Histoire d’un score : les 4-1 de l’équipe de France

Publié le 22 avril 2021 - Bruno Colombari

C’est avec un 4-1 que les Bleus ont commencé leur aventure en Coupe du monde, et aussi avec un 4-1 qu’ils ont accédé à leur deuxième demi-finale. Mais ils ont plus souvent perdu (16 fois) que gagné (15), même si la dernière défaite remonte à 2008.

C’est une victoire large et incontestable, mais elle ouvre cependant la possibilité d’un renversement de score ou tout au moins d’une égalisation, contrairement au 3-0 qui signe une victoire à sens unique.

Sur 15 matchs gagnés 4-1, les Bleus en ont renversé quatre (après avoir concédé le premier but). Une seule fois, l’équipe adverse a égalisé après une ouverture du score française (la Pologne en 1967), et à cinq reprises, l’équipe de France a mené 4-0 avant de concéder un but sans conséquence.

A noter que les trois 4-1 joués en Coupe du monde (Mexique 1930, Koweït et Irlande du Nord 1982) ont connu le même scénario : la France mène 3-0, encaisse un but et marque le dernier. C’est pourtant un déroulé plutôt rare, puisqu’on trouve un seul autre cas similaire : face à l’Algérie en 2001.

Côté défaites (16), il y a aussi quatre renversements défavorables (après un premier but marqué par les Bleus), une seule égalisation française (en 1929 contre l’Angleterre) et quatre fois où l’équipe de France a inscrit le dernier but alors qu’elle était menée 0-4.

Les chiffres clés

 15 victoires par 4-1 depuis 1904 (7 en amical, 8 en compétition dont 3 en phase finale)
 6 victoires 4-1 à domicile, 9 à l’extérieur
 2 victoires 4-1 contre le Luxembourg et la Suisse
 dernière victoire 4-1 : le 7 septembre 2019 contre l’Albanie à Saint-Denis

 16 défaites par 1-4 depuis 1904 (10 en amical, 2 en phase finale)
 4 défaites 1-4 à domicile, 12 à l’extérieur
 4 défaites 1-4 face à l’Angleterre, 3 contre les Pays-Bas et la Belgique
 dernière défaite 1-4 : le 13 juin 2008 contre les Pays-Bas à Berne

Le tout premier : France-Luxembourg le 29 octobre 1911

Pour leur première opposition face au Grand-Duché, les Tricolores s’imposent sans souci, mais en encaissant le premier but du match au bout d’une quart d’heure par Albert Elter, alors que le futur premier grand gardien français, Pierre Chayriguès, faisait ses débuts, tout comme les deux défenseurs Maurice Bigué et Paul Romano et les attaquants Henri Vialmonteil et Félix Vial, le plus jeune international de l’histoire (17 ans, 2 mois et 15 jours) A la recherche du benjamin des Bleus. C’est d’ailleurs Vialmonteil qui égalise à la 26e juste avant que le capitaine Louis Mesnier, le joueur le plus expérimenté du haut de ses dix sélections (et premier buteur de l’histoire de l’équipe de France en 1904) ne donne l’avantage. Il faudra attendre quand même les dix dernières minutes pour voir les Français assurer définitivement la victoire par un pénalty de Mesnier et un dernier but d’Ernest Gravier.

L’Auto du 30 octobre 1911, via BNF Gallica


Le plus historique : France-Mexique, le 13 juillet 1930

Devant seulement 4000 spectateurs et sous des flocons de neige (juillet c’est l’hiver austral en Uruguay), l’équipe de France d’Etienne Mattler rencontre le Mexique pour son tout premier match hors d’Europe, après deux semaines de navigation à bord du Conte Verde. C’est aussi son tout premier match de Coupe du monde, et en marquant un but à la 19e minute, d’une volée sur un centre d’Ernest Liberati, le Sochalien Lucien Laurent entre dans l’histoire sans le savoir : il est le tout premier buteur de l’histoire de la compétition. Le gardien Alexis Thépot, blessé, sort à la 26e minute et c’est le défenseur Augustin Chantrel qui le remplace, les Français évoluant à dix. Ça ne les empêche pas de mener 3-0 à la mi-temps (Lucien Langiller, 40e et André Maschinot, 42e), et si Juan Carreno réduit le score (70e), Maschinot signe un doublé à trois minutes de la fin. C’est la première victoire française en phase finale mondiale. Il faudra attendre huit ans pour voir la deuxième (Belgique, 1938) et vingt de plus pour assister à la troisième (Paraguay, 1958).

Le plus polémique : France-Algérie, 6 octobre 2001

Après coup, on pouvait se dire que ce match de l’amitié, le premier officiel entre les deux pays et voulu par la ministre des sports Marie-George Buffet n’était pas une bonne idée, dans le contexte tendu généré par les attentats de New York et du Pentagone, le 11 septembre. La Marseillaise sifflée avant le coup d’envoi, le score qui tourne trop vite en faveur des Bleus malgré le but de l’honneur inscrit sur coup franc par Djamel Belmadi, puis, à la 76e minute, des jeunes qui commencent à déborder les stadiers et courent sur la pelouse, au milieu des joueurs. Le match est interrompu, puis définitivement arrêté, alors que des centaines de supporters sillonnent le terrain. Enorme scandale politique qui aura des répercussions jusqu’à la présidentielle du printemps suivant, où Jean-Marie Le Pen imposera son agenda sécuritaire et évincera Lionel Jospin du second tour. Le match sera tout de même enregistré par la FIFA. C’est toujours le plus court de l’histoire de l’équipe de France.


 

Le plus rapide : France-Luxembourg le 6 novembre 1965

Un nul au Vélodrome suffit aux Bleus pour se qualifier pour la sixième fois de leur histoire en Coupe du monde. C’est contre le Luxembourg, autrement dit, une formalité. Le duo d’attaquants Nestor Combin/Philippe Gondet s’en donne à cœur joie. Gondet ouvre le score d’un lob de 18 mètres dès la 8e, et Combin plie le match trois minutes plus tard en reprenant une volée de Joseph Bonnel repoussée par Nicolas Schmitt. Le score monte à 3-0 à la 27, avec une volée de Gondet sur un centre de Bonnel, et à la 38e Nestor Combin marque le quatrième but de près sur une montée de Marcel Artelesa. Les Français sont alors dans les temps de passage du 8-0 de décembre 1953, et peuvent même tenter de faire mieux. Mais en deuxième mi-temps, c’est le Luxembourg qui réduit le score par Louis Pilot (53e). On en restera là.

Le plus tardif : Ukraine-France le 6 juin 2011

Un an avant l’Euro 2012 que l’Ukraine accueillera avec la Pologne, les Bleus sont à Donetsk pour affronter les locaux. C’est l’Ukraine qui ouvre le score par Tymotchouk, et Kevin Gameiro égalise cinq minutes plus tard (58e, 1-1). Il ne se passe plus grand chose jusqu’à l’entrée du débutant sochalien Marvin Martin à la 76e. En un gros quart d’heure, ce dernier met le feu dans la défense adverse en égalisant à la 87e, puis en tirant un corner sur lequel Younès Kaboul place une tête victorieuse (89e) et enfin en inscrivant son deuxième but personnel au bout d’un contre rondement mené (92e). Un doublé pour sa première sélection. Il rejouera encore 14 fois jusqu’en août 2012, mais ne marquera plus jamais.

Le plus beau : France-Irlande du Nord le 4 juillet 1982

C’est pour ainsi dire un quart de finale de Coupe du monde, même si ce n’est que le troisième match du second tour (dans une poule à trois). Le vainqueur rencontrera la RFA à Séville, et un match nul qualifierait les Bleus, qui ont battu l’Autriche alors que l’Irlande du Nord n’a fait que 2-2. Absent lors du match précédent, Michel Platini est de retour et pour lui faire de la place, Michel Hidalgo sort un attaquant (Bernard Lacombe) et aligne ce qu’on appellera le carré magique au milieu, avec Tigana, Genghini, Giresse et Platini. C’est une démonstration technique et tactique où les Bleus surclassent leur adversaire, même s’il faut une grosse demi-heure pour voir Giresse convertir de près un centre en retrait de Platini (33e). Dès le retour des vestiaires, Dominique Rocheteau lance un raid de 50 mètres côté gauche, qu’il conclut d’un tir au premier poteau (46e), et il récidive au terme d’un zigzag dans la surface sur un coup franc indirect tiré par Six (68e). Les Irlandais réagissent enfin par Armstrong sur un ballon relâché par Ettori, mais Alain Giresse clôture la marque d’une tête sous la barre de Pat Jennings au bout d’un une-deux renversant avec Jean Tigana (80e).


 

Le plus baroque : France-Koweït le 21 juin 1982

Cinq buts sont marqués et cinq autres refusés pour des motifs étonnants dont un, inscrit par Giresse, crée un précédent historique au moins aussi loufoque que les maillots de Kimberley lors de France-Hongrie en 1978. Alors que les Français mènent déjà 3-1 (buts de Genghini, Platini et Six pour la France, Al-Buloushi pour le Koweït) et que les Koweïtiens ne maîtrisent plus rien, Giresse est lancé en profondeur par Platini et marque d’une frappe tendue. Le gardien Al-Taraboulsi semble s’être arrêté avant, et pour cause : il a entendu un coup de sifflet. Mais ce n’est pas Miroslav Stupar, l’arbitre soviétique, qui en est à l’origine. Discussions, palabres, et grands gestes des bras de la part du frère de l’émir, le cheikh Al Jaber, qui demande aux Koweïtiens de quitter le terrain. Il aura fallu six minutes de négociations pour que le match reprenne, sans que le but ne soit validé. C’est Max Bossis qui se chargera d’inscrire le quatrième et dernier, le seul de sa carrière internationale. Non, mais !


 

Et côté adverse...

Il y a plus de défaites 1-4 (16) que de victoires 4-1 (15), mais la dernière fois que les Bleus ont perdu sur ce score, c’était en juin 2008 (à l’Euro, contre les Pays-Bas, pour la dernière sélection de Lilian Thuram), et depuis, ils ont enquillé quatre succès sur le même score : en Ukraine en 2011, contre la Bulgarie en 2016 et face à la Moldavie et l’Albanie en 2019. A quand le prochain ?

Si les 1-4 sont si nombreux, c’est parce qu’ils étaient fréquents dans les années 1920, il y a un siècle : on en compte sept en seulement neuf ans, entre 1920 et 1929. Avant guerre, c’était un score classique contre les Anglais, tous les dix ans (1913, 1923 et 1933). La Belgique a battu les Bleus trois fois également par un 4-1 ( 1923, 1929 et 1950) tout comme les Pays-as (1908, 1949 et 2008). A noter aussi la correction reçue en novembre 1980 à Hanovre contre la RFA de Schumacher, Kaltz, Förster, Briegel et Hrubesch, vingt mois avant Séville.


 

Dataviz : les 4-1 et les 1-4

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