Histoire des France-Italie (1) : le temps des cartons

Publié le 3 novembre 2012, mis à jour le 3 décembre 2012

L’Italie devient dans les années trente la meilleure équipe du monde. Les Bleus font d’abord bonne figure puis ne s’imposent plus après 1920, encaissant aussi quelques raclées mémorables.

Avant la deuxième guerre mondiale, l’Italie est l’un des adversaires préférés des Bleus, proximité géographique oblige, tout comme la Suisse, la Belgique et l’Angleterre. Enfin, quand on dit préféré, c’est une façon de parler : si jusqu’en 1920 les oppositions sont équilibrées (trois victoires françaises, trois victoires italiennes et un nul), à partir de 1921 rien ne va plus : deux nuls pour huit défaites dont deux gratinées en 1925 (0-7) et en 1931 (0-5).

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Eugène Maës, retenez-bien ce nom

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Eugène Maës

Le tout premier Italie-France de l’histoire arrive en 1910 à Milan, sur la terre battue du Civica Arena, que les Bleus rejoignent après seize heures de train, le jour même du match. Ils se font logiquement laminer (2-6). Mais avec l’arrivée en attaque d’Eugène Maës l’année suivante, la donne change : match nul à Saint-Ouen en 1911 (2-2, doublé de Maës), victoire historique (la première contre l’Italie) à Turin en 1912 (4-3, triplé de Maës) et victoire à nouveau à Saint-Ouen, la première sur le sol français (1-0, but de Maës). Autrement dit, le goleador de la Belle Epoque a marqué six fois en trois matches. C’est à ce jour encore le meilleur buteur français contre l’Italie, devant Platini (quatre buts).

Le 29 mars 1914, les Bleus jouent leur avant-dernier match de temps de paix. Ils s’inclinent à Turin sur deux buts de Berardo, le second étant accompagné dans le but d’Albert Parsys par le poing de l’attaquant italien Aldo Ceverini. Après guerre, les Bleus retrouvent l’Italie à Milan le 18 janvier 1920. Le voyage en train est encore pire que celui de 1910, puisqu’il faut 41 heures pour aller de Paris en Lombardie (les cheminots sont en grève). Arrivés un quart d’heure avant le début du match, les Bleus font plutôt bonne figure à la mi-temps (menés 3-4) puis s’effondrent à l’heure de jeu et perdent sur un score de rugby (4-9). Qui a dit que les France-Italie accouchent de scores serrés ?

D’Anvers à Amsterdam, des derbies olympiques

La revanche ne tarde pas : lors des Jeux Olympiques d’Anvers fin août, les Français bien préparés dominent logiquement une pâle équipe italienne (3-1). Cette victoire, la première en compétition, est importante car ce sera la dernière jusqu’en 1982. Commence alors une longue litanie de désillusions, même si dans les années trente, l’écart se resserre. En 1921, les Italiens l’emportent à Marseille (2-1) où la communauté transalpine est nombreuse. Et en 1925, peu aidés par le catastrophique gardien de but Maurice Cottenet, les Français se font écraser par des Italiens agressifs à Turin (7-0, le score le plus large de l’histoire entre ces deux pays).

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L’équipe d’Italie championne du monde pour la deuxième fois en juin 1938.

Les deux matches suivants sont bien meilleurs. En avril 1927, une équipe de France rajeunie tient tête à une bonne équipe italienne (3-3, doublé de Georges Taisne). Et en mai 1928, lors des Jeux Olympiques d’Amsterdam, les Bleus démarrent pied au plancher, par un doublé de Juste Brouzes à la 15e et la 17e minute. Puis ils se désunissent et se font dépasser avant la pause pour finir avec beaucoup de regrets (3-4) car cette année-là les JO se jouent par élimination directe.

Quelques mois après la première coupe du monde, l’écart entre les deux équipes est trop défavorable aux Bleus qui s’inclinent lourdement à Bologne (0-5) face à une équipe dont l’attaque est emmenée par Giuseppe Meazza, auteur d’un triplé. C’est la dernière fois avant-guerre que l’Italie s’impose facilement contre la France. Lors des deux amicaux suivants, conclus sur le même score (1-2 en 1932 et en 1935), les attaquants français ne sont pas menaçants mais l’écart reste honorable, les défenseurs français jouant toutefois mal le hors-jeu.

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L’équipe de France de décembre 1937 contre l’Italie (0-0).

Di Lorto fait des miracles

A cette époque, l’Italie est la meilleure équipe d’Europe et probablement du monde, seule l’Autriche semblant pouvoir rivaliser (avant d’être démantelée par l’Allemagne nazie en 1938). Le 5 décembre 1937, les Bleus (qui jouent en rouge) résistent héroïquement face à une Squadra redoutable. Dans les cages, le gardien sochalien Laurent Di Lorto est imbattable, alors que le défenseur Etienne Mattler joue tout le match avec les ligaments de la cheville arrachés. C’est le premier 0-0 de l’histoire des France-Italie, et le premier 0-0 de l’équipe de France (en 144 matches disputés depuis 1904).

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Laurent Di Lorto.

Le 12 juin 1938, les deux équipes se retrouvent à Colombes en quart de finale de la coupe du monde. Les Italiens, qui évoluent en noir, sont favoris, mais les Français sentent qu’il y a un coup à jouer. Le problème, c’est que Di Lorto passe d’entrée à travers sur un centre-tir de Colaussi à la 7e qu’il évalue mal. Les Bleus égalisent immédiatement par Heisserer, mais se font piéger à nouveau dès la reprise par un but de Piola (52e). Les Italiens jouent alors le contre et obtiennent le troisième but, toujours par Piola (72e) qui leur ouvre la porte des demi-finales. Il faudra attendre vingt ans pour voir les Bleus franchir ce cap. Six mois plus tard à Naples, l’équipe de France joue la défense (en alignant seulement trois attaquants) et résiste bien aux doubles champions du monde, ne s’inclinant (0-1) qu’à la suite d’une série d’erreurs défensives.

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