Michel Platini, solstice d’été

Publié le 21 juin 2011, mis à jour le 1er novembre 2016

Né un 21 juin, c’est le plus grand joueur français de l’histoire, et l’un des meilleurs du monde. Nancéen, Stéphanois, Turinois mais avant tout tricolore, Michel Platini a laissé une trace indélébile entre 1976 et 1987. Et sa carrière multicarte n’est pas finie...

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Son apport

Que se serait-il passé si Michel Platini n’avait pas été là au milieu des années 70 ? Le meneur de jeu lorrain a objectivement bénéficié d’un environnement très favorable, avec autour de lui une génération talentueuse (Rocheteau, Bossis, Battiston, Six, Fernandez, Tigana, Giresse...) et d’un sélectionneur adepte d’un jeu offensif qui en fait, à 21 ans, le patron technique de l’équipe.

Mais son apport est immense : Platini avait une vision du jeu hors du commun qui lui permettait notamment de délivrer des passes de 40 mètres dans la course d’un partenaire, et compensait des qualités physiques banales par un placement très judicieux qui rendait le marquage sur lui particulièrement difficile. Sur le terrain, il pouvait aussi bien évoluer très bas, quasiment en numéro 6, qu’en pointe, à la hauteur de son avant-centre.

C’était aussi, et c’est ce qui le différencie de Zidane, un très grand buteur. S’il avait assis sa jeune réputation sur son incroyable adresse sur coup-franc (il en a marqué onze en équipe de France, dont cinq lors de ses sept premiers buts), sa gamme s’est par la suite diversifiée avec des buts de la tête, des frappes du gauche, des pénalties (un seul manqué avec les Bleus dans la séance de tirs au but contre le Brésil en 1986), des tirs de loin ou des buts de renard des surfaces. Ce n’est pas pour rien qu’il a cannibalisé tous les avant-centres qui ont joué avec lui, que ce soit Lacombe, Pécout, Berdoll, Touré, Stopyra ou Papin.

Enfin, dernière qualité et non des moindres, sa capacité à prendre en charge l’équipe, à devenir une sorte de sélectionneur-joueur donnant des consignes à ses partenaires, les replaçant, jouant de son influence dans le vestiaire pour en écarter certains et en conserver d’autres. Sa nomination au poste de sélectionneur était donc logique, même si elle est arrivée trop tôt et n’a finalement débouché sur rien. Installé sur le banc, Platini n’avait plus d’influence sur le jeu, et surtout aucun numéro 10 sous la main. Il est vrai qu’il n’avait pas particulièrement envie d’en installer un qui aurait pu lui faire de l’ombre...

 

Platini au classement des sélections

S’il n’a jamais été recordman de sélections, seul Maxime Bossis (76) avant lui a fait mieux, avant que Manuel Amoros ne les dépasse tous les deux (82). Encore troisième au classement général il y a treize ans, Platini ne fut rejoint puis dépassé par Deschamps que lors de la coupe du monde 1998. Il est sorti en 2016 du top 20, dépassé par Hugo Lloris et Patrice Evra.

Joueur Sel Tps
de jeu
en mn
%
matches
titul
G N P Buts Cap
18 Florent Malouda 80 5436 79% 48 19 13 9 1
19 Robert Pires 79 4163 53% 54 16 9 14 2
20 Maxime Bossis 76 6744 99% 43 15 18 1 6
21 Michel Platini 72 6295 97% 37 17 18 41 50
22 Claude Makelele 71 5379 85% 42 19 10 0 0
23 David Trezeguet 71 4094 59% 40 19 12 34 0
24 Nicolas Anelka 69 4249 72% 35 19 15 14 0
Voir le classement complet des joueurs


Platini au classement des buteurs

Là, l’ex-président de l’UEFA a longtemps été le roi, ses 41 buts le mettant très largement en tête devant Just Fontaine et Jean-Pierre Papin (30). Trezeguet a semblé en mesure de le battre, mais c’est finalement Henry qui l’a dépassé fin 2007 et qui portera le record à 51, avec il est vrai une cinquantaine de matches supplémentaire et une position plus avancée. Sa deuxième place est blindée encore pour longtemps.

Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
1 Thierry Henry 51 123 0,41 1 2 7 0
2 Michel Platini 41 72 0,57 11 3 4 2
3 David Trezeguet 34 71 0,48 0 0 6 1
4 Zinedine Zidane 31 108 0,29 2 6 4 0
5 Just Fontaine 30 21 1,43 0 0 4 5
6 Jean-Pierre Papin 30 54 0,56 0 6 5 0
Voir le classement complet des buteurs


Platini au classement général (sélections + buts)

Si on mélange le classement des buteurs et celui des sélectionnés, qui obtiendrait le meilleur cumul ? Facile pour la première place, qui revient logiquement à Thierry Henry, recordman des buts et deuxième au nombre de sélections. Impossible de faire mieux. Zidane arrive ensuite grâce à sa quatrième place dans les deux catégories. Le podium est complété par l’inattendu Sylvain Wiltord, neuvième aux sélections et huitième buteur de l’histoire. Youri Djorkaeff est désormais talonné par Karim Benzema, et Michel Platini arrive juste après. Olivier Giroud (36e aux sélections et 14e aux buteurs) est le joueur en activité le plus proche de ce top 10.

Classement mis à jour le 14 juillet 2016

Joueur Class
sél.
Class.
buts
cumul
1 Thierry Henry 2 1 3
2 Zinedine Zidane 4 4 8
3 Sylvain Wiltord 9 8 17
4 Youri Djorkaeff 14 7 21
5 Karim Benzema 15 8 23
6 Michel Platini 21 2 24
7 Laurent Blanc 7 19 26
8 David Trezeguet 23 3 26
9 Franck Ribéry 15 18 33
10 Robert Pires 25 19 46

Son équipe préférentielle

En onze ans et 72 matches joués, Michel Platini a côtoyé 89 partenaires. Les dix plus fréquents composent son équipe-type, très proche de la grande sélection de 1984 à 1986 : seul Marius Trésor n’a pas participé à l’Euro en France et au Mundial mexicain, tandis que Six a arrêté sa carrière internationale en 1984. Parmi ceux qui arrivent juste après cette sélection, il y a Bernard Lacombe, Gérard Janvion, Christian Lopez, Yannick Stopyra ou Bruno Bellone. Rappelons que c’est le nombre de minutes passé ensemble qui est pris en compte, pas seulement le nombre de matches en commun.

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Ses sélectionneurs

En onze années de carrière, Platini n’aura connu que deux sélectionneurs : Michel Hidalgo, qui l’a retenu 53 fois sur 75 matches (dont 51 fois en tant que titulaire), et Henri Michel, qui l’a appelé 19 fois. Si les résultats sont à peu près semblables (la part de défaites étant supérieure avec Hidalgo), Platini a été beaucoup plus efficace en tant que buteur avec le premier (35 buts en 53 matches) qu’avec le second (6 buts en 19 matches).

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Premier match : 27 mars 1976, France-Tchécoslovaquie

Quand Michel Hidalgo prend en main l’équipe de France à l’hiver 1976, il a déjà remarqué le numéro 10 de Nancy, sélectionné avec les Olympiques. Face à la Tchécoslovaquie au Parc (qui gagnera la coupe d’Europe des Nations trois mois plus tard), il en fait un titulaire, lequel le remercie à sa façon, d’un coup-franc victorieux tiré à la place d’Henri Michel. Le même Henri Michel qu’il remplacera au poste de sélectionneur douze ans plus tard...

Son match référence : 16 juin 1984, France-Belgique

Qu’on ne s’y trompe pas : la sélection belge, en 1984, est une équipe redoutable. Vice-championne d’Europe en 1980, vainqueur de l’Argentine au Mundial 1982, elle finira quatrième au Mexique en 1986 après avoir sorti l’URSS de Lobanovski. Quand ils l’affrontent à Nantes, les Bleus ont besoin de se rassurer après un match d’ouverture décevant face au Danemark, gagné sur un coup de billard (1-0). Il faut vite prendre l’avantage et se mettre à l’abri afin de ne pas avoir à batailler sous le soleil brûlant. Fernandez glisse à l’arrière et Genghini revient au milieu pour reconstituer le carré magique de 1982 avec Tigana, Giresse et Platini.

Dès la quatrième minute, le capitaine des Bleus jaillit pour reprendre du gauche un coup-franc de Battiston repoussé par la barre. Giresse et Fernandez donnent le tournis aux Belges et marquent chacun avant la mi-temps. A 3-0, Platini se paie le luxe de transformer un pénalty suite à une faute sur Six, et à une minute de la fin il s’offre le triplé d’une tête décroisée qui tape l’intérieur du poteau de Pfaff. Trois jours plus tard, il récidivera contre la Yougoslavie à Saint-Etienne avec un nouveau triplé complet (du gauche, d’une tête plongeante et du droit sur coup-franc).

Dernier match : 29 avril 1987, France-Islande

Il est bien loin, le Mundial 1986, quand les Bleus reçoivent l’Islande au Parc. Mal engagés dans leur groupe qualificatif pour l’Euro en Allemagne, les coéquipiers de Platini ne savent pas encore qu’ils jouent-là pour la dernière fois aux côtés du stratège turinois. Le match est insipide, seul le Messin Carmelo Micciche essaie des choses pour sa toute première (et avant-dernière) sélection. C’est d’ailleurs lui qui marque le premier but sur une passe de Platini qui signe ainsi ses adieux. Deux semaines plus tard, avec la Juventus, il annonce qu’il met un terme à sa carrière. Il ne dispute donc pas le Norvège-France en juin, que des Bleus orphelins et déboussolés perdent lamentablement (0-2).

Et après ?

Quand il raccroche les crampons, en mai 1987, Michel Platini n’a pas encore 32 ans. Dix-huit mois plus tard, il est appelé au poste de sélectionneur des Bleus au terme de manœuvres en coulisses orchestrées par le Variétés Club de France et le président des Girondins de Bordeaux, Claude Bez. C’est le plus jeune sélectionneur de l’histoire des Bleus (33 ans et 5 mois). Il échoue dans sa mission de qualifier l’équipe de France pour le Mondiale italien (avec un seul point pris en trois matches face à la Yougoslavie et l’Ecosse), rebâtit une sélection taillée pour le contre avec une attaque Papin-Cantona qui brille pendant deux ans (1989-1991) mais passe à côté de l’Euro 1992 faute d’un minimum de fond de jeu.

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Son bilan de sélectionneur est statistiquement correct, mais trois de ses cinq défaites ont pesé lourd, les deux premières barrant la route de la coupe du monde 1990 et la troisième (contre le Danemark en Suède) l’accès aux demi-finales de l’Euro 1992.

Platini rebondit très vite avec la coupe du monde 1998, dont il copréside le comité d’organisation avec Fernand Sastre (lequel décède trois jours après le match d’ouverture, le 13 juin 1998). Passé de la pelouse au banc de touche puis à la tribune présidentielle, il conseille Sepp Blatter à la tête de la FIFA après la victoire des Bleus et devient le huitième président de l’UEFA en 2007, le premier footballeur professionnel à atteindre ce niveau de responsabilité. En 2015, il se déclare candidat à la succession sulfureuse de Sepp Blatter à la tête de la FIFA. Mauvaise idée. Une vieille histoire de paiement douteux lui explose à la figure et lui vaut six ans de suspension par la commission d’éthique de la FIFA, ramenée à quatre ans puis par le tribunal arbitral du sport. Il perd ainsi la présidence de l’UEFA quelques mois avant l’Euro 2016.

Tous ses matches

Dans ce tableau que vous pouvez trier colonne par colonne, la colonne « où » indique si les matches ont lieu à domicile (D), à l’extérieur (E) ou sur terrain neutre (N) ; les adversaires en bleu représentent les victoires, en gris les nuls et en rouge les défaites ; « bm » indique les buts marqués ; « tps » désigne le temps de jeu pour chaque match, l’astérisque avant la durée indiquant une entrée en tant que remplaçant. Enfin, « sel » indique le sélectionneur. « hM » est Henri Michel et « mH » Michel Hidalgo.

#dategenreadversaireres.bmtpssel
72 29/04/1987 qEuro D Islande 2-0 0 90 hM
71 19/11/1986 qEuro E RDA 0-0 0 90 hM
70 11/10/1986 qEuro D URSS 0-2 0 90 hM
69 25/06/1986 CM N Allemagne 0-2 0 90 hM
68 21/06/1986 CM N Brésil 1-1 1 120 hM
67 17/06/1986 CM N Italie 2-0 1 84 hM
66 09/06/1986 CM N Hongrie 3-0 0 90 hM
65 05/06/1986 CM N URSS 1-1 0 90 hM
64 01/06/1986 CM N Canada 1-0 0 90 hM
63 26/02/1986 Amical D Irlande du Nord 0-0 0 90 hM
62 16/11/1985 qCM D Yougoslavie 2-0 2 90 hM
61 30/10/1985 qCM D Luxembourg 6-0 0 90 hM
60 11/09/1985 qCM E RDA 0-2 0 90 hM
59 21/08/1985 Amical D Uruguay 2-0 0 90 hM
58 02/05/1985 qCM E Bulgarie 0-2 0 90 hM
57 03/04/1985 qCM E Yougoslavie 0-0 0 90 hM
56 08/12/1984 qCM D RDA 2-0 0 90 hM
55 21/11/1984 qCM D Bulgarie 1-0 1 90 hM
54 13/10/1984 qCM E Luxembourg 4-0 1 57 hM
53 27/06/1984 Euro D Espagne 2-0 1 90 mH
52 23/06/1984 Euro D Portugal 3-2 1 120 mH
51 19/06/1984 Euro D Yougoslavie 3-2 3 90 mH
50 16/06/1984 Euro D Belgique 5-0 3 90 mH
49 12/06/1984 Euro D Danemark 1-0 1 90 mH
48 01/06/1984 Amical D Ecosse 2-0 0 90 mH
47 29/02/1984 Amical D Angleterre 2-0 2 90 mH
46 05/10/1983 Amical D Espagne 1-1 0 75 mH
45 07/09/1983 Amical E Danemark 1-3 1 90 mH
44 23/03/1983 Amical D URSS 1-1 0 46 mH
43 16/02/1983 Amical E Portugal 3-0 0 90 mH
42 10/11/1982 Amical E Pays-Bas 2-1 1 90 mH
41 06/10/1982 Amical D Hongrie 1-0 0 90 mH
40 08/07/1982 CM N Allemagne 3-3 1 120 mH
39 04/07/1982 CM N Irlande du Nord 4-1 0 90 mH
38 24/06/1982 CM N Tchécoslovaquie 1-1 0 90 mH
37 21/06/1982 CM N Koweït 4-1 1 81 mH
36 16/06/1982 CM N Angleterre 1-3 0 90 mH
35 02/06/1982 Amical D Galles 0-1 0 90 mH
34 28/04/1982 Amical D Pérou 0-1 0 90 mH
33 23/02/1982 Amical D Italie 2-0 1 90 mH
32 18/11/1981 qCM D Pays-Bas 2-0 1 75 mH
31 14/10/1981 qCM E Rep. d’Irlande 2-3 1 90 mH
30 08/09/1981 qCM E Belgique 0-2 0 90 mH
29 18/02/1981 Amical E Espagne 0-1 0 90 mH
28 19/11/1980 Amical E Allemagne 1-4 0 90 mH
27 28/10/1980 qCM D Rep. d’Irlande 2-0 1 74 mH
26 11/10/1980 qCM E Chypre 7-0 2 90 mH
25 23/05/1980 Amical E URSS 0-1 0 90 mH
24 26/03/1980 Amical D Pays-Bas 0-0 0 90 mH
23 27/02/1980 Amical D Grèce 5-1 2 90 mH
22 10/10/1979 Amical D Etats-Unis 3-0 1 42 mH
21 05/09/1979 qEuro E Suède 3-1 1 90 mH
20 02/05/1979 Amical E Etats-Unis 6-0 0 90 mH
19 04/04/1979 qEuro E Tchécoslovaquie 0-2 0 90 mH
18 10/06/1978 CM N Hongrie 3-1 0 *44 mH
17 06/06/1978 CM N Argentine 1-2 1 90 mH
16 02/06/1978 CM N Italie 1-2 0 90 mH
15 19/05/1978 Amical D Tunisie 2-0 1 *47 mH
14 01/04/1978 Amical D Brésil 1-0 1 90 mH
13 08/02/1978 Amical E Italie 2-2 1 90 mH
12 16/11/1977 qCM D Bulgarie 3-1 1 90 mH
11 08/10/1977 Amical D URSS 0-0 0 90 mH
10 30/06/1977 Amical E Brésil 2-2 0 90 mH
9 26/06/1977 Amical E Argentine 0-0 0 90 mH
8 23/04/1977 Amical E Suisse 4-0 1 90 mH
7 30/03/1977 qCM E Rep. d’Irlande 0-1 0 90 mH
6 23/02/1977 Amical D Allemagne 1-0 0 90 mH
5 17/11/1976 qCM D Rep. d’Irlande 2-0 1 90 mH
4 09/10/1976 qCM E Bulgarie 2-2 1 90 mH
3 01/09/1976 Amical E Danemark 1-1 1 90 mH
2 22/05/1976 Amical E Hongrie 0-1 0 90 mH
1 27/03/1976 Amical D Tchécoslovaquie 2-2 1 90 mH

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