Histoire d’un score : les 4-2 de l’équipe de France

Publié le 15 avril 2021 - Bruno Colombari

C’est évidemment celui, tout à fait inattendu, de la finale de la Coupe du monde 2018 à Moscou. Il n’est pas très fréquent, puisque les Bleus n’ont gagné que 12 fois par 4-2 depuis 1926, et ont perdu 5 fois. Voici son histoire.

Un 4-2, c’est la promesse d’un match avec beaucoup de péripéties, riche en buts et possiblement en renversements de score. C’est parfois une victoire facile réduite en fin de match par un but adverse, parfois une rencontre serrée dénouée en prolongations. C’est enfin parfois un match où les deux mi-temps sont gagnées 2-1, comme le 15 juillet 2018. Ce qui ne veut pas dire qu’elles aient été faciles...

Les chiffres clés

 12 victoires par 4-2 depuis 1904 (6 en amical, 6 en compétition dont 2 en phase finale)
 6 victoires 4-2 à domicile, 6 à l’extérieur
 2 victoires 4-2 contre la Croatie, la Suède, le Portugal et la Belgique
 dernière victoire 4-2 : le 17 novembre 2020 contre la Suède à Saint-Denis

 5 défaites par 2-4 depuis 1904 (toutes en amical)
 3 défaites 2-4 à domicile, 2 à l’extérieur
 dernière défaite 2-4 : le 3 juin 1967 contre l’URSS à Paris

Le tout premier : France-Portugal le 18 avril 1926

22 ans et 67 matchs après les débuts contre la Belgique à Bruxelles, l’équipe de France signe sa première victoire 4-2 face au Portugal sur le terrain gorgé d’eau des Ponts Jumeaux à Toulouse devant 16.000 spectateurs. Les trois débutants alignés par Gaston Barreau, les deux pieds noirs venus du club algérien de Blida — Henri Salvano et Georges Bonello — et l’attaquant de Lunel Fernand Brunel sont en grande forme : Salvano ouvre le score (16e), Brunel redonne l’avantage avant la mi-temps (40e, 2-1), Bonello offre deux buts d’avance aux Français (56e) et Brunel, servi par le même Bonello, fait le break dans la foulée (65e), les Portugais réduisant le score en fin de match.

L’Auto du 19 avril 1926 (via Gallica)


Le plus historique : France-Croatie le 15 juillet 2018

Quoi de plus marquant qu’une finale de Coupe du monde, qui plus est avec six buts marqués ? Affiche inédite à ce niveau de compétition, revanche de la demi-finale de 1998, ce France-Croatie a beau être tout à fait inattendu, il promet. Une première mi-temps largement dominée par les Croates mais remportée contre le cours du jeu par les Bleus qui ne cadrent pas un tir dans le jeu et s’en sortent sur deux coups de pied arrêtés (un csc sur coup franc et un pénalty). Une deuxième où l’équipe de France place deux contres meurtriers convertis par Pogba puis Mbappé en six minutes, profitant de la gêne à la jambe droite de Danijel Subasic, qui l’empêche de pousser pour plonger. Puis, alors qu’on croit le match plié, une offrande de Lloris dont profite Mandzukic, premier joueur de l’histoire à marquer des deux côtés en finale de Coupe du monde. Et une averse dantesque lors de la cérémonie de remise des médailles et du trophée. Quelle journée !

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Le plus nostalgique : Autriche-France, 27 mars 1960

A Vienne, en cette fin mars, l’équipe de France doit confirmer les promesses de l’automne 1959 et notamment le brillant 5-2 contre l’Autriche obtenu en quart de finale aller de la première Coupe d’Europe des Nations. Les Tricolores avaient marqué aussi cinq fois contre le Portugal, quatre fois face à l’Espagne et six fois contre le Chili en mars. Il ne reste plus que trois héros de la Suède parmi les titulaires : Jean-Jacques Marcel, Raymond Kaelbel et bien sûr Raymond Kopa (Fontaine, Vincent et Piantoni sont blessés). La supériorité des Bleus est incontestable, même si l’Autriche mène à la mi-temps et égalise à la 64e alors que Marcel et Rahis avaient donné l’avantage à la France. Ce 2-2 suffit pour se qualifier pour le carré final, mais Kopa est dans un bon jour, offre une passe décisive à Rahis (77e) et transforme un pénalty obtenu par Heutte (84e). C’est le 18e but en sélection du Ballon d’Or 1958, et son dernier. Il jouera encore 8 fois jusqu’en novembre 1962, mais la glorieuse équipe de l’épopée suédoise est mourante.

Le plus rapide : France-Croatie le 15 juillet 2018

A 21 minutes de la fin d’une finale de Coupe du monde, le score est de 4-2. Trois buts en vingt minutes en première mi-temps (Mandzukic 18e csc, Perisic 28e, Griezmann 38e sur pénalty), puis encore trois en dix minutes autour de l’heure de jeu (Pogba 59e, Mbappé 65e et Mandzukic 69e). Il n’y aura plus rien jusqu’à la fin du match, malgré une énorme occasion pour Pogba dans la dernière minute. Jamais un 4-2 n’a été bouclé aussi rapidement. C’est aussi le plus compact, avec seulement 51 minutes entre le premier et le sixième but du match.

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Le plus inutile : France-Belgique le 28 juin 1986

Un jour, il faudra se décider à supprimer ces matchs pour la troisième place en Coupe du monde, ce qu’on appelle aussi la « petite finale ». Les Bleus en ont disputé trois, avec à chaque fois un festival de buts : 6-3 en 1958 contre la RFA à Göteborg, 2-3 en 1982 contre la Pologne à Alicante et donc 4-2 face à la Belgique à Puebla, en 1986. Disputés la veille de la vraie finale, celle que le monde entier attend, ces matchs semi-amicaux disputés devant des assistances clairsemées (32.000 pour le premier, 28.000 pour le deuxième et 21.500 pour le troisième), avec des équipes bis pressées de rentrer à la maison n’ont d’autre intérêt qu’une médaille de bronze. Qui se souvient du France-Belgique 1986 ? Moi, mais c’est parce que je l’ai revu récemment.

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Le plus renversant : Biélorussie-France, le 10 septembre 2013

Un peu plus d’un an après ses débuts de sélectionneur, Didier Deschamps sent le vent du boulet : l’année 2013 a été mauvaise depuis le début, et les Bleus n’ont plus aucun droit à l’erreur avant de se déplacer à Gomel pour affronter la Biélorussie. C’est la deuxième place du groupe qualificatif pour la Coupe du monde au Brésil qui est en jeu, et qui permettra de disputer les barrages. Le match commence on ne peut plus mal, avec une ouverture du score par Filipenko à la 32e sur une faute de main de Lloris, alors que les Bleus n’ont plus marqué le moindre but depuis cinq matchs, un record historique. Il faudra attendre la 47e pour que Ribéry égalise enfin sur pénalty, mais dix minutes plus tard, Kalachev redonne l’avantage aux locaux (2-1). Alors les Bleus s’énervent pour de bon et lâchent les chevaux : Ribéry égalise (64e), Nasri renverse le score (70e) et Pogba conclut de près une partie de billard (73e).


 

Le plus chanceux : France-Croatie le 8 septembre 2020

En juillet 1998, la Croatie de Suker surprend tout le monde en dominant les Bleus lors de la première mi-temps de la demi-finale de Coupe du monde. Elle ouvre même le score au retour des vestiaires, puis perd 1-2. En juillet 2018, on l’a vu au-dessus, rebelote. Alors, en septembre 2020, quand elle arrive au Stade de France privée de Modric et Rakitic et balayée quatre jours plus tôt par le Portugal, on ne donne pas cher de la peau des Croates… Mais ces derniers ne se découragent pas, ouvrent le score par Lovren, dominent, et retournent aux vestiaires menés 2-1 sur un but de Griezmann et un CSC de Livakovic en moins de quatre minutes. Qu’importe : ils égalisent par Brekalo, puis Upamecano marque son premier but en sélection, et Giroud termine le travail sur pénalty très généreux. 4-2, même tarif qu’à Moscou. Quand ça ne veut pas…

Et côté adverse...

C’est un score rare pour une défaite, puisqu’on n’en compte que cinq, tous en amical : le premier date de mai 1938 contre l’Angleterre juste avant la Coupe du monde en France. Edward Drake avait signé un doublé et il y avait eu quatre buts en huit minutes entre l’égalisation de Jordan (1-1, 32e) et le deuxième but de Drake (2-3, 40e). L’équipe de France s’inclinera encore deux fois à domicile sur ce score, en novembre 1953 contre la Suisse (avec un triplé helvétique signé Charles Antenen, le gardien français René Vignal sortant sur blessure après avoir encaissé trois buts en 21 minutes) et en juin 1967 contre l’URSS de Lev Yachine. A noter enfin deux défaites 2-4 à l’extérieur en juin 1948 contre la Belgique et en septembre 1966 face à la Hongrie.

Dataviz : les 4-2 et les 2-4

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