Après Joël Bats et Fabien Barthez, quels gardiens de transition ?

Publié le 16 mars 2023 - Bruno Colombari - 2

Mike Maignan va devenir le gardien titulaire des Bleus en 2023, après la fin de carrière de Hugo Lloris. Que s’est-il passé dans l’intervalle entre Bats et Barthez, puis entre Barthez et Lloris ? Quels gardiens ont fait la liaison ?

5 minutes de lecture

Comment va se passer la succession de Hugo Lloris en sélection ? Mike Maignan sera-t-il le quatrième gardien français multititré, après Joël Bats en 1984 et 1985, Fabien Barthez en 1998, 2000 et 2003 et Hugo Lloris en 2018 et 2021 ? S’il est beaucoup trop tôt pour le dire, et si l’histoire de l’équipe de France nous montre que beaucoup de gardiens très prometteurs n’ont jamais confirmé, il est utile de regarder ce qui s’est passé pour les trois principaux cité. Que s’est-il passé lorsqu’ils ont quitté l’équipe de France ? Combien de gardiens ont fait la jonction, en combien de matchs, et combien parmi eux avaient été sélectionnés avant le début de la période ou le seront encore après la fin de celle-ci ?

Mais auparavant, si cet article est consacré aux gardiens de transition entre Joël Bats et Fabien Barthez, puis entre ce dernier et Hugo Lloris, il ne faudrait pas oublier trois de leurs prédécesseurs.

Chayriguès, Thépot, Carnus : les premiers recordmen dans les cages

Pierre Chayriguès, le premier à avoir dépassé les 20 sélections à ce poste, et sur une durée très longue, entre 1911 et 1925. C’est aussi le premier gardien star de l’équipe de France, qui a débuté avant 20 ans (cas unique à ce poste) et qui a été sélectionné jusqu’à 33 ans. Une carrière remarquable, mais avec des trous puisqu’il compte 21 sélections sur 44 possibles (et 50 buts encaissés). Dans l’intervalle, il y a eu pas moins de huit autres gardiens, dont Maurice Cottenet (9 sélections), Albert Parsys (5), Maurice Baudier (3), Emile Friess (2) et quatre éphémères : Jean Loubière, Lous Bournonville, Raymond Frémont et Charles Berthelot (1).

Alex Thépot est quant à lui le premier gardien à franchir le cap des 30 sélections. Il est le premier défenseur des Tricolores entre 1927 et 1935 et joue 31 fois (77 buts encaissés). Il participe aux quatre premiers matchs de la France en Coupe du monde, trois en Uruguay en 1930, où il sort blessé lors du premier contre le Mexique, mais revient pour les deux suivants, et un en Italie en 1934 face à l’Autriche. Il est plus régulier que Chayriguès puisqu’il ne manque que 23 matchs sur 54 possibles, dans un laps de temps d’un peu moins de huit ans. Lui aussi est suppléé par huit autres gardiens : Robert Défossé (8 fois), André Tassin (5), Laurent Henric (4), Antonin Lozès (3), Raoul Chaisaz (2), encore Maurice Cottenet (1), René Llense (1) et un seul éphémère, Charles Allé (1).

Avant Joël Bats, c’est Georges Carnus qui porte le record de sélections pour un gardien des Bleus à 36, entre 1963 et 1973 (55 buts encaissés). Il manque 31 matchs sur 67, dont une grosse vingtaine après sa première sélection face au Brésil de Pelé (2-3). Les cinq gardiens qui ont évolué en même temps que lui sont Marcel Aubour (20 fois), Pierre Bernard (7), Daniel Eon (3), Dominique Baratelli (2) et Yves Chauveau (1), le seul éphémère de la liste.

Bats comme une évidence

On en arrive enfin à Joël Bats après une très longue parenthèse d’une dizaine d’années où aucun gardien ne s’impose en équipe de France. Le portier auxerrois débute en Bleu le 7 septembre 1983 à Copenhague, lors d’un match amical au Danemark, où il encaisse trois buts. Mais Hidalgo lui accorde sa confiance et il fait bien, puisqu’il ne manque que 6 des 56 matchs suivants, n’encaisse que 37 buts et signe pas moins de 28 clean-sheets. Il est appelé pour la dernière fois le 18 novembre 1989 contre Chypre à Toulouse, où deux jeunes nommés Laurent Blanc et Didier Deschamps donnent la victoire aux Bleus.

Que s’est-il passé dans l’intervalle de quatre ans et demi qui séparent son départ des débuts de Fabien Barthez ?

Lors des 35 matchs suivants, trois gardiens se succèdent en sélection. Le Sochalien Gilles Rousset est le premier, le 21 janvier 1990 à Koweït City. Il ne disputera que deux matchs, le suivant datant de deux ans plus tard à Wembley contre l’Angleterre. Il sera toutefois numéro deux à l’Euro 1992, en doublure de Bruno Martini, Pascal Olmeta servant de troisième gardien hors liste (20 joueurs seulement à l’époque).

C’est donc Bruno Martini qui arrive ensuite. Auxerrois, comme Bats lors de ses deux premières saisons internationales, il assume un intérim long puisqu’il joue 24 fois, dont 23 fois consécutivement entre janvier 1990 et novembre 1992, dont l’Euro en Suède où il encaisse trois buts en trois matchs. Son bilan est plutôt bon, il fait partie de l’équipe dirigée par Michel Platini qui reste invaincue presque trois ans. Il encaisse 24 buts en autant de matchs. Son dernier (sur la période, il finira en 1996) sera celui contre la Russie en juillet 1993, où il sera remplacé à la mi-temps par Bernard Lama.

Car avant d’être le remplaçant principal de Fabien Barthez, Bernard Lama aura été le troisième successeur de Joël Bats. Le Guyanais du PSG débute en février 1993 et dispute 10 matchs jusqu’en mars 1994, tous consécutifs, même si c’est Martini qui est titulaire contre la Russie en juillet 1993, on l’a vu. Il fait forte impression en n’encaissant que huit buts, mais quatre d’entre eux coûtent très cher puisqu’ils sont concédés contre la Suède à trois minutes de la fin en août 1993 (1-1), dans les dix dernières minutes d’un match calamiteux face à Israël en octobre (2-3) et au bout du temps réglementaire contre la Bulgarie en novembre (1-2).

Barthez en pique-assiette

Entre temps, un jeune gardien de 22 ans s’est imposé à toute vitesse dans les cages de l’OM et a remporté la Ligue des Champions. Fabien Barthez, qui n’est pas encore chauve, est sélectionné avec les Bleus pour la tournée au Japon fin mai 1994. Il fait ses débuts contre l’Australie à Kobé (1-0). Douze ans après, il sera encore là. S’il n’est pas très assidu (73 matchs manqués pour 87 sélections), il encaisse moins de buts (48) qu’il ne signe de clean sheets (51), se montrant intraitable quand le niveau monte : huit buts encaissés en 17 matchs de Coupe du monde, dont deux sur pénalty.

Autant dire qu’il éteint très vite la concurrence, du moins quand Aimé Jacquet en fait son titulaire, en 1997. Lorsqu’il quitte les Bleus, le 9 juillet 2006 à Berlin, avec le brassard de capitaine un soir de finale mondiale, son successeur est évidemment Grégory Coupet. Le Lyonnais a débuté en Bleu en 2001, et depuis il attend son tour avec plus ou moins de patience. Mais sur les 31 matchs qui constituent l’intervalle entre Barthez et Lloris (jusqu’en novembre 2008), Coupet ne jouera que 16 fois, soit moins souvent qu’avec le statut de remplaçant de Barthez (18). Il ne manque qu’un match lors de la saison post-Barthez (contre les Féroé à Sochaux), puis huit entre juin 2007 et février 2008, puis il joue 7 des 8 suivants. Il encaisse très peu de buts (5 en 13 matchs), sauf à l’Euro (6 en deux matchs après un clean-sheet initial). A 35 ans et 5 mois, sa carrière internationale est terminée sur cet échec.

Son principal concurrent est le Nantais Mickaël Landreau, qui a six ans de moins. Il ne joue que huit fois lors de ces deux années et demie, mais il n’encaisse que trois buts. Malheureusement pour lui, l’un d’entre eux, face à l’Ecossais McFadden au Parc à l’automne 2007, entraîne la défaite des Bleus (0-1). Même s’il enchaîne sept titularisations consécutives en 2007, profitant de la rupture des ligaments croisés de Coupet, Landreau ne sera toujours qu’un gardien remplaçant, qui participera même à la Coupe du monde 2014 alors qu’il n’a plus été sélectionné depuis plus de six ans.

Le troisième gardien à faire l’intérim entre 2006 et 2008, c’est Steve Mandanda. Le Marseillais n’a que 23 ans lorsque Raymond Domenech le retient plutôt que Lloris pour l’Euro 2008, après une mi-temps seulement contre l’Equateur en amical. C’est lui qui devient titulaire des Bleus jusqu’en octobre 2009, mais dans la période qui nous intéresse, il joue six fois, et encaisse neuf buts, ce qui est beaucoup. Une fois Lloris définitivement installé en Bleu, fin 2009, Mandanda n’aura plus que des miettes, sous la forme de 23 sélections jusqu’en 2022. Avec au passage quand même un titre de champion du monde, et deux matchs de phases finales joués.

Vos commentaires

  • Le 18 mars 2023 à 13:58, par Sebastien En réponse à : Après Joël Bats et Fabien Barthez, quels gardiens de transition ?

    Merci pour cet article, très éclairant. Finalement, les transitions entre Bats et Barthez et Barthez et Lloris se ressemblent un peu, avec un gardien de haut niveau (Martini, Coupet) qui s’impose sur une durée de 2-3 ans puis le futur n°2 qui prend la suite (Lama, Mandanda), jusqu’à l’intronisation du futur taulier.
    Pour l’avenir, il semble que Maignan ait une bonne longueur d’avance. Aréola n’étant, selon moi, pas un gardien de top niveau et Samba ayant déjà 28 ans, je pense que dans l’avenir le principal concurrent du portier du Milan AC sera Meslier, qui, à 23 ans, joue déjà dans le meilleur championnat du monde.
    À voir également ce que feront Lafont et Chevalier.

  • Le 18 mars 2023 à 14:05, par Bruno Colombari En réponse à : Après Joël Bats et Fabien Barthez, quels gardiens de transition ?

    Oui, c’est bien vu, je n’avais pas poussé l’analogie jusque là. D’accord avec vous sur Maignan et Meslier. Mais il faut être prudent avec les jeunes gardiens : Landreau était vu comme un futur crack à ses débuts à Nantes, Lafont aussi, de même que Frey en Italie, ou Paul Nardi plus récemment, qui végète dans le championnat belge.

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