Quand la FFF ne voulait pas aller au Brésil

Publié le 4 décembre 2013, mis à jour le 26 décembre 2013

Il y a bien longtemps de cela, les Bleus perdirent un barrage pour accéder à la coupe du monde au Brésil. Puis ils furent repêchés, avant de déclarer forfait vingt jours avant le début de la compétition. Bienvenue en 1950.

Après douze années d’interruption à cause de la guerre, la coupe du monde renaît au Brésil en 1950. C’est la deuxième fois, vingt ans après l’Uruguay, que l’Amérique du Sud accueille la compétition créée par Jules Rimet, devenu depuis président de la FIFA. Et c’est peu dire que cette quatrième coupe du monde va être rocambolesque.

Pour y accéder, l’équipe de France doit d’abord se débarrasser de la Yougoslavie en aller-retour. Match nul le 9 octobre à Belgrade (1-1), match nul le 20 octobre à Paris (1-1). Il faut jouer un match d’appui sur terrain neutre, à Florence le 11 décembre. L’équipe de France mène 2-1 à sept minutes de la fin mais concède un pénalty dans la foulée. 2-2, prolongations et défaite 2-3. La Yougoslavie est qualifiée, les Bleus sont éliminés pour la première fois en quatre éditions.

Forfaits en cascade

Dans la zone Europe, deux places sont attribuées à des équipes britanniques, lesquelles s’affrontent chaque année dans le British Home Championship (sorte de tournoi des quatre nations, sans la République d’Irlande). Mais les dirigeants écossais décident que seul le premier mérite de participer au tournoi mondial. L’Angleterre finit première devant l’Ecosse, qui déclare donc forfait, ceci au mois d’avril 1950. La France est donc repêchée et ira à Rio. Le tirage au sort de la phase de poules a lieu le 22 mai, et la FIFA doit faire face à une cascade de forfaits : l’Inde, qualifiée, renonce après que ses joueurs se soient vus contraints par le réglement de porter des chaussures (!), la Turquie, qui a éliminé la Syrie (forfait au retour), puis l’Autriche (forfait également), déclare forfait elle aussi. Vous suivez toujours ? Tant mieux, parce que ce n’est pas fini.

France-Ecosse 1950
France-Ecosse 1950
Ibrir, Huguet, Grégoire, Cuissard, Lamy et Marche ;
Baillot, Strappe, Baratte, Grumellon et Dard.

Les Bleus sont versés dans le groupe de la Bolivie et de l’Uruguay (un seul qualifié) en attendant de connaître leur quatrième adversaire. Le Portugal est un instant pressenti, repêché à la place de la Turquie. Mais la fédération portugaise renonce également en raison du coût trop élevé du voyage. Viennent alors deux matches amicaux de préparation de l’équipe de France, perdus 0-1 à domicile face à l’Ecosse le 27 mai, et 1-4 à l’extérieur contre la Belgique le 4 juin. De sérieux doutes commencent à apparaître sur le niveau réel de la sélection.

Emmanuel Gambardella, président de la FFF
Emmanuel Gambardella, président de la FFF

Du coup, la FFF par le biais de son président Emmanuel Gambardella (celui qui donnera son nom à la coupe) menace le comité d’organisation d’un forfait de la France. Le motif ? L’équipe de France doit disputer deux matches du premier tour contre l’Uruguay le 25 juin à Porto Alegre et contre la Bolivie le 29 à Recife, à 3500 kilomètres au nord. Le même Gambardella qui avait déclaré, après l’élimination en barrage contre la Yougoslavie, que la France avait sa place au Brésil, puisque c’était un Français qui avait inventé la Coupe du monde...

Le télégramme de la dernière chance

Henri Delaunay, secrétaire général de la FFF
Henri Delaunay, secrétaire général de la FFF

Entre les deux matches, le 1er juin, la FFF envoie un télégramme au comité d’organisation, demandant la modification du calendrier le lundi 5 dernier délai, date du bureau fédéral. Dans la journée du 5, Henri Delaunay reçoit un coup de téléphone de Cosme Sotero (comité d’organisation), laissant entrevoir possibilité d’un arrangement. A 20h, pas de réponse (par télégramme). Six des onze membres du bureau fédéral votent le forfait. Quelques minutes après, un télégramme arrive de Rio. Il rejette la demande française de modification du calendrier et propose escale à Rio pour réduire les trajets en avion entre Porto Alegre et Recife.

Outre la peur d’être ridicule en phase finale, une autre explication possible de ce forfait tient à la distance à parcourir en avion, et au contexte de l’époque. Deux catastrophes aériennes ont marqué l’année 1949 : celle de Superga près de Turin le 4 mai qui a décimé l’équipe du Torino de retour de Lisbonne (31 morts dont l’international français Emile Bongiorni) et celle des Açores qui coûte la vie à Marcel Cerdan le 28 octobre (48 morts). On comprend mieux la phobie de l’avion de l’international Roger Gabet, écarté de l’équipe avant le forfait.

Une coupe en dépit du bon sens

JPEG - 64.2 koLa quatrième coupe du monde de l’histoire se jouera donc sans l’équipe de France, dont on apprendra après coup qu’une majorité de joueurs étaient prêts à faire le voyage. Cette édition 1950, disputée à treize équipes, sera celle du grand n’importe quoi : l’Uruguay sort du premier tour en n’ayant disputé qu’un seul match (remporté 8-0 contre la Bolivie), le format de l’épreuve ne ressemble à rien avec un second tour à quatre qui doit désigner le vainqueur. Le stade Maracana est inauguré le 24 juin et il est encore en chantier le jour de la finale.

Ce 16 juillet, le Brésil n’a besoin que d’un nul pour être champion du monde et pour la presse et le public, l’affaire est déjà pliée. C’est pourtant l’Uruguay qui l’emporte (2-1) en jouant intelligemment le contre face à une sélection brésilienne trop sûre d’elle. La coupe du monde est remise en catimini par Jules Rimet au capitaine uruguayen Obdulio Varela pour éviter un drame dans un stade en deuil. Quelques semaines plus tard, une polémique éclate car les Etats-Unis, vainqueurs au premier tour de l’Angleterre, ont aligné trois joueurs non-sélectionnables selon les réglements en vigueur. La FIFA ne revient finalement pas sur le résultat final.

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