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Ces matches gagnés que l’on croyaient perdus

Publié le 24 septembre 2013, mis à jour le 12 novembre 2016

En compétition, les Bleus ont retourné un score défavorable 23 fois, dont trois fois en 2016. Il y a même eu un double retournement, et aussi un triple. Attention aux loopings !

Ce qui fait l’intérêt du football, c’est avant tout son incertitude. Avant qu’un match ne commence, bien malin qui peut en écrire son scénario. Mais ce qui rend un match palpitant, ce sont les retournements de situation, les renversements de score, ces moments où l’équipe qui mène se retrouve menée à son tour, ces rebondissements qui surviennent parfois dans les ultimes secondes : personne n’oubliera le but de Platini à Marseille contre le Portugal en 1984, arraché au sort contraire à l’extrême limite des prolongations, ou celui de Wiltord à Rotterdam contre l’Italie alors que l’arbitre allait siffler la fin de la rencontre, ou encore mieux, l’invraisemblable coup de théâtre du temps additionnel à Lisbonne en 2004 contre l’Angleterre, avec le doublé de Zidane sur coup de pied arrêté.

L’équipe de France a disputé 322 matches de compétition. Elle en a gagné 179. Lorsqu’elle a encaissé un but, elle a gagné 78 fois. Si on regarde combien de fois, parmi ces 78 matches, elle a gagné après avoir renversé un score, il en reste seulement 23. Et parmi ces 23, combien de fois elle a gagné après avoir été menée et avoir encaissé deux buts ou plus, il n’en reste que huit. Dont celui en Biélorussie en 2013 (4-2), qui présente la particularité d’avoir vu les Bleus être menés deux fois, égaliser deux fois avant de l’emporter.

Le plus renversant : France-Paraguay 1958

Deux fois seulement, les Bleus ont gagné en compétition en étant menés deux fois au score. A Tbilissi donc, et avant à Norrköpping, le 8 juin 1958, pour le premier match de la coupe du monde en Suède. Face au Paraguay, l’affaire ne commence pas au mieux puisque c’est l’attaquant Florencio Amarilla qui ouvre le score à la 21e minute sur coup franc. A la demi-heure, les Bleus ont déjà retourné le score grâce à deux buts de Fontaine, lancé par Piantoni (24e) puis par Kopa (30e). Mais le même Amarilla égalise sur pénalty juste avant la mi-temps (43e). Et au retour des vestiaires, le Paraguay prend l’avantage par Romero (50e). Le score vient de se retourner une deuxième fois, ce qui est rare.

Une poignée de secondes plus tard, Piantoni égalise (51e). 3-3 ! Mais ce n’est pas fini. Dix minutes plus tard, Maryan Wisniewski donne l’avantage aux Bleus (62e) en reprenant sur la ligne de but un coup franc de Kopa. 4-3 ! Et voilà le troisième retournement du match… Il n’y en aura pas d’autre, même si le score continue de grimper : 5-3 à la 68e (Fontaine), 6-3 à la 70e (Kopa) et enfin 7-3 à la 84e (Vincent). C’est la première fois que le carré magique offensif Kopa-Fontaine-Piantoni-Vincent est aligné, et on a vu le feu d’artifice : six buts et six passes décisives.

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Le plus hitchcockien : France-Portugal 1984

Celui-là n’est pas mal non plus, même s’il ne compte qu’un double retournement. Face au Portugal le 23 juin 1984, l’équipe de France est favorite à Marseille, en demi-finale de l’Euro. D’ailleurs, elle contrôle bien la première mi-temps, ouvre le score par Jean-François Domergue (25e) et va marquer un deuxième but, c’est sûr, tant sa domination en deuxième période est totale. Mais Giresse, Platini et Fernandez butent sur Bento, sur le poteau, la barre, un dos, un pied, et rien ne rentre. Jusqu’à la tête de Jordao à un quart d’heure de la fin (74e) qui emmène les Portugais en prolongations. Les Bleus souffrent de plus en plus, Nene et Chalana mettent le feu dans la défense à chaque contre et finissent par encaisser un deuxième but sur un rebond qui trompe Bats (98e). 1-2 et premier retournement de score.

Il ne reste plus que cinq minutes et l’on voit déjà se profiler l’élimination, d’autant que Bats vient de sortir le grand jeu devant Nene, à deux doigts de faire le break. Puis Domergue égalise au terme d’une partie de billard dans la surface (115e). Et à une minute des tirs au but, Tigana emporte tout sur son passage, court, son centre en retrait prend toute la défense à revers, Platini est tout seul, il prend le temps de contrôler et allume de toutes ses forces (119e). Double retournement au bout du bout de la prolongation. Séville est effacé.

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Le plus irrespirable : France-Italie 2000

Ce n’est qu’un retournement simple comme il y en a eu seize autres, mais celui-là est spécial : parce qu’il a eu lieu en finale d’un Euro, deux ans après le triomphe du 12 juillet 1998, et qu’il a été littéralement arraché à l’extrême limite du temps additionnel puis parachevé par un but en or. Les Italiens étaient un peu trop sûrs d’eux à 1-0 en leur faveur quand ils faisaient tourner le ballon en position d’attaque, attendant le coup de sifflet final de M. Frisk. Ils le perdent sur un hors-jeu stupide.

Barthez le joue au pied et comme il ne reste qu’une poignée de secondes, il cherche la tête de Trezeguet, à soixante mètres de là. Et il la trouve (on ne dira jamais assez quel bon relanceur il fut). Trezeguet dévie instantanément pour Wiltord qui contrôle de la poitrine et frappe du gauche. Le ballon file sous la main de Toldo (93e). La suite semble déjà écrite : les Italiens ont perdu dans leur tête et la séance des tirs au but trop lointaine pour eux. Les Bleus vont les achever au but en or comme ils l’ont fait en demi-finale contre le Portugal trois jours plus tôt.

Le plus rapide : France-Angleterre 2004

Ce 13 juin à Lisbonne, les Bleus débutent l’Euro portugais contre l’Angleterre. Donnés favoris de l’Euro après une série d’invincibilité de dix-huit matches, ils sont pris à la gorge par des Anglais ambitieux portés par un milieu Gerrard-Lampard-Beckham de très haut niveau. Le second ouvre le score en première mi-temps. Le troisième manque le break face à Barthez sur pénalty à l’heure de jeu. Et le premier sera l’acteur du renversement final. Quand le temps additionnel commence, on se demande comment les Bleus vont s’y prendre pour égaliser. Puis Heskey fait une petite faute sur Makelele à vingt mètres. Coup-franc. Zidane le frappe, son tir platinien survole le mur et bat David James sur sa droite, le long du poteau. Nous en sommes à la 90e minute passée de 35 secondes.

Le temps d’engager, le ballon circule de James à Vieira dont la passe est contrée par Gerrard, lequel remet en retrait à James sans voir Henry dans son dos. L’attaquant français touche le ballon avant le gardien qui le fauche. Pénalty. On joue depuis 91 minutes et 46 secondes. Qui va le tirer ? Zidane bien sûr. Il pose le ballon sur le point, puis se penche en avant et vomit de la bile. Il frappe au même endroit que son coup franc, et marque. On joue depuis 92 minutes et 33 secondes. Zizou vient de renverser le match en moins de cent vingt secondes, pendant le temps additionnel et sur deux coups de pied arrêtés.

Le plus décisif : France-Belgique 1981

Pour aller en Espagne, il faut battre la Belgique. En ce printemps 1981, les Bleus doutent après trois défaites concédées en RFA (1-4), en Espagne (0-1) et aux Pays-Bas (0-1). En plus, Platini est forfait. Et les Belges commencent à faire peur à tout le monde. Hidalgo aligne une équipe très offensive avec un milieu Tigana-Giresse-Genghini et trois attaquants. Mais à la cinquième minute, Vandenbergh ouvre le score et plonge le Parc dans l’angoisse. Plus le choix, il faut attaquer, et on verra bien. On voit. Genghini met un coup franc sur la barre, Soler reprend de la tête et égalise (14e). Rocheteau déborde, centre en retrait et Six conclut dans l’axe (26e). Ouverture de Tigana et doublé de Soler d’un tir croisé (31e). En un gros quart d’heure, les Bleus ont renversé le score, et la table. La route de l’Espagne est à nouveau ouverte.

Le plus perso : France-Yougoslavie 1984

Déjà qualifiés pour les demi-finales de l’Euro, les Bleus jouent la première place à Saint-Etienne contre la Yougoslavie. Une formalité, sauf pour les Yougoslaves qui marquent par Sestic à la demi-heure de jeu. Au bout d’une heure, Platini décide que la plaisanterie a assez duré, et se souvient qu’on l’aime bien du côté de Geoffroy-Guichard. Et un tir du gauche sur un centre de Ferreri (59e). Et une sublime tête plongeante au point de pénalty sur un service de Battiston (61e). Score renversé en deux minutes. Et pour la route, un petit troisième sous la forme d’un coup franc d’école plein axe (76e). Un triplé en dix-sept minutes, trois jours après celui réussi contre la Belgique à Nantes.

Les 23 retournements favorables en compétition

8 matches gagnés avec deux buts encaissés :
- Biélorussie-France 2013 : 2-4 (1-0 puis 2-1)
- Arménie-France 1999 : 2-3 (1-0 puis 1-3)
- France-Belgique 1986* : 4-2 (0-1 puis 2-2)
- France-Portugal 1984* : 3-2 (1-0 puis 1-2), double retournement
- France-Yougoslavie 1984* : 3-2 (0-1 puis 3-1), 3 buts de Platini en 17 minutes
- France-Belgique 1981 : 3-2 (0-1 puis 3-1), 3 buts en 17 minutes
- Autriche-France 1960 : 2-4 (1-0 puis 1-2 puis 2-2)
- France-Paraguay 1958* : 7-3 (0-1 puis 2-1 puis 2-3 puis 4-3), 4 buts en 19 minutes, triple retournement

Jamais l’équipe de France n’a gagné après avoir été menée par deux buts d’écart en compétition.

15 matches gagnés avec un but encaissé (que des retournements simples donc) :
- France-Suède 2016 : 2-1 (0-1)
- France-Bulgarie 2016 : 4-1 (0-1)
- France-Irlande 2016* : 2-1 (0-1)
- France-Espagne 2006* : 3-1 (0-1)
- France-Angleterre 2004* : 2-1 (0-1), deux buts dans le temps additionnel
- Chypre-France 2002 : 1-2 (1-0)
- France-Italie 2000* : 2-1 (0-1), but à la fin du temps additionnel puis but en or
- France-Portugal 2000* : 2-1 (0-1) but en or
- France-Croatie 1998* : 2-1 (0-1)
- France-Suède 1993 : 2-1 (0-1)
- Tchécoslovaquie-France 1991 : 1-2 (1-0)
- France-Espagne 1991 : 3-1 (0-1)
- France-Brésil 1986 : 1-1 (0-1, 4-3 aux tirs au but)
- France-Bulgarie 1971 : 2-1 (0-1)
- Finlande-France 1960 : 1-2 (1-0)

* phase finale

Et pour finir...

Merci à Matthieu Delahais de m’avoir suggéré l’idée de l’article.



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