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Jean Vincent, au temps du blue suede show

Publié le 29 novembre 2010, mis à jour le 11 décembre 2016

Mort le 13 août 2013 à 82 ans, Jean Vincent fut l’ailier gauche de la première grande équipe de France, celle de 1958, et l’un éléments du carré magique de l’époque avec Kopa, Fontaine et Piantoni.

Son apport

Ce gaucher, qui a commencé sa carrière à l’attaque et qui a progressivement reculé, s’est imposé comme un élément déterminant de la première grande équipe de France. Il est associé à Piantoni et Kopa en Suisse en octobre 1955 et ses deux coéquipiers donnent la victoire aux Bleus. Un an plus tard, contre la Hongrie en octobre 1956, il est aux côtés de Piantoni et Fontaine, ses nouveaux coéquipiers à Reims (que Kopa vient de quitter pour le Real Madrid). Et en juin 1958 contre le Paraguay, le carré magique est en place pour la première fois (voir plus bas). Il apporte son sens du but, son expérience (lors de la coupe du monde en Suède, il a 28 ans et déjà une phase finale à son actif, en Suisse quatre ans plus tôt) et surtout sa polyvalence sur le flanc gauche, ce qui en fait un joueur en avance sur son époque.

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Jean Vincent effectue ses débuts de jeune footballeur au club de la ville où il a vu le jour, l’Etoile Sportive de Labeuvrière (Pas-de-Calais) de 1943 à 1946. A partir de 1946 il rejoint, pour 4 ans, le très réputé club de l’Union Sportive d’Auchel qui forme de futurs professionnels de renom comme Maryan Wisnieski, son futur coéquipier sous le maillot tricolore et, un peu plus tard, le futur Lensois et Nantais Robert Budzinski.

Cet apprentissage du haut niveau et sa progression rapide lui permettent de disputer le Tournoi international juniors en Hollande en 1949, aux côtés d’Antoine Bonifaci, Jacques Foix et Francis Méano. La France enlève l’épreuve en dominant les Hollandais 4 à 1.

La carrière du brillant ailier gauche est désormais lancée. Jean Vincent va porter les couleurs de deux des plus grands clubs français, au style de jeu en totale opposition : le LOSC d’André Cheuva (1950 à 1956) qui pratique un football direct, engagé, rapide et le Stade de Reims d’Albert Batteux (1956 à 1964), brillant représentant d’un jeu basé essentiellement sur la précision et la technique.

Jean Vincent démontrera au cours de sa carrière sa très grande capacité d’adaptation à divers postes, tant à Lille où il évoluera aussi bien comme ailier gauche, inter gauche ou avant centre, qu’à Reims où il occupera e 1959 avec un égal bonheur l’aile gauche d’une attaque cinq étoiles (Kopa, Fontaine, Piantoni et Muller) puis, progressivement le poste plus replié de demi-aile, toujours côté gauche.

Sa polyvalence est telle que lors de la finale de Coupe de France 1958 (Reims-Nîmes), il remplace en cours de match... son gardien Dominique Colonna. Pas de souci pour Jean Vincent qui s’acquitta honorablement de son nouveau rôle, détournant même d’une belle manchette, sur la barre, un ballon qui ne demandait qu’à rentrer.
 

Allemagne-France, octobre 1954 : 1-3, Jean Vincent marque le second but.

Ses sélections

Avec 46 sélections sur un intervalle de 58 matches seulement, Jean Vincent affiche une carrière très dense, 79,3% de présence. Il est toujours installé dans le top 50 des sélectionnés (45ème) où il devance Mattler, Cantona et Boli et suit Jean Djorkaeff, Lloris et Giresse. Il faudra attendre encore un bon moment pour qu’il en sorte, aucun Bleu actuel ne le menaçant à court terme : Alou Diarra (43 sélections), Djibril Cissé (41) et Jérémy Toulalan (36) n’entrant pas dans les plans de Didier Deschamps, le premier actif derrière lui est Samir Nasri (35).

Joueur Sel G N P Buts
42 Jean Djorkaeff 48 20 10 18 3
43 Hugo Lloris 47 21 15 11 0
44 Alain Giresse 47 29 11 7 6
45 Jean Vincent 46 23 11 12 22
46 Etienne Mattler 46 21 6 19 0
47 Eric Cantona 45 25 13 7 20
48 Basile Boli 45 23 12 10 1
Voir le classement complet des joueurs

Classement des buteurs

22 buts en 46 matches, voilà qui a fait de Vincent un des tous meilleurs buteurs de l’histoire des Bleus, longtemps deuxième derrière Just Fontaine. Il aura fallu attendre l’émergence de Platini, puis de la génération 98-2000 (Henry, Trezeguet, Zidane, Djorkaeff et Wiltord) pour le voir reculer dans la hiérarchie. Actuellement neuvième, le seul joueur actif qui pourrait le dépasser bientôt est... Karim Benzema (15 buts), voire Franck Ribéry (12), puisque Anelka et ses 14 buts ne constituent plus une menace.
A noter aussi la bonne moyenne de buts par match de Jean Vincent (0,48), équivalente à celle de Trezeguet mais supérieure à celle du recordman, Henry (0,41).

Joueur Buts Sel buts/
match
G N P
6 Jean-Pierre Papin 30 54 0,56 29 14 11
7 Youri Djorkaeff 28 82 0,34 52 20 10
8 Sylvain Wiltord 26 92 0,28 64 16 12
9 Jean Vincent 22 46 0,48 23 11 12
10 Jean Nicolas 20 25 0,80 10 3 12
11 Paul Nicolas 20 35 0,57 11 4 20
12 Eric Cantona 20 45 0,44 25 13 7
Voir le classement complet des buteurs

Son équipe préférentielle

Tous les coéquipiers préférés de Jean Vincent étaient là en juin 1958 en Suède, même si Marche et Remetter ont été remplacés après le premier tour par Lerond et Abbes. Difficile de représenter fidèlement le schéma tactique de cette équipe de France, qui jouait le 4-2-4 en 1954 (Vincent ailier gauche), puis le 4-3-3 en 1958 (Vincent milieu gauche) avant d’évoluer en 4-4-2 en 1961 (Vincent arrière gauche).

Ses entraîneurs

Si c’est Paul Nicolas qui l’a sélectionné le premier en décembre 1953 avec dix autres espoirs, c’est Gaston Barreau qui l’a retenu pour la coupe du monde suisse de 1954. Redevenu directeur de l’équipe de France en septembre 1954, Paul Nicolas a alors fait appel, en tant qu’entraîneur, à Albert Batteux. C’est avec ce dernier que Jean Vincent a vécu ses plus belles années en bleu, ainsi qu’au stade de Reims dont Batteux est aussi l’entraîneur. La fin sera plus cahotique avec Alex Thépot puis Georges Verriest, même si le poste de sélectionneur proprement dit n’existait pas à l’époque : il y avait un comité de sélection, un directeur de l’équipe de France et un ou plusieurs entraîneurs. Le premier sélectionneur proprement dit, Henri Guérin, ne sera nommé qu’en 1964, après la fin de carrière de Jean Vincent.
 

France-URSS, octobre 1956 : but de Vincent

Son premier match : 17 décembre 1953, France-Luxembourg

Le score est large : 8-0. Vincent réussit le doublé, Fontaine, débutant le même jour, marquant pour sa part trois fois. Cette sélection ne comportait que des Espoirs, et n’a tout d’abord pas compté comme une sélection. Ce n’est que plus tard que ce match a été déclaré officiel, puisque qualificatif pour la coupe du monde 1954. Tous les joueurs étaient débutants.

Son match référence : 8 juin 1958, France-Paraguay

C’est le premier match qui réunit le carré magique, contre le Paraguay le 8 juin 1958 à Nörkopping et c’est un feu d’artifice : 7-3, avec un but et deux passes décisives de Piantoni, un but de Vincent, trois buts et deux passes décisives de Fontaine et un but et trois passes décisives de Kopa. Total : six buts et sept passes décisives ! L’équipe joue alors en 4-3-3 avec Kopa en meneur de jeu, Vincent en milieu gauche et une attaque Piantoni-Fontaine-Wisnieski.

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L’équipe de France contre le Paraguay en 1958
Kaelbel, Penverne, Jonquet, Marcel, Abbes, Lerond ; Winieski, Fontaine, Kopa, Piantoni, Vincent.

Son dernier match : 18 octobre 1961, Belgique-France

Les Bleus jouent en 4-4-2 et Vincent est en position d’arrière gauche. Si Kopa est présent, Piantoni est forfait et Fontaine blessé. Chargé du marquage de Paul Van Himst, Vincent s’acquitte honorablement de sa mission mais les Bleus s’inclinent lourdement (0-3). La décennie perdue commence.
 

France-Espagne 1959 : 4-3, buts Jean Vincent et de Just Fontaine qui joue son avant-dernier match en Bleu.

Et après ?

Son sens tactique s’épanouira d’ailleurs plus tard lorsqu’il deviendra l’entraîneur du FC Nantes entre 1976 et 1982, puis le sélectionneur de la belle équipe du Cameroun en 1982 qui fit jeu égal (et un peu plus) avec les futurs champions du monde italiens.

Cet éducateur hors pair organisera ensuite des stages réputés pour les jeunes footballeurs, à Saint-Brévin-les-Pins, non loin de Nantes, entre 1988 et 1995. Cette activité sera la dernière de ce grand serviteur du ballon rond, loué unanimement pour son élégance et sa loyauté, dans la vie comme sur tous les terrains de football où il fit admirer ses immenses qualités naturelles de vitesse, de dribble et d’intelligence tactique.

Et pour finir...

Cet article a été enrichi et complété avec l’aide précieuse d’Alain Dautel (pour les paragraphes Son apport et Et après ?).



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