Jusqu’où ira la génération 2018 ?

Publié le 30 juillet 2018, mis à jour le 6 août 2018

A la lumière de ce que sont devenus les champions du monde 1998, il est possible de dessiner les trajectoires de ceux de 2018. Avec 26 ans de moyenne d’âge, la plupart devraient être encore là en 2022, certains peuvent même viser 2026.

Petit devoir de vacances : sachant que Steve Mandanda a 33 ans et que Kylian Mbappé en a 19, alors qu’en juillet 1998 Thierry Henry, 20 ans, avait une douzaine d’années de carrière internationale devant lui et que Bernard Lama, 35 ans, n’en avait plus que deux, calculez l’âge du capitaine et combien de champions du monde 2018 seront éventuellement présents à la Coupe du monde américaine de 2026. Vous avez une heure.

Bien entendu, soyons clairs : il est impossible de savoir qui, parmi les 23 de la campagne de Russie iront au Qatar en novembre 2022 (si un accident industriel genre Italie ou Pays-Bas n’arrive pas l’année d’avant). Par exemple, revenez un peu en arrière, disons en septembre 2015, et imaginez quelqu’un vous annonçant que ni Benzema, ni Valbuena ni Varane ne joueront l’Euro 2016, contrairement à Samuel Umtiti, Adil Rami et Kingsley Coman. Vous l’auriez cru ? Moi pas.

Qui connaissait Pavard et Hernandez en novembre 2016 ?

Ou bien si, en novembre 2016, on vous aurait dit que les Français qui s’illustreront le plus à la Coupe du monde s’appellent Kylian Mbappé, alors remplaçant de même pas 18 ans à l’AS Monaco, Benjamin Pavard, qui vient de quitter Lille pour rejoindre le VfB Stuttgart en 2.Bundesliga et Lucas Hernandez, remplaçant à l’Atlético de Madrid...

S’il est certain que la génération 2018 semble promise à un riche avenir, avec une moyenne d’âge basse (26 ans et 3 mois pour les 11 titulaires de la finale) et une expérience internationale déjà conséquente (48 sélections de moyenne), il peut se passer beaucoup de choses d’ici l’Euro 2020 ou la Coupe du monde 2022, sans parler de celle de 2030 qui devrait être l’extrême limite de cette génération.

Pour essayer d’extrapoler sur ce qui pourrait se passer dans les années à venir, j’ai regardé ce qu’étaient devenus les champions du monde 1998.

En 1998, l’équipe-type était plus âgée, mais moins expérimentée

Pour commencer, petit rappel historique. Les onze titulaires de France-Brésil (qui correspond à l’équipe-type des matchs à élimination directe, seul Laurent Blanc étant remplacé par Frank Lebœuf) avaient une moyenne d’âge de 28 ans et 4 mois, et un nombre moyen de sélection de 36. Soit une équipe sensiblement plus âgée que celle de 2018 (deux ans de plus) mais moins expérimentée.

Sur les schémas ci-dessous, on peut voir comment se répartissent les joueurs des deux équipes dans trois tranches d’âge : moins de 25 ans (en jaune), de 25 à 29 ans (en orange) et 30 ans et plus (en rouge).

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Il est flagrant de constater que l’équipe de 1998 est très homogène dans ses classes d’âge (avec neuf joueurs dans la tranche intermédiaire, deux dans la supérieure et aucun dans l’inférieure) alors que celle de 2018 est constituée de trois groupes à peu près équivalents, avec quatre joueurs de moins de 25 ans, quatre entre 25 et 29 ans et trois au-delà de 30 ans.

Si on fait la même expérience en tenant compte du nombre de sélections, tant il est vrai que ce dernier n’est pas forcément corrélé à l’âge, on obtient ceci, avec les catégories de couleurs suivantes : moins de 30 en gris clair, de 31 à 60 en gris foncé et plus de 60 en noir.

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Là, surprise, l’équipe de 2018 compte quatre joueurs très expérimentés (dont un centenaire, Lloris, loin devant les 76 sélections de Deschamps en 1998) et aussi quatre joueurs relativement neufs, comme il y a vingt ans. La différence, et elle est de taille, c’est qu’en 1998, aucun de ces quatre-là n’avait moins de 27 ans alors qu’en 2018, le plus âgé en a seulement 24.

Une autre méthode pour mesurer à quelle période de leur carrière internationale est arrivée le titre mondial est de la représenter comme ci-dessous. En bleu clair à gauche, l’année de la première sélection, à droite en bleu foncé, l’année de la dernière. Et au milieu le l’âge de chacun des 22 joueurs (au moment de la finale).

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Une génération qui va de 1989 à 2010

Alors qu’on aurait pu penser, compte tenu des tranches d’âge relativement homogènes (du moins pour les titulaires : parmi les remplaçants, Henry et Trezeguet on 20 ans, Vieira 22, alors que Lama en a 35 et Blanc 32), que les champions du monde 1998 auraient quitté l’équipe de France entre 2000 et 2004 pour la plupart, ce n’est pas ce qui s’est passé : Guivarc’h a connu sa dernière cape en 1999, Barthez et Zidane sont allés jusqu’en 2006, Thuram et Trezeguet jusqu’en 2008 alors que Vieira a fini en 2009 et Henry en 2010. Soit une amplitude totale de 21 ans, puisque Deschamps et Blanc ont débuté en 1989...

Si on remplace, sur le même type de graphique, les dates de début et de fin par le nombre de matchs joués avant et après le tournoi, on obtient logiquement un profil assez proche du premier.

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De 2008 pour Mandanda à 2030 pour Mbappé ?

Maintenant, il est possible de faire la même chose avec les 23 de 2018. Pas de problème pour le côté gauche des deux graphiques, celui en bleu clair, puisqu’il est alimenté par la date de première sélection et le nombre de matchs joués avant le tournoi. Côté droit, représenté en gris clair, c’est de la pure spéculation.

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Mais en tenant compte de la logique précédente, je peux en déduire que les carrières internationales de Mandanda, Rami, Matuidi et Giroud sont très proches de la fin, celle de Nzonzi ne devrait pas aller au-delà de 2020 alors que Lloris et Griezmann pourraient jouer la prochaine Coupe du monde. Sidibé, Kanté, Fekir et Thauvin ont un horizon international possible jusqu’à l’Euro 2024, tandis que la Coupe du monde de 2026 en Amérique devrait être le terme pour Areola, Varane, Umtiti, Mendy, Pogba et Tolisso. Pavard, Kimpembe, Hernandez et Dembélé devraient pouvoir aller jusqu’à l’Euro 2026, alors que Mbappé peut espérer jouer la Coupe du monde 2030, qui serait sa quatrième. Il aura alors 31 ans, c’est-à-dire l’âge actuel d’Olivier Giroud. Et l’amplitude totale du groupe sera de 22 ans, puisque Mandanda et Lloris ont débuté en 2008.

Le record de Thuram sera-t-il battu ? Et par qui ?

Le même exercice appliqué aux sélections est encore plus acrobatique, puisque le nombre de ces dernières n’est pas forcément proportionnel aux années : Steve Mandanda a mis dix ans pour atteindre 28 sélections, alors que Kylian Mbappé en est à 22 en moins de 16 mois.

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Selon ces projections, Griezmann serait centenaire en 2014, Pogba atteindrait en 2016 les 130 sélections, un peu plus que Varane, alors que Lloris devrait finir tout près du record de Thuram. Lucas Hernandez et Kylian Mbappé pourraient engranger 120 sélections supplémentaires.

Bien entendu, il sera amusant de relire cet article dans quatre ans : des noms auront disparu, d’autres seront arrivés et les chiffres annoncés seront probablement faux pour la plupart. C’est aussi ce qui fait le plus grand intérêt du football : son imprévisibilité.

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