1971, une année dans le siècle

Publié le 24 août 2011, mis à jour le 25 janvier 2016

Après notre série sur les bilans mensuels des Bleus, en voici une nouvelle qui s’attachera à raconter une année entière de l’équipe de France en la replaçant dans son contexte historique et sportif. Pour la première, retournons il y a quarante ans, au tout début des seventies.

Le contexte politique et culturel

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Nixon, Tête Jaune, Sticky Fingers, Little Big Man, Netzer et Cruyff.

En France, Georges Pompidou est dans sa deuxième année de mandat, avec Jacques Chaban-Delmas comme chef de gouvernement. Ce dernier veut mettre en place la Nouvelle société, un programme gaulliste à tendance sociale, alors que le général est mort en novembre 1970. Nixon élimine la convertibilité du dollar en or et ouvre en grand les vannes de la spéculation financière.
Au cinéma, Love Story fait un malheur et Little Big Man réinvente le western. Les Pink Floyd sortent Meddle et Les Stones Sticky Fingers, alors que Gainsbourg se lance dans un album concept, l’Histoire de Melody Nelson.
En littérature, Robert Silverberg publie les Monades urbaines, tandis qu’en BD Charlier et Giraud s’offrent le scalp de Custer par Blueberry interposé avec Le général Tête jaune.

Le contexte sportif

L’équipe de France éliminée de la coupe du monde mexicaine, l’année 1970 a été consacrée à des matches amicaux avec des résultats mitigés (3 victoires, 1 nul et 2 défaites) ainsi qu’au premier match qualificatif pour la coupe d’Europe des Nations 1972 : victoire 3-1 à Lyon face à la Norvège. La décennie perdue des années soixante n’est pas encore terminée et la belle coupe du monde au Mexique a montré l’écart de niveau entre l’équipe de France et les autres sélections européennes comme l’Italie ou l’Allemagne, qui s’apprête à dominer la décennie.
D’une manière générale, le foot français est encore en retard au niveau européen : malgré quatre titres de champion de France consécutifs (de 1967 à 1970), l’AS Saint-Etienne n’a encore rien montré en coupe d’Europe, où les Hollandais de Feyenoord et de l’Ajax dominent le continent.

Le sélectionneur en poste : Georges Boulogne

JPEG - 10.1 koNommé en mars 1969, le père de la formation à la française a tout d’abord échoué dans la qualification à la coupe du monde 1970 au Mexique, avec une défaite rédhibitoire en Suède (0-2). L’objectif est désormais la coupe d’Europe des Nations 1972 et surtout la coupe du monde 1974 qui se jouera outre-Rhin, en Allemagne.

Le récit de l’année

L’année 1971 sera quant à elle essentiellement consacrée aux qualifications face à la Norvège donc, à la Hongrie et la Bulgarie. Trois matches amicaux préparatoires sont organisés : une mini-tournée en Argentine en janvier, pendant la trêve hivernale, et un match à Valence contre l’Espagne.

La tournée sud-américaine est plutôt encourageante, avec une belle victoire 4-3 le 8 janvier à Buenos Aires, et une défaite logique cinq jours plus tard à Mar del Plata (0-2). Le 17 mars, ces bonnes dispositions sont confirmées en Espagne avec un nul acquis grâce à un doublé d’Hervé Revelli (2-2).

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Quand les qualifications reprennent, en avril à Budapest contre la Hongrie, Georges Boulogne aligne devant Carnus une défense renforcée à cinq, avec le retour de Roger Lemerre et les débuts de Francis Camerini aux côtés de Novvi et Bosquier, Jean Djorkaeff (le père de Youri) jouant latéral. Les Bleus s’en tirent plutôt pas mal avec un nouveau nul (1-1) acquis grâce à un but d’Hervé Revelli, son quatrième depuis le début de l’année. Le 8 septembre à Oslo, l’équipe de France l’emporte facilement (3-1) grâce notamment à un but de son milieu de terrain débutant, Jacky Vergnes.

Une victoire à Colombes (où les Bleus jouent pour la dernière fois en compétition) face à la Hongrie approcherait grandement la qualification, mais la belle mécanique s’enraye une première fois (0-2) malgré une équipe très expérimentée, avec une charnière centrale Bosquier-Novi et une attaque Bereta-Loubet-Lech-Revelli (qui totalise 89 sélections) moins offensive qu’on ne pourrait le croire.

France-Hongrie (0-2)


 
Les deux derniers matches de l’année, un aller-retour contre la Bulgarie, sont donc décisifs, sans droit à l’erreur. L’aller à Nantes est bien négocié (2-1), mais le retour à Sofia en décembre finit mal (1-2). A cette occasion, un jeune défenseur est lancé dans le grand bain : il s’agit de Marius Trésor.

Le bilan statistique de 1971 est médiocre, 52e sur 101 (un peu mieux que 1981 et à peine moins bien que 2010). Avec trois victoires, deux nuls et trois défaites (dont une à domicile), il est équilibré, mais deux des trois défaites ont été concédées en compétition et ont donc coûté aux Bleus une place en quart de finale de la coupe des Nations. Hormis l’Argentine, aucune équipe rencontrée n’était d’un haut niveau. Mais en 1971, le niveau de l’équipe de France n’était pas meilleur que celui de la Bulgarie ou de la Hongrie.

Le temps fort de l’année

La victoire 4-3 en Argentine. En juillet 1966, l’Argentine est désignée par la FIFA comme pays organisateur pour l’édition 1978, en même temps que la RFA pour 1974 et l’Espagne pour 1982. L’Albiceleste a manqué la coupe du monde 1970, sortie en qualifications par le Pérou et la Bolivie. Son équipe est jeune et manque d’expérience, mais pas de talent : on y trouve notamment le futur goleador Carlos Bianchi (alors au Velez Sarsfield) et le milieu de terrain Angel Marcos, recruté quelques mois plus tard par le FC Nantes.

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La sélection argentine en 1971. On reconnaît Carlos Bianchi, assis sur le ballon au centre.

A la surprise générale, les Bleus non seulement font mieux que se défendre, mais ils mènent au score tout au long du match : 1-0 avec Loubet d’entrée (3e), 2-0 en début de deuxième mi-temps par Jean Djorkaeff sur pénalty (50e), 3-1 après l’heure de jeu (Lech, 64e) et 4-2 en fin de match par Hervé Revelli (89e). Dans les buts, Georges Carnus fait des miracles et ses poteaux l’aident bien, repoussant pas moins de huit tirs argentins.

Les joueurs

Georges Boulogne a testé 23 joueurs en huit matches, dont trois nouveaux (Francis Camerini, Jacky Vergnes et Marius Trésor). Carnus aura été le seul gardien ; en défense, la ligne Novi-Bosquier-Djorkaeff-Rostagni a été complétée par Lemerre, Camerini, Quittet et Trésor ; au milieu, Michel et Mézy sont le plus souvent titulaires, alors que Huck, Herbet et Vergnes s’intercalent ; en attaque, on retrouve le plus souvent Bereta, Hervé Revelli, Lech et Loubet, plus ponctuellement Floch, Blanchet, Di Nallo, voire Molitor ou Gress. Vergnes (une sélection), Camerini (deux), Gress (trois) et Lemerre (six) ont joué leur dernier match sous le maillot bleu en 1971.

Les buteurs de l’année

Hevé Revelli a marqué quatre des treize buts français, devant Charly Loubet (3), Georges Lech et Bernard Blanchet (2), Jean Djorkaeff et Jacky Vergnes (1). Le Stéphanois, qui va bientôt rejoindre l’OGC Nice pour deux saisons finira sa carrière internationale avec 15 buts en 30 sélections.

La révélation de l’année

Il s’agit de Marius Trésor, qui joue à l’époque à Ajaccio au poste d’arrière gauche, qu’il va bientôt quitter pour rejoindre l’OM (à l’automne 1972). Le défenseur guadeloupéen, puissant et technique, combine les qualités de Desailly et de Blanc, avec un peu moins d’assurance toutefois. Sa carrière internationale durera douze ans (65 sélections), avec deux grosses performances en 1978 (contre le Brésil à Rio) et en 1982 (contre la RFA à Séville).


 

Carnet bleu

Cette année-là, naissent six futurs internationaux, dont un seul restera dans les mémoires (devinez lequel) : Bruno N’Gotty le 10 juin, Fabien Barthez le 28 juin, Lilian Laslandes le 4 septembre, Raynald Pedros le 10 octobre, Nicolas Ouédec le 28 octobre et Sabri Lamouchi le 9 novembre.

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Fabien Barthez, né en 1971, et Jules Dewaquez, mort la même année.

Jules Dewaquez (né en 1899, 41 sélections entre 1920 et 1929, 12 buts), Charles Heiné (né en 1927, 2 sélections en 1947) et Félix Romano (né en 1895, une sélection en 1913) sont morts en 1971.

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