Uruguay-France (0-2) : comme au temps de Mexico

Publié le 6 juillet 2018

Face à une équipe d’Uruguay aussi dure et fermée qu’attendu, les Bleus ont géré leur match avec une maîtrise et une sérénité qui rappelle celle de la bande à Platini, en juin 1986 contre l’Italie à Mexico.

Le résultat était-il prévisible ?

Si battre le Pérou n’avait rien d’une mince affaire, si sortir l’Argentine a été compliqué, personne n’imaginait que venir à bout de l’Uruguay et de sa défense de feu ne serait une partie de plaisir. Les prolongations, ou plus si affinités, semblaient même une hypothèse plausible. Et pourtant, c’est un tout autre scénario qui s’est joué : un but à cinq minutes de la pause, un autre à l’heure de jeu, et l’affaire était pliée, qui plus est sans blessé et sans suspendu, malgré un gros coup de chaud de Mbappé et Pogba à la 67e qui aurait pu coûter très cher.

L’absence d’Edinson Cavani a complètement plombé une sélection uruguayenne sans idée et sans armes offensives, hormis une tête de Caceres superbement sortie par Lloris près de son poteau sur un ballon semblable à celui d’Agüero contre l’Argentine. A 1-1 à ce moment-là, qui sait ce qui se serait passé ensuite ?

L’équipe est-elle en progrès ?

L’Uruguay était un test, même si l’obstacle semblait moins élevé que ceux formés par l’Espagne en 2012 ou l’Allemagne en 2014 et 2016. Les Bleus savaient très bien que le contexte et l’opposition n’auraient rien à voir avec ceux de l’Argentine une semaine plus tôt. Mais ils ont su faire preuve de beaucoup de maturité et de sang-froid face à une équipe qui leur a laissé la possession (57% contre 43%), ce qui n’était pas vraiment leur tasse de thé jusqu’alors.

Par rapport au premier tour, et toujours sans se créer beaucoup d’occasions franches (11 tirs, 2 cadrés, 2 buts), l’équipe de France maîtrise de mieux en mieux le déroulement de ses matchs. Celui contre l’Uruguay est presque un modèle du genre. Pour retrouver pareil contrôle contre un adversaire de ce profil, et avec un score identique, il faut sans doute remonter à France-Italie 1986 à Mexico en huitième de finale, qui opposait déjà des joueurs se connaissant par cœur (Platini et les Italiens de la Juventus). A la différence que l’équipe dirigée par Henri Michel était autrement plus expérimentée et âgée que celle-là.

Quels sont les joueurs en vue ?

Hugo Lloris a sorti un gros match, avec son arrêt réflexe étonnant sur la tête de Caceres qui aurait pu remettre l’Uruguay sur les rails juste avant la mi-temps. Il n’a pas été beaucoup sollicité, mais ses arrêts et ses prises de balle aériennes ont été maîtrisés et rassurants. Il ne lui manque plus qu’un jeu au pied convenable.

Benjamin Pavard a semblé fébrile en tout début de match, quand l’Uruguay a pressé la défense française, puis il est revenu dans la partie et gagné de nombreux duels, tout en proposant des solutions sur l’aile droite. Lucas Hernandez a connu les mêmes tourments avant de prendre le dessus sur Stuani. Il s’est battu comme un chiffonnier.

Raphaël Varane a été impressionnant de sang-froid derrière, aussi bien pour museler un Luis Suarez orphelin de Cavani que pour sortir proprement les ballons, pour aller calmer les coups de chaud de Pogba et Mbappé et pour ouvrir le score de la tête sur un coup franc de Griezmann. Donnez-lui le brassard !

N’Golo Kanté a encore abattu un boulot phénoménal, couvrant à lui seul quasiment tous les postes du milieu, venant prêter main-forte à la défense, coupant les passes uruguayennes et mettant quelques petits tampons au passage. Il ne lui reste plus qu’à marquer le but victorieux en finale d’un ciseau retourné.

S’il a manqué des passes plus qu’à son habitude, et parfois gâché des contres en ralentissant le jeu, Antoine Griezmann a aussi déposé le ballon du premier but sur la tête de Varane et inscrit le second d’une frappe flottante qui a surpris Muslera. C’est déjà pas mal pour un seul homme, mais on attend de lui qu’il réédite en demi son match contre l’Allemagne en 2016.

Quels sont les joueurs en retrait ?

Paul Pogba a perdu des ballons en début de partie, mais il est ensuite monté en régime et a fait souffrir le milieu uruguayen Nandez-Betancur-Vecino. Son pétage de plomb alors que le match était sous contrôle a rappelé le Pogba de ses débuts en 2013, et qu’on croyait disparu.

On se doutait que ce ne serait pas un match pour Kylian Mbappé. Et en effet, on n’a pas beaucoup vu le Parisien dans la défense uruguayenne qui le surveillait de près. Lui aussi, comme Pogba, est passé tout près d’un rouge stupide qui l’aurait privé à minima d’une demi-finale mondiale.

Enfin, Olivier Giroud souffre dans ce tournoi à la Guivarc’h, où il ne gagne même pas les duels aériens et ne tire presque jamais au but. Il lui reste désormais deux matchs pour prouver à ses détracteurs qu’il est utile à l’équipe. Si possible en étant décisif.

Quelles sont les attentes pour le prochain match ?

La demi-finale atteinte, l’objectif fixé par Noël Le Graët en novembre dernier est désormais bouclé. La campagne de Russie ne peut plus être ratée désormais, sauf cataclysme jeudi d’une ampleur semblable au Brésil-Allemagne 2014. Autrement dit, tout ce qui vient à partir de maintenant est du bonus, ce qui place les Bleus dans une position particulièrement confortable.

Que le prochain adversaire soit la Belgique, plutôt que le Brésil n’a plus grande importance pour cette équipe de France qui n’a plus peur de rien. Des quatre derniers adversaires à l’avoir battue depuis deux ans (Portugal, Espagne, Suède et Colombie), il n’en reste plus qu’un en piste, la Suède, et il serait très étonnant que les Scandinaves atteignent la finale.

La pression que le départ du Real de Zinédine Zidane avait mis sur les épaules de Didier Deschamps a désormais disparu. On sait désormais, sauf décision de la part du sélectionneur de partir après un titre mondial, qu’il conduira les Bleus jusqu’à l’Euro 2020.

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