Les Bleus, héritiers de l’Ajax

Publié le 11 décembre 2010, mis à jour le 9 août 2017

Article initialement publié le 12 juin 2008 sur le site des Cahiers du football.

Loin du football total lundi soir, l’équipe de France n’a pas honoré sa lointaine filiation avec l’Ajax de Stefan Kovacs.

Un Roumain venu de Hollande

Les entraîneurs de l’équipe de France étrangers n’ont pas été très nombreux, et l’on doit surtout se souvenir de celui qui a créé un lien de parenté entre le grand Ajax et les Bleus.

Le « magicien britannique » invente le marquage à la culotte

En cherchant bien, on en trouve trois. Les deux premiers sont britanniques et ont sévi entre les deux guerres, à une époque où il n’y avait pas de sélectionneur comme aujourd’hui, mais un comité de sélection et un entraîneur. D’octobre 1923 à janvier 1924, un certain T. Griffith a été embauché pour préparer la France aux JO de Paris, qui allaient être remportés par l’Uruguay. Dix ans plus tard, c’est George Kimpton, surnommé le « magicien britannique », qui est chargé d’entraîner l’équipe de France pendant la phase finale de la deuxième Coupe du monde de l’histoire en Italie. La légende prétend que c’est lui qui aurait inventé le concept de marquage à la culotte en demandant à son défenseur Georges Verriest de ne quitter l’attaquant autrichien Mathias Sindelar sous aucun prétexte, même si ce dernier allait aux toilettes.

L’héritage de Kovacs

Le seul étranger à avoir eu le statut de sélectionneur moderne, c’est le Roumain Stefan Kovacs. Quand la fédération française l’appelle au chevet d’une équipe nationale fantomatique à l’été 1973, Kovacs vient de gagner deux coupes d’Europe avec le grand Ajax d’Amsterdam. Il a même fait mieux en 1972, avec cinq titres raflés la même saison (championnat, coupe nationale, supercoupe d’Europe, C1 et coupe intercontinentale). Il a tiré le meilleur de la génération de Cruyff et doit tenter d’en faire de même avec les Bleus.

Dès son arrivée, Kovacs sélectionne neuf nouveaux pour son stage de préparation, dont sept joueront contre la Grèce le 6 septembre 1973 : Osman, Repellini, Jouve, Sarramagna, Lacombe (titulaires), Ravier et Berdoll (remplaçants). En mai 1974, quand on l’interroge sur le temps que prendra la mise en place d’une sélection compétitive, il répond, visionnaire : « avec des structures, en huit ans, dix ans, on peut faire une belle équipe nationale ».

Hidalgo exécuteur testamentaire

Huit ans après 1974, cela nous mène en 1982 et à Séville, avec six de ses joueurs sur le terrain ou sur le banc : Alain Giresse (débuts en septembre 1974 contre la Pologne), Dominique Rocheteau (septembre 1975 contre l’Islande), Bernard Lacombe (septembre 1973 contre la Grèce), Gérard Janvion (octobre 1975 contre la RDA), Gérard Soler (novembre 1974 contre la RDA) et Christian Lopez (juin 1975 contre la Hongrie). Dix ans, c’est 1984 et le premier titre décroché à Paris contre l’Espagne. Giresse, Rocheteau et Lacombe sont toujours là.

Le mandat de Kovacs prendra fin dix-huit mois plus tard, après une nouvelle élimination de la Coupe d’Europe des Nations 76. Mais son bilan n’est pas négatif : Kovacs amplifie la démarche de détection des jeunes et de préparation physique amorcée par son prédécesseur, Georges Boulogne. Et surtout, il met sur les rails son adjoint, un certain Michel Hidalgo, qui apprend beaucoup à ses côtés, notamment sur le plan tactique et sur l’adaptation en France du football total cher à l’Ajax. Un Roumain qui a formé les Bleus à la mode hollandaise : voilà une curieuse coïncidence qui rejoint le programme de l’équipe de France cette semaine.

Thuram, le rescapé

Ce France-Roumanie de Zurich aura été marqué par la réduction du nombre de champions du monde à une seule unité, même si elle pèse ses 141 sélections : Lilian Thuram est le seul rescapé de 1998 à avoir débuté l’Euro lundi. C’est bien évidemment la plus petite participation des vétérans du 12 juillet en phase finale. À titre de comparaison, ils étaient encore six à Berlin contre l’Italie en 2006 (Barthez, Thuram, Vieira, Zidane, Henry et Trezeguet), sept à Lisbonne contre la Grèce en 2004 (les mêmes moins Vieira plus Pires et Lizarazu) et onze à Séoul contre le Sénégal (moins Zidane et Pires, plus Lebœuf, Dugarry, Desailly, Petit et Dugarry entré en cours de jeu).

Le plus étonnant, c’est si on compare la sélection 2008 contre la Roumanie à celle qui a été championne d’Europe en 2000. Il reste seulement deux anciens, Thuram et Anelka. Il est vrai que le groupe avait très peu bougé entre 1998 et 2000, à quatre exceptions près : Ramé, Micoud, Wiltord et Anelka. Les trois premiers sont encore en activité en club, mais ne se sont jamais imposés en sélection (pour les Bordelais) ou n’ont plus été retenus depuis dix-neuf mois (le Rennais).

Les belles générations

L’Euro 2008, c’est le baptême du feu en phase finale de la génération née en 1987, la première de l’après-Platini (dont la dernière sélection date du 29 avril 1987 contre l’Islande).
Elle compte Samir Nasri et Karim Benzema, auxquels on peut ajouter Hatem Ben Arfa, même s’il n’a pas été du voyage en Suisse. Il y a comme ça des années plus fastes que d’autres dans les maternités (une conjonction astrale, peut-être).

Avant la génération 1987, il y avait eu celle de 1977, (Gallas, Trezeguet, Henry, Sagnol – mais aussi Mikaël Silvestre, ça ne marche pas à tous les coups), la génération 1972 (Zidane, Thuram, Dugarry, Coupet et Blondeau), la génération 1968 (Deschamps, Desailly, Djorkaeff, Lebœuf, sans oublier Gravelaine et Madar) ou encore la génération 1955 (Platini, Bossis, Rocheteau, Tigana et les immenses Ettori et Rouyer).

Plus récemment, quelques autres années ont placé plusieurs de leurs rejetons dans la liste des 23, comme celle de 1985 (Mandanda, Gomis et Lassana Diarra) ou de 1979 (Govou, Abidal, Anelka, Boumsong).

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