Pelé, une après-midi à Colombes

Publié le 16 avril 2021 - Richard Coudrais

Le 28 avril 1963, l’équipe de France reçoit au stade de Colombes le Brésil, double champion du monde. Les tribunes d’Yves-du-Manoir sont combles et n’ont d’yeux que pour le roi Pelé. qui va encore signer un triplé, cinq ans après celui de Solna.

Jouera ? Jouera pas ? Un énorme mystère entoure la présence ou non de Pelé dans l’équipe du Brésil que reçoit l’équipe de France le 28 avril 1963 au stade de Colombes. On dit qu’il est blessé. Il n’a pas été aligné lors du précédent match à Bruxelles, remporté 5-1 par la Belgique. On sait qu’il a été particulièrement bousculé au Portugal et que la sélection brésilienne poursuit sa tournée chaotique en essayant de préserver autant que possible son joyau.

Cinq ans après Solna

C’est la première fois que la sélection du Brésil vient jouer en France. La demi-finale de la Coupe du monde 1958 méritait bien une revanche, même après cinq ans. Lorsque le speaker du stade de Colombes annonce le nom de Pelé dans la composition des équipes, des cris de joie et des acclamations crépitent de part et d’autres des tribunes. Pelé est présent dans le onze de départ, la fête promet d’être belle.

Dès que débute la rencontre, tous les regards sont donc braqués sur le meilleur joueur du monde. Celui-ci curieusement semble détaché des débats. Il se déplace en petites foulées, réclame le ballon mais ne vient pas le chercher. Il laisse ses coéquipiers se bagarrer avec les Tricolores. Sans doute diminué, Pelé ne tient pas à prendre un risque qui rendrait sa blessure plus grave.

On s’apercevait cependant, en le regardant bien, que les rares coups de patte qu’il donnait suffisaient à redresser le jeu, à l’orienter, à lui donner une ampleur inédite” écrit le journaliste Jacques Ferran, dans un article qui figurera dans son recueil “Football, aventure des hommes” paru en 1965 chez La Table Ronde.

Lorsque Pelé sort de sa réserve, il est durement contré par un adversaire. Bien que cela reste dans les limites des règles du jeu, le jeune Brésilien manifeste un certain agacement auprès de l’arbitre. A la demi-heure de jeu, il parvient à réaliser son premier tir, une frappe du gauche que Georges Carnus, le gardien français, arrête avec brio.

But de Pelé

Quelques minutes plus tard, son coéquipier Ney lui glisse un ballon aux abords de la surface. Le numéro 10 brésilien contrôle, s’approche du but et frappe malgré l’opposition de Robert Herbin. Carnus, cette fois, est battu.

Ce but semble avoir ragaillardi Pelé qui jusqu’à la mi-temps, s’implique plus dans le jeu. On le voit même réaliser une longue course ponctuée de dribbles sur des Français qui ne parviennent pas à l’arrêter. Même si l’action ne donne rien, Pelé est acclamé par le public de Colombes.

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En début de deuxième mi-temps, on retrouve la face sombre du jeune Pelé. Il tente des actions individuelles, se plaint à l’arbitre, se roule par terre au moindre contact. Les premiers sifflets lui sont adressés. Le Brésil semble ne chercher qu’à contrôler le match. Les champions du monde en titre font preuve il est vrai d’un niveau technique largement supérieur à leurs hôtes.

Parmi les onze brésiliens présents à Colombes, seulement trois étaient sur la pelouse du Råsunda Stadion en 1958 : Pelé, le gardien Gilmar et le milieu de terrain Zito. Coté français, André Lerond et Maryan Wisniewski sont les seuls rescapés de cette demi-finale qui paraît déjà si lointaine.

Alors que Colombes semble s’endormir au ronronnement de la rencontre, il va se réveiller à la 70e minute lorsque l’équipe de France sort enfin de sa torpeur. Posté dans le camp des Brésiliens, Joseph Bonnel combine avec Herbin qui sert idéalement Wisniewski. L’attaquant français, à dix-huit mètres face au but, déclenche une lourde frappe qui ne laisse aucune chance à Gilmar.


 

Un match devenu âpre et furieux

C’est une égalisation quasiment miraculeuse qu’obtient l’équipe de France tant elle a été dominée pendant plus d’une heure. Les Brésiliens, piqués au vif, se mettent à attaquer. Cinq minutes après le but français, le défenseur Roberto Dias franchit la ligne du milieu de terrain et tente une percée solitaire qui ne sera repoussée que par un plongeon de Carnus dans ses pieds.

Le ballon est mal relancé par la défense française, que récupère Pépé. Celui-ci entre dans la surface française, déborde sur le côté droit et se fait faucher par Maryan. L’arbitre italien M. Lo Bello marche tranquillement jusqu’au point de pénalty pour signifier sa décision. C’est Pelé qui se charge de la sentence. Il s’élance, coupe brièvement sa course puis frappe du droit, plaçant le ballon au ras du poteau droit de Carnus qui n’a même pas plongé.

Les Brésiliens se congratulent sous les sifflets. Le public de Colombes estime-t-il qu’il n’y avait pas penalty ? Est-il agacé par ce Brésil qui joue à l’économie ? Ou simplement déçu d’avoir été si vite remis à la raison après avoir cru à une victoire probable des tricolores.

« Je vais régler ça... »

La rencontre est loin d’être terminée. A la 82e minute, Yvon Douis déborde sur le côté droit et parvient à centrer pour Fleury Di Nallo qui pousse le ballon dans le but déserté par Gilmar, lequel avait trop anticipé. Colombes reprend espoir après ce deuxième miracle, mais deux minutes plus tard à peine, Pelé, idéalement lancé par Gerson à l’entrée de la surface de réparation, place à un tir croisé qui trompe à nouveau Carnus.

Lorsque Di Nallo égalise, racontera dans ses souvenirs le gardien français [1], je vois Gilmar engueuler Pelé parce qu’il avait perdu le ballon au milieu du terrain. Pelé lui répond quelque chose du style “Ne te fais pas de soucis, je vais régler ça”. Et là, il vient inscrire son troisième but.

On aurait dit ainsi que si l’équipe de France avait inscrit un troisième but, Pelé aurait aussitôt marqué le quatrième du Brésil. Et si la France avait encore égalisé, Pelé aurait encore donné l’avantage. Cela semblait sans fin, inéluctable tellement Pelé semblait supérieur à tous les autres joueurs présent sur la pelouse.

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Jacques Ferran, encore “Ce dernier quart d’heure où la seule présence de Pelé - et non pas ses dribbles, ses tirs, ses ouvertures, mais sa seule présence - équilibra la ruée adverse et fit basculer le match est, pour nous, un des spectacles les plus extraordinaire auxquels nous ayons assisté. Il entrait de la magie et de l’hypnose dans la manière dont ce match, devenu pourtant âpre et furieux, allait doucement se nicher entre les pattes du tigre Pelé.”.

Le lendemain, le journal L’Équipe affiche en une : “Pelé : 3, France : 2

[1France Football n°2803 du 28 décembre 1999

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