998 et 2010).

Ses 54 joueurs

La colonne sel HM décompte le nombre de matches joués sous la direction de Henri Michel, ainsi que les colonnes suivantes. La dernière rappelle le total de sélections obtenu par chaque joueur durant sa carrière internationale.

Nom sel
HM
Tps jeu G N P Buts Cap. Sel.
total
Manuel Amoros 34 3088 15 12 7 1 6 82
Joël Bats 30 2725 13 9 8 0 0 50
Luis Fernandez 27 2343 13 9 5 3 3 60
Yannick Stopyra 24 1797 11 8 5 8 0 33
Michel Platini 19 1701 10 5 4 6 18 72
Jean Tigana 18 1644 9 5 4 1 1 52
William Ayache 19 1641 7 7 5 0 0 20
Patrick Battiston 17 1560 8 6 3 1 3 56
Maxime Bossis 16 1382 10 3 3 0 3 76
Alain Giresse 14 1228 8 4 2 1 0 47
Basile Boli 15 1215 5 6 4 0 0 45
Jean-Pierre Papin 16 1060 7 6 3 3 0 54
Gérald Passi 11 932 5 4 2 2 0 11
Yvon Le Roux 13 922 7 3 3 0 0 28
José Touré 12 918 5 4 3 3 0 16
Bruno Bellone 17 843 6 5 6 0 0 34
Fabrice Poullain 10 837 2 3 5 0 0 10
Jean-Marc Ferreri 15 826 7 5 3 2 0 37
Dominique Rocheteau 10 763 7 2 1 5 0 49
Michel Bibard 6 570 5 0 1 0 0 6
Sylvain Kastendeuch 7 567 4 2 1 0 0 9
Philippe Vercruysse 10 546 2 5 3 1 0 12
Thierry Tusseau 10 543 6 3 1 0 0 22
Luc Sonor 6 540 2 4 0 0 0 9
Dominique Bijotat 7 531 3 2 2 0 0 8
Bernard Casoni 6 474 3 3 0 0 0 30
Bruno Martini 6 455 2 3 1 0 0 31
Eric Cantona 5 450 1 2 2 1 0 45
Philippe Fargeon 7 393 2 3 2 2 0 7
Bernard Genghini 3 300 2 1 0 1 0 27
Franck Sauzée 3 270 1 2 0 0 0 39
Jean-Christophe Thouvenel 3 270 1 0 2 0 0 4
Didier Sénac 3 270 2 1 0 0 0 3
Daniel Xuereb 4 264 2 1 1 1 0 8
Stéphane Paille 4 204 1 3 0 1 0 8
Jean-François Domergue 3 202 1 0 2 0 0 9
Pascal Despeyroux 3 199 1 2 0 0 0 3
Marcel Dib 3 185 2 1 0 0 0 6
Jean-Philippe Durand 2 180 1 1 0 0 0 26
Léonard Specht 2 180 0 1 1 0 0 18
Daniel Bravo 2 180 1 1 0 0 0 13
Carmelo Micciche 2 165 1 0 1 1 0 2
Albert Rust 1 120 1 0 0 0 0 1
Gérard Buscher 2 103 0 0 2 0 0 2
Bernard Pardo 1 90 0 1 0 0 0 13
Bernard Zénier 1 90 0 0 1 0 0 5
Bruno Germain 1 90 0 0 1 0 0 1
Rémi Vogel 1 90 0 1 0 0 0 1
Philippe Jeannol 1 90 0 0 1 0 0 1
Patrice Garande 1 83 0 1 0 0 0 1
Philippe Anziani 3 77 2 1 0 1 0 5
François Brisson 1 72 1 0 0 0 0 2
Jean-Philippe Rohr 1 16 0 1 0 0 0 1
Patrick Delamontagne 1 10 0 0 1 0 0 3

Le tableau des ses 36 matchs

# Genre Date Ville Adversaire score
475 qCM 22/10/1988 Nicosie Chypre 1-1
474 qCM 28/09/1988 Paris (Parc) Norvège 1-0
473 Amical 24/08/1988 Paris (Parc) Tchécoslovaquie 1-1
472 Amical 27/04/1988 Belfast Irlande du Nord 0-0
471 Amical 23/03/1988 Bordeaux Espagne 2-1
470 Amical 05/02/1988 Monaco Maroc 2-1
469 Amical 02/02/1988 Toulouse Suisse 2-1
468 Amical 27/01/1988 Tel Aviv Israël 1-1
467 qEuro 18/11/1987 Paris (Parc) RDA 0-1
466 qEuro 14/10/1987 Paris (Parc) Norvège 1-1
465 qEuro 09/09/1987 Moscou URSS 1-1
464 Amical 12/08/1987 Berlin Allemagne 1-2
463 qEuro 16/06/1987 Oslo Norvège 0-2
462 qEuro 29/04/1987 Paris (Parc) Islande 2-0
461 qEuro 19/11/1986 Leipzig RDA 0-0
460 qEuro 11/10/1986 Paris (Parc) URSS 0-2
459 qEuro 10/09/1986 Reykjavik Islande 0-0
458 Amical 19/08/1986 Lausanne Suisse 0-2
457 CM 28/06/1986 Puebla* Belgique 4-2
456 CM 25/06/1986 Guadalajara* Allemagne 0-2
455 CM 21/06/1986 Guadalajara* Brésil 1-1
454 CM 17/06/1986 Mexico* Italie 2-0
453 CM 09/06/1986 Leon* Hongrie 3-0
452 CM 05/06/1986 Leon* URSS 1-1
451 CM 01/06/1986 Leon* Canada 1-0
450 Amical 26/03/1986 Paris (Parc) Argentine 2-0
449 Amical 26/02/1986 Paris (Parc) Irlande du Nord 0-0
448 qCM 16/11/1985 Paris (Parc) Yougoslavie 2-0
447 qCM 30/10/1985 Paris (Parc) Luxembourg 6-0
446 qCM 11/09/1985 Leipzig RDA 0-2
445 Amical 21/08/1985 Paris (Parc) Uruguay 2-0
444 qCM 02/05/1985 Sofia Bulgarie 0-2
443 qCM 03/04/1985 Sarajevo Yougoslavie 0-0
442 qCM 08/12/1984 Paris (Parc) RDA 2-0
441 qCM 21/11/1984 Paris (Parc) Bulgarie 1-0
440 qCM 13/10/1984 Luxembourg Luxembourg 4-0

[1derrière Just Fontaine, 33 ans et 5 mois en janvier 1967. Michel Platini fera mieux avec 33 ans et 4 mois en novembre 1988.

[2joué au profit de l’UNFP, défaite 0-1.

[3Notamment lors du match contre l’Uruguay d’août 1985.

[4Vincent Duluc, Au cœur des Bleus, Stock, 2016.

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