Pourquoi il ne faut pas avoir peur de l’aller-retour

Publié le 11 novembre 2013, mis à jour le 15 novembre 2013

La double confrontation France-Ukraine des 15 et 19 novembre prochains sera la huitième de l’histoire dans la catégorie très restreinte des matches de qualification joués sur un format aller-retour. Les Bleus l’ont emporté cinq fois.

[Article mis à jour le 15 novembre]

Courant en clubs (dans les compétitions européennes), ce format n’est presque jamais utilisé en sélection, où c’est soit le système de poules qui prédomine (en phase qualificative et lors du premier tour des phases finales), soit les matches à élimination directe. Dans l’histoire, les Bleus ont déjà joué sept fois un aller-retour qualificatif, et cinq fois ils l’ont remporté.

1958 : un régime pour éliminer la Grèce

La première fois, c’était lors de la toute première coupe d’Europe des Nations, en 1960. Il n’y a que 17 pays participants (l’Angleterre, l’Italie, la Suède et la RFA ont décliné l’offre). Après un tour préliminaire, la compétition se joue à partir de huitièmes de finales en aller-retour. La France tombe contre la Grèce, et dans la foulée de la coupe du monde suédoise, le 1er octobre 1958, les coéquipiers de Kopa plient le match aller au Parc en moins d’une demi-heure (Kopa 23e, Fontaine 25e, Cisowski 29e). Mais comme les Grecs ont réduit le score au retour des vestiaires, les Bleus en remettent une couche après l’heure de jeu (Vincent 61e, Cisowski 68e) et tirent le bouquet final dans les cinq dernières minutes (Fontaine 85e, Vincent 87e). 7-1, circulez, y a rien à voir. Il reste un match retour à jouer en décembre à Athènes. Une formalité (1-1) seulement contrariée par un but de Roger Marche contre son camp à cinq minutes de la fin alors que la victoire semblait acquise (Bruey 71e).

1959 : les adieux de Fontaine

Le quart de finale aller a lieu un an plus tard, le 13 décembre 1959 à Colombes contre l’Autriche. Ce n’est plus la Wunderteam des années 30, et Just Fontaine s’en donne à cœur joie dans une défense de zone qui lui laisse faire ce qu’il veut : triplé du goleador (6e, 18e, 70e), accompagné par un doublé de Jean Vincent (38e, 80e) alors que les Autrichiens sont revenus momentanément à un but (5-2 au final). Au retour, le 27 mars 1960, Fontaine n’est plus là : sa double fracture tibia-péroné en championnat vient briser sa carrière, et on ne le reverra plus qu’une fois en équipe de France, en décembre 1960. Mais les Bleus n’ont pas besoin de lui pour battre une nouvelle fois l’Autriche à Vienne (4-2) avec quatre buts en deuxième période signés Marcel (46e), Rahis (59e), Heutte (77e) et Kopa sur pénalty (84e).
 

1963 : et ils sont où les Anglais ?

Quatre ans plus tard, pour la deuxième coupe d’Europe des Nations, la formule est la même avec un tour supplémentaire puisqu’il y a désormais 29 sélections inscrites. Les Bleus ne sont pas aidés par le tirage au sort puisqu’ils tombent sur l’Angleterre, futur pays organisateur de la World Cup 1966. Le 3 octobre 1962 à Sheffield, l’équipe de France fait pourtant bien mieux que se défendre, ouvre rapidement le score (Goujon, 8e) et pourrait l’emporter avec un excellent Kopa si les Anglais ne bénéficiaient pas d’un pénalty imaginaire (1-1). Au retour, le 27 février 1963, Kopa n’est plus là (le sélectionneur Georges Verriest l’estime fini) mais Maryan Wisnieski fait le boulot en marquant d’entrée (3e) et en offrant le deuxième but à Yvon Douis (32e), alors que Lucien Cossou porte le score à 3-0 juste avant la mi-temps. Les Anglais réagissent en seconde période et reviennent à 3-2, mais Wisnieski (75e) et Cossou (82e) redonnent de l’air aux Bleus (5-2). C’est le dernier coup d’éclat de l’équipe de France qui va traverser un tunnel de treize ans. C’est aussi, à ce jour, la plus large victoire contre l’Angleterre.
 

1963 : sans Kopa face aux Bulgares

Le tour suivant oppose la France à la Bulgarie, qui ne lui réussit guère. Le 29 septembre à Sofia, l’affaire est mal engagée avec une courte défaite (0-1) face à une équipe massée en défense après l’ouverture du score. Au retour, la préparation du match est marquée par le psychodrame (qui en rappelle d’autres) entre Georges Verriest et Raymond Kopa. Entre les deux, ce n’est pas l’amour fou, et le Ballon d’Or réclame des excuses au sélectionneur en préalable à son retour en Bleu. Ce dernier refuse, Kopa claque la porte de la sélection, l’ambiance est donc des plus sereines avant de recevoir les Bulgares au Parc. Le retard du match aller est comblé à la toute fin de la première période (Goujon, 45e), mais à un quart d’heure de la fin, la Bulgarie égalise. Robert Herbin redonne aussitôt l’avantage aux Bleus (78e) et ceux-ci évitent la prolongation (le but à l’extérieur ne compte pas double) grâce encore à Goujon trois minutes plus tard (3-1).

1964 : la Hongrie en noir et blanc

Le quart de finale voit arriver un adversaire encore plus coriace, la Hongrie. Si elle n’a plus rien à voir avec la magnifique équipe de Puskas des années 50, celle-ci est encore bien dotée, avec l’attaquant Florian Albert qui a brillé lors de la coupe du monde au Chili deux ans plus tôt. C’est d’ailleurs lui qui ouvre le score au match aller le 25 avril 1964 à Colombes dès la 15e minute, juste avant que Lajos Tichy ne double la mise (16e). La qualification, déjà fortement compromise, s’envole définitivement avec le second but de Tichy à la 70e. La réaction d’orgueil de Lucien Cossou (73e, 1-3) ne servit pas à grand chose. Et un mois plus tard à Budapest, les Bleus n’ont plus rien à perdre. Ils marquent d’entrée par Combin (2e), mais la Hongrie égalise par Sipos sur un coup franc de 30 mètres. Et sur un contre peu avant l’heure de jeu, une partie de billard devant les buts de Pierre Bernard offre la victoire aux Hongrois (2-1) et la qualification. Il faudra attendre 18 ans pour voir les Bleus se hisser dans le dernier carré d’une compétition.
 

1968 : déroute à la yougoslave

Le 6 avril de cette année-là, en plein cœur des années noires et après une coupe du monde décevante, les Bleus reçoivent la Yougoslavie à Marseille (le Parc est en travaux) en quarts de finale après être sortis de leur groupe qualificatif. L’obstacle est trop haut pour eux. Malgré une nette domination, l’équipe de France se fait prendre en contre et ne peut faire mieux qu’un nul (1-1, but de Di Nallo) qui laisse mal augurer du retour. Les Yougoslaves ouvrent le score d’entrée, puis mènent 3-0 au bout d’un quart d’heure de jeu. A la mi-temps, les Bleus n’ont pu que réagir par Di Nallo encore, au quatrième but yougoslave. Le score final (5-1) signe l’échec de la tactique ultraprudente du sélectionneur Louis Dugauguez (cinq défenseurs). Mais il faudra attendre un an de plus pour le voir démissionner et laisser sa place à Georges Boulogne.

2009 : Pyrrhus était Irlandais

Le dernier aller-retour qualificatif est beaucoup plus récent, puisqu’il date de novembre 2009 face à l’Irlande. A l’aller à Dublin, l’équipe de France gère bien son affaire et l’emporte logiquement sur un but de Nicolas Anelka (son dernier en sélection). Le match retour à Saint-Denis, quatre jours plus tard, s’annonce relativement serein. Il ne l’est pas. Dans une sorte de répétition générale de l’Afrique du Sud, les Bleus font absolument n’importe quoi, sont menés à la pause par un but de Roy Keane (33e) et il faut un très bon Lloris pour tenir jusqu’aux prolongations. La suite, on la connaît : au bout de treize minutes, un coup-franc lointain frappé par Malouda tombe dans la surface (où deux Français sont hors-jeu), Thierry Henry contrôle le ballon de l’avant-bras puis de la main et centre pour Gallas qui marque de la tête à bout portant (1-1). C’est le début d’une gigantesque polémique qui va mobiliser la presse pendant plusieurs jours, certains demandant même que le match soit rejoué. Avec le recul, il aurait certainement mieux valu perdre cette rencontre et s’épargner le ridicule d’une campagne sud-africaine en dessous de tout.
 

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