25 avril 2001 : France-Portugal

Publié le 25 avril 2011, mis à jour le 31 août 2014

Dix mois après la demi-finale de Bruxelles, les Portugais viennent à Saint-Denis prendre leur revanche sur les Bleus, qui sont tombés un mois plus tôt à Valence contre l’Espagne. Résultat : un sommet du jeu entre deux des trois meilleures sélections du monde.

Le contexte

A quel moment exactement l’équipe de France a-t-elle atteint son meilleur niveau ? Difficile à dire. Probablement entre 2000 et 2002, même si elle n’a pas disputé de compétition pendant cette période. Champions du monde et champions d’Europe en titre, les Bleus semblent inaccessibles en ce printemps 2001. Avant de jouer contre l’Espagne en mars à Valence, ils ont enchaîné 87 matches en en perdant que cinq, dont deux en compétition. L’arrêt de Laurent Blanc et Didier Deschamps, six mois plus tôt, ne semble pas les avoir affaibli, d’autant que Henry, Pires et Wiltord font des étincelles devant et que Zidane, brillantissime, va bientôt rejoindre le Real Madrid. Bref, à treize mois de la première coupe du monde asiatique, tout va pour le mieux pour Roger Lemerre et son équipe.

Le 25 avril, c’est le Portugal qui arrive à Saint-Denis. Un mois plus tôt, l’équipe de France avait corrigé le Japon (5-0) avant de s’incliner à Valence face à l’Espagne (1-2) avec il est vrai Lionel Letizi dans les buts. Ce Portugal-là est grosso modo le même que celui de l’Euro 2000, qui avait fait souffrir les Français lors de la demi-finale à Bruxelles. C’est une équipe redoutable articulée autour de Couto, de Luis Figo et de Conceiçao, avec en joker Pedro Pauleta.

C’est surtout un collectif qui a soif de revanche et qui n’a toujours pas digéré le pénalty-but en or de Zidane consécutif à une main d’Abel Xavier dans la prolongation de la demi-finale de l’Euro. Classés troisièmes au coefficient UEFA, les Portugais ont bien l’intention de montrer qu’ils sont au moins aussi forts que les Bleus. Deux ans plus tôt à Wembley, les Anglais partaient avec les mêmes intentions, avant de se faire corriger (0-2, doublé d’Anelka). Les mêmes causes vont produire les mêmes effets, et pour faire bonne mesure, le tarif sera doublé.

Le match

Les Bleus se présentent avec la même défense axiale que contre l’Espagne et le Japon, à savoir Desailly-Silvestre, avec Thuram à droite et Lizarazu à gauche. Emmanuel Petit est à la récupération. Quant à Zidane, il évolue dans l’axe avec autour de lui la quatre joueurs d’Arsenal : Vieira derrière, Wiltord à droite, Pires à gauche et Henry en pointe. Djorkaeff remplacera Zidane à la mi-temps, Trezeguet se calera en pointe à la place de Wiltord, Henry glissant à gauche. Makelele et Candela remplaceront Vieira et Thuram autour de l’heure de jeu, Sagnol entrant en toute fin de rencontre à la place de Petit.

L’entame de match est portugaise. Les Lusitaniens organisés en 4-5-1, ne laissent rien passer et contrôlent le jeu grâce à un bon pressing et une circulation de balle rapide. Il faut attendre la 11e minute pour voir Henry récupérer un ballon assez bas, le donner à Zidane qui lance Pires, lequel efface Nelson mais pousse trop loin le ballon qui sort. Cinq minutes plus tard, alors que Jean-Michel Larqué affirme qu’il ne va pas y avoir beaucoup d’occasions, Henry donne à Zidane qui élimine trois adversaires, glisse à Vieira, lequel décale Thuram à droite. Celui-ci repique dans l’axe, talonne pour Pires côté droit qui centre sur Wiltord dont la reprise rasante, déviée, finit près du poteau de Quim. 1-0.

Dès lors la partie s’équilibre, Zidane touche de plus en plus de ballons, et sur l’un d’eux, il décale superbement Henry dans la surface qui échoue de peu. A la demi-heure, les Portugais ne sortent plus de leurs trente mètres et concèdent cinq corners successifs. Sur le dernier, tiré de la droite par Petit, le ballon est rabattu de la tête par Vieira sur Silvestre qui frappe du gauche à dix mètres. 2-0.

Le match est plié et ce qui suit est du grand art (voir la séquence souvenir) avec un troisième but quasiment dans la foulée. Figo et ses coéquipiers sont KO debout, ça va beaucoup trop vite. L’objectif n’est plus de revenir au score mais d’arrêter l’hémorragie, du moins de tenir jusqu’à la mi-temps. A la 37e, sur un corner portugais, Barthez capte un ballon aérien et dans le même mouvement s’élance à la limite de la surface et délivre un amour de passe longue à la main pour Pires. Celui-ci est trop court de quelques centimètres, Nelson dégage. Derrière lui, Henry attendait l’offrande pour partir seul au but.

A la mi-temps, Pauleta échange déjà son maillot avec Zidane. Le Turinois ne reviendra pas, le Bordelais jouera jusqu’au bout mais pour lui, c’est sûr, c’est comme si le match était déjà fini. Au retour des vestiaires, les Portugais jouent beaucoup mieux, les Français (avec Djorkaeff en meneur de jeu) leur laissent l’initiative. La réduction du score semble inévitable, sur un coup franc bien placé, Figo combine intelligemment avec Boa Morte dont le tir en pivot frôle le poteau de Barthez (65e) Deux minutes plus tard, c’est Thuram qui sauve sur la ligne un centre-tir de Helder. Puis c’est Candela, qui vient d’entrer, qui se troue face à Conceiçao dont le tir est presque cadré (73e).

Le dernier quart d’heure sonne le réveil des Bleus : Djorkaeff emmène le ballon dans la surface mais est devancé par Quim, Barthez s’offre un tacle glissé hors de la surface, Makelele relance sur Petit, double une-deux Pires-Henry, centre de ce dernier esquivé par Petit, Djorkaeff grille la politesse à Trezeguet et marque d’un ballon piqué dans la surface. 4-0. Et presque 5-0 trois minutes plus tard quand un dédoublement Henry-Petit côté gauche arrive sur Trezeguet dont la volée est trop écrasée. Après quelques séances de passe à dix côté bleus, on en reste là. Rendez-vous est pris pour une demi-finale mondiale, cinq ans plus tard.

La séquence souvenir


Le troisième but, inscrit à la 33è minute, est grandiose : alors que les Portugais tentent de digérer le second but français, il arrive au terme de quinze passes consécutives réalisées en 35 secondes exactement, pendant lesquelles les coéquipiers de Figo regardent passer les trains : Vieira pour Zidane puis Petit, Pires, Henry, Petit encore, Zidane, Desailly, Vieira, tout ça autour du rond central, Vieira écarte pour Thuram sur l’aile, Vieira encore, Thuram toujours qui remet dans l’axe, Petit, Lizarazu, Pires qui ouvre pour Henry parti dans le dos de la défense, plat du pied à douze mètres à droite et but. Huit Bleus ont touché le
ballon, seuls Barthez, Silvestre et Wiltord n’ont pas participé au festival.

Le Bleu du match

Après une année en demi-teinte où il a disputé l’Euro en tant que remplaçant (certes passeur décisif sur le but en or de Trezeguet en finale contre l’Italie), Robert Pires a changé de statut en passant de l’OM à Arsenal. Aux côtés de Wiltord, Henry et Vieira, il devient plus tranchant, plus décisif, aussi bien dans la dernière passe qu’aux abords du but. Avec les Bleus, il est désormais installé côté gauche, profitant du retrait de Dugarry.

Contre le Portugal, il va faire une première mi-temps remarquable, toujours en mouvement comme sur le premier but où, en position d’ailier droit, il centre pour Wiltord. C’est encore lui qui offre le troisième but à Henry, lancé en profondeur. On le voit un peu moins en deuxième période où il passe à droite après la sortie de Wiltord, mais il trouve moyen de donner un nouveau ballon de but à Djorkaeff qui le gâchera.

L’adversaire à surveiller

Luis Figo. Quatre mois plus tôt, le Portugais a raflé le Ballon d’or France-Football qui semblait promis à Zidane. Passé du Barça au Real Madrid à l’été 2000, Figo a inauguré l’ère des Galactiques qui attirera le meneur de jeu français quelques semaines plus tard. Autant dire qu’il y a un match dans le match entre les deux hommes, qui se respectent par ailleurs. Zidane sorti à la mi-temps, Luis Figo tentera de relancer son équipe, mais ce n’était pas son soir, malgré un ultime retourné dans la surface pendant le temps additionnel.

La petite phrase

Roger Lemerre : « Si après la défaite en Espagne, on repartait avec un doute, on peut dire qu’après France-Portugal on repart avec plus de confiance. 2002 se prépare mieux dans la victoire. On ne peut pas rester insensible à ce qui s’est passé hier mais il ne faut pas oublier avant-hier non plus. »

La fin de l’histoire

Après une telle démonstration, que peut-il bien arriver à cette équipe de France ? Rien de bon, hélas. Lors de la coupe des Confédérations en juin, Roger Lemerre multiplie les essais puis revient à une composition plus classique pour emporter une compétition sans grande signification. A l’automne, il ne prend plus aucun risque, garantissant aux champions du monde et d’Europe une place confortable pour 2002. La succession de matches amicaux et la sénatorisation des places sapent petit à petit les fondamentaux : défaite au Chili en septembre, nul en Australie en novembre... La blessure de Robert Pires en mars 2002 suivie de celle de Zidane en mai feront le reste.

A paraître le 8 novembre

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