A l’Euro, des attentes de plus en plus hautes

Publié le 14 juin 2024 - Pierre Cazal

Depuis la victoire initiale de 1984, l’équipe de France n’est plus perçue comme une perdante magnifique (ou pas) mais comme un potentiel vainqueur. Et malgré deux autres finales jouées depuis et une élimination en demi-finale, les critiques fusent en cas d’échec.

12 minutes de lecture

Le football est un sport collectif, qui ne se joue pas qu’à onze sur un terrain : tous ceux qui entourent la pelouse, qu’ils soient sur le banc ou dans les tribunes, mais aussi ceux, plus nombreux encore, qui sont devant leur poste de télévision y participent émotionnellement, et cela commence bien avant le coup d’envoi, pour se prolonger bien après le coup de sifflet final.

Le temps des attentes, durant lequel les supporters et les médias anticipent le déroulement de la compétition dans laquelle sont engagés les Bleus, est celui où se détermine le degré de tension qui pèse sur elle, lequel oscille entre le zéro (l’indifférence, on sait d’avance qu’il n’y a rien à attendre mais on regarde quand même parce qu’on aime les Bleus) et le maximum (la passion, en se projetant vers la victoire). Cette charge émotionnelle retombe inégalement sur les joueurs (on attend tout de certains, rien ou pas grand chose des autres) ainsi que sur l’entraîneur, qui est parfois sur la sellette. C’est ce temps qui s’ouvre actuellement pour l’Euro 2024, sachant qu’il est suivi, après chaque match et une fois la compétition terminée, du temps des commentaires et des bilans.

Avant d’y revenir pour 2024, examinons les attentes qui ont pesé sur les 16 éditions précédentes de l’Euro, ainsi que les bilans qui en ont résulté.

L’indifférence de 1960

1960 : les Bleus sont qualifiés pour la phase finale, qui est alors un Final Four (jusqu’en 1976), mais c’est curieusement l’indifférence qui domine. La presse privilégie le Tour de France, ce premier Euro passe au second plan, d’autant que l’épreuve n’a pas encore gagné ses galons : ni l’Allemagne, ni l’Angleterre, l’Italie, la Suède même, finaliste de la Coupe du monde 1958 n’avaient daigné participer. La victoire de la France est donc possible, mais les Bleus n’ont encore jamais rien gagné, le trio magique de 1958 Kopa-Fontaine-Piantoni n’est pas là, et un certain scepticisme règne. 26 000 spectateurs seulement se pressent dans les tribunes, il n’y a pas d’engouement. Le double échec des Bleus (Yougoslavie 4-5, Tchécoslovaquie 0-2) déçoit, bien sûr, mais il ne soulève pas de vagues.

1964-1980 : pas de participation à une phase finale désormais courue par tous les pays européens : mais personne ne l’attendait, la barre est désormais trop haute. Nuance cependant : atteindre le stade des quarts de finale, comme la France y parvient en 1964 (face à la Hongrie) et 1968 n’est pas négatif, c’est même le maximum de ce qui pouvait être espéré et c’est par conséquent acceptable… sauf que l’élimination sur le score de 1-5 par la Yougoslavie en avril 1968 est ressentie comme humiliante, ce qui gâche tout. En outre, l’équipe de France accumule tellement de contre-performances par ailleurs qu’on finit par s’habituer à la voir échouer, et on s’y résigne d’avance. L’avenir apparaît bouché.

1984 : un triomphe attendu

L’exploit inattendu de 1982 en Coupe du monde réveille cette fois-ci une attente, d’autant plus que l’Euro est joué en France, et c’est un véritable tournoi, à huit pays. C’est la première fois qu’on envisage vraiment une victoire, et on n’est pas déçus. Les Bleus gagnent leurs cinq matchs, Platini marque à répétition, la demi-finale contre le Portugal, tendue (3-2), constitue un pic émotionnel, le coup franc victorieux de Platini en finale face à un Arconada bien malheureux… fait des heureux (2-0). L’Euro, en France, cesse d’être perçu comme une compétition secondaire et les Bleus cessent de paraître des losers.

1988-1992 : L’euphorie va retomber. S’il était possible pour l’édition de 1988 d’attendre une seconde victoire au début de la compétition, dans la foulée de la troisième place en Coupe du Monde 1986, les premières contre-performances, dès les qualifications, dissipent brutalement les illusions et Platini dit stop en cours de chemin. Il n’y aura même pas de participation à la phase finale, c’est un retour brutal en arrière. Mais ce sera pire encore en 1992, car Platini, devenu sélectionneur, a réussi à remettre les Bleus, invaincus en qualifications, sur les rails de la victoire. On attend tout du duo Papin-Cantona, on a même tendance à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais on n’aura rien lors de la phase finale (deux nuls et une défaite éliminatoire face au Danemark 1-2), une des plus déprimantes qui soient. On tombe de haut.

1996 : un test à mi-parcours

Echaudé par les échecs (France-Bulgarie 1993…) le public n’attend pas grand’chose de l’équipe de Jacquet, d’autant que son style défensif déplaît. L’Euro n’est du reste qu’un test à mi-parcours pour Jacquet, qui ne pense qu’à 1998 ; le résultat global n’est pas négatif (l’équipe de France est invaincue, sortie en demi-finale aux tirs au but), mais la manière n’enthousiasme pas, on frise l’indifférence avec tous ces 0-0 (Pays-Bas, République tchèque), si ce n’est pire, car la presse commence à s’acharner sur Jacquet.

2000 : La victoire de 1998 en Coupe du monde recrée illico une attente forte, la victoire paraît presque même plus obligatoire qu’en 1984, et elle est satisfaite, tant par la manière (deux prolongations émouvantes et enthousiasmantes) que par le résultat, Trezeguet délivre la France entière (2-1) face à l’Italie ! Euphorie, de nouveau. Durable ?

Non. Après le fiasco de la Coupe du monde 2002 (qui a détruit les attentes et douché l’euphorie), une réhabilitation est attendue au Portugal en 2004, et les performances obtenues par Santini (invaincu en qualifications, gagnant de la Coupe des Confédérations) semblent l’autoriser, Zidane est à son meilleur niveau. Tout va plutôt bien jusqu’en quart de finale, où la Grèce met par terre le château de cartes, un seul petit but suffit (0-1), et c’est un choc, là encore, auquel on est aussi peu préparé qu’en 1992.

2008-2012 : le temps du désintérêt

Un cycle post-Zidane se met en place, l’attente est modérée en 2008 et l’équipe se montre médiocre : les Anelka et Ribéry montrent leurs limites, Henry est sur la pente descendante, l’échec ne surprend pas vraiment (deux défaites face aux Pays-Bas 1-4 et l’Italie 0-2), et l’impression est aussi mauvaise que les pressentiments le laissaient craindre. En 2012, c’est un cycle post-Knysna qui commence et l’attente est par conséquent modérée également ; le résultat n’a rien de catastrophique, car l’Espagne, qui élimine les Bleus (0-2), est le n°1 incontestable, mais la manière, par contre, est déplorable. Tant par le non-match précédent face à la Suède que par les comportements irrespectueux de certains joueurs. L’équipe de France n’a plus la cote, elle n’est jamais descendue aussi bas dans l’estime des supporters, beaucoup s’en désintéressent.

2016 : la désillusion finale

Deschamps s’attache à rebâtir le château de cartes et y parvient. Pour ce troisième Euro à domicile en 2016, l’attente est redevenue forte, et le public se prend surtout à y croire à partir des huitièmes de finale, où la mayonnaise semble prendre, grâce à un Griezmann euphorique. La demi-finale, où les Bleus éliminent le champion du monde allemand 2-0, atteint un sommet émotionnel… mais plus dure est la chute. Au moment où la victoire paraît presque certaine (la star portugaise Ronaldo doit sortir, blessée), elle se dérobe. Griezmann est « cuit », selon ses propres termes, l’équipe se délite et perd bêtement (0-1), face à un adversaire portugais qui n’a gagné que trois matchs, contre cinq aux Bleus ! Parvenir en finale devrait quand même constituer une satisfaction, mais c’est au contraire la déception qui domine : l’impression finale est toujours la plus forte.

2021 : attente maximale avec Benzema

Les Bleus sont favoris, après la victoire de 2018 en Coupe du monde : l’attente est donc maximale, d’autant que Deschamps a rappelé Karim Benzema en attaque, porté par ses performances au Real Madrid. Mais très tôt, on perçoit que quelque chose cloche. La victoire contre l’Allemagne (1-0) est un accident, auquel succèdent deux piètres matchs nuls ; le tirage au sort, pour les huitièmes de finale (le format du tournoi s’est élargi à 16 depuis l’édition précédente) semble clément, la Suisse n’est pas un adversaire réputé redoutable, et on veut croire la qualification assurée, d’autant qu’on mène 3-1, mais la Suisse remontera le score jusqu’à 3-3 (un quasi-remake de la demi-finale de 1960 !) et s’imposera aux tirs au but. Ce que l’on pressentait se vérifie et la déception, pour ne pas être la première, n’en est pas moins énorme.

Le bilan global pour l’Euro n’est donc pas positif : on s’aperçoit que l’équipe de France n’a pas souvent été à la hauteur des espérances qu’elle a suscitées ; convenons que celles-ci sont devenues plus élevées, donc plus difficiles à satisfaire, après 1998. Elle a certes gagné deux fois alors qu’elle était attendue (1984 et 2000), mais elle a perdu cinq fois dans ce même cas de figure (1960, 1992, 2004, 2016 et 2021). Surtout, elle n’a pour ainsi dire jamais dépassé les attentes, même modérées, voire faibles, à l’exception peut-être de 1996, mais on a vu que, sur le plan de la manière (capital pour les supporters des Bleus), elle ne s’était alors pas montrée enthousiasmante. Elle n’a donc finalement jamais réservé de bonne surprise…

2024 : une attente mesurée

Quelles attentes pour cet Euro qui se profile ? Les Bleus ont réalisé une bonne Coupe du monde 2022, mais ils y ont réservé à leurs supporters une aussi mauvaise surprise que lors de l’Euro 2016, en « foirant » leur finale, malgré un sursaut épique qui leur a permis d’arracher le match nul (3-3 encore, et défaite aux tirs au but, encore…). L’équipe paraît inconstante, et on ne peut pas dire que la piètre exhibition de mars 2024 face à l’Allemagne (un de ces non-matchs comme elle en réserve régulièrement) soit de nature à rassurer. Un certain scepticisme est donc perceptible, de sorte que l’attente — ou la confiance — est mesurée, à la veille de cet Euro. Avantage : on sera préparé cette fois-ci à l’éventuelle déception, en cas d’élimination prématurée (concrètement, et depuis plusieurs années, seule l’accession au « dernier carré » passe pour plus ou moins satisfaisante), et on n’en sera que plus euphorique, en cas de victoire, à laquelle on ne peut pas s’empêcher de rêver…

Quelles conséquences, pour les joueurs et les sélectionneurs, ces attentes, comblées ou déçues, entraînent-elles ?

Aucun sélectionneur limogé après un Euro

Les sélectionneurs sont les plus exposés à la critique ; mais il convient d’observer qu’aucun d’entre eux n’a été limogé à la suite d’un Euro décevant. Verriest (1964) Platini (1992) Santini (2004) et Blanc (2012) ont démissionné, mais on sait que Platini et Santini étaient démissionnaires avant même l’Euro, et que Blanc aurait pu être reconduit dans ses fonctions, mais qu’il s’est vexé d’être mis en balance avec Deschamps. Quant à Verriest, qui était bénévole, il avait accumulé tant de détestation auparavant qu’il a rendu son tablier par lassitude. Kovacs (1976), pour sa part, devait retourner en Roumanie (les citoyens des pays communistes n’étaient alors pas libres d’émigrer). Explication pour ce qui peut paraître de l’indulgence : l’Euro ne constituant pas un objectif prioritaire pour la FFF, il ne justifie pas de changer de sélectionneur, contrairement à la Coupe du Monde. Et comme on sait, pour Deschamps, qu’il est sous contrat jusqu’en 2026, on se doute qu’il ne démissionnera probablement pas, même en cas d’échec en 2024.

L’exception Hidalgo

Inversement, l’Euro fut le moment de gloire d’Hidalgo (1984), qui avait prévu depuis longtemps de se retirer – et l’a regretté. Il reste le seul sélectionneur français (avec Jacquet pour la Coupe du monde) à être sorti sur une victoire à l’Euro. Lemerre aussi y gagna le respect en 2000 ; auparavant, on le considérait surtout comme l’adjoint de Jacquet, et on doutait de sa compétence. Idem pour Deschamps, dont 2016 marqua le début de sa trajectoire à succès, tranchant avec dix années d’échecs précédents pour les Bleus. Il a mis fin à la vague de critiques qui accablaient les sélectionneurs antérieurs, et au désamour du public : néanmoins, l’Euro est la seule des trois compétitions majeures (avec la Coupe du monde et la Ligue des nations) qu’il n’ait pas gagnée, d’où l’enjeu pour lui.

Quant aux joueurs, ils sont inégalement l’objet d’attentes de la part du public. Les titulaires font naturellement l’objet de plus d’attentes que les remplaçants (qui peuvent cependant y gagner gros, comme Domergue en 1984, Trezeguet en 2000, voire Samuel Umtiti en 2016), et, parmi les titulaires, certains joueurs focalisent davantage les attentes que d’autres : les buteurs et les meneurs de jeu notamment, parce que marquer des buts, ou en faire marquer, attire davantage le public que d’empêcher l’adversaire d’en marquer.

Le football a beau être un jeu collectif, ce sont les individualités émergeant du collectif qui attirent les regards, et sur lesquelles le public compte. Peu se révèlent au cours d’une compétition comme l’Euro ; la plupart ont déjà fait leurs preuves auparavant et font donc l’objet d’attentes précises. Certains sont à la hauteur, et d’autres non ; ils peuvent y briser leur carrière, comme y connaître une gloire plus ou moins éphémère.

Georges Lamia ou Vincent Estève y ont laissé leur carrière internationale

Evoquons quelques cas : en 1960, en l’absence de Kopa et Fontaine, c’est sur le duo Maryan Wisniewski – Lucien Muller que l’on compte pour conduire l’équipe au succès, mais ils échouent, et ne parviendront jamais à effacer cet échec. De même, le gardien Georges Lamia est rendu responsable de trois buts, causant l’élimination en demi-finale par la Yougoslavie (menée à un moment 2-4 et qui s’impose 5-4 !) et le traînera comme un boulet.

En 1964 et 68, c’est sur le duo lyonnais Nestor Combin - Fleury Di Nallo que reposent les attentes ; si Di Nallo marque les deux seuls buts des Bleus aux Yougoslaves, tirant son épingle du jeu à titre personnel, Combin, par contre, montrera ses limites face aux Hongrois en 1964, même s’il n’est pas responsable des défaites. Le jeune arrière nantais débutant, Vincent Estève, que le brillant ailier Dzajic fait tourner en bourrique en 1968, y laissera sa carrière.

En 1992, on attend tout du duo d’attaque Papin-Cantona, très brillant lors des qualifications ; mais Cantona est transparent en phase finale, Papin, blessé, marque certes deux buts, mais il n’est pas lui-même. Ils ne sont pas à la hauteur au moment où il le faudrait, comme on le verra encore en 1993, et n’iront pas à la Coupe du monde 1998.

En 2012, Samir Nasri, Yann M’Vila et Jérémy Ménez se feront remarquer par de mauvais comportements, et y terniront leur image. D’autres, comme Franck Ribéry et Karim Benzema, n’inscriront pas le moindre but et confirmeront qu’ils ne sont pas au niveau attendu.

Jean-François Domergue ou David Trezeguet sont entrés dans la légende

Inversement, en 1984, Michel Platini, qui marque neuf buts, entre dans la légende des Bleus, et, plus modestement Jean-François Domergue, grâce à ses deux buts marqués en demi-finale, est la révélation de la compétition. Mais il sera du fiasco de 1988…

En 2000, David Trezeguet, auteur du but victorieux, entre lui aussi dans la légende, de même que les deux autres remplaçants, Robert Pirès et Sylvain Wiltord, alors qu’on attendait davantage Zinédine Zidane et Thierry Henry. Mais Trezeguet sera du fiasco de 2004, comme les autres.

En 2004, c’est (assez injustement) sur Bixente Lizarazu que pèsera le poids de l’élimination par la Grèce, au motif qu’il avait été lobé sur le but grec, et cela sonnera le glas de sa carrière : l’opinion publique cherche toujours des boucs émissaires…

En 2016, si Antoine Griezmann est à la hauteur des attentes et même au-delà (six buts), André-Pierre Gignac, pour sa part, rate l’occasion d’entrer lui aussi dans la légende, en plaçant un tir sur le poteau… A vingt centimètres près, il donnait l’Euro aux Bleus, il n’y aurait pas eu de prolongations, et ce ratage le suit comme un boulet, en dépit de sa brillante carrière mexicaine.

En 2021, enfin, c’est du duo Karim Benzema – Kylian Mbappé qu’on attend tout ; si Benzema parvient à trouver ses marques au bout de deux matchs et marque quatre buts, Mbappé, lui, rate absolument tout lors du huitième de finale contre la Suisse, y compris son tir au but, qui cause l’élimination. Heureusement pour lui, il se rattrapera plus tard (notamment lors de la Coupe du monde 2022) et conserve aujourd’hui la confiance du public, comme du sélectionneur.

Les gardiens de but sont particulièrement exposés aux critiques : Georges Lamia (en 1960), Pierre Bernard (qui a laissé passer un coup-franc entre ses mains en 1964), Marcel Aubour (qui a sportivement reconnu que sur les cinq buts yougoslaves, en 1968, il y en avait un ou deux pour lui), pour des fautes ; mais Hugo Lloris, par exemple, s’est vu critiquer sans avoir commis de faute. En 2016, on lui a reproché le but d’Eder, alors qu’il s’était détendu de tout son long ; en 2021, de n’avoir arrêté aucun des tirs au but suisses, alors qu’il avait arrêté un pénalty en cours de match : le gardien, c’est celui dont on attend des miracles, ces fameux « arrêts décisifs », et s’il n’en réussit pas… il est toujours un peu dans le collimateur.

De grosses attentes sur Griezmann et Mbappé

Car en 2024, à la veille de l’Euro, c’est sur les épaules du duo Griezmann – Mbappé que pèse le poids des attentes, bien davantage que sur celles de leurs partenaires, perçus comme des joueurs de complément et non des joueurs décisifs, la différence est de taille. Chacun sait que ce sont les joueurs hors norme, les stars si on préfère, qui portent une équipe vers les sommets. Les Kopa et Fontaine, Platini et Giresse, Papin et Cantona, Zidane et Henry, Griezmann et Mbappé.

Mais l’Euro, c’est maintenant sept matchs (et non plus deux, comme en 1960), il faut donc se montrer décisif dans la durée, la répétition, et pas seulement sporadiquement L’exemple parfait en fut donné en 1984 par Platini, qui marqua à chacun des cinq matchs que comportait alors l’Euro et porta l’équipe de France à bout de bras quasiment à lui seul ; Griezmann, pour sa part, n’a marqué que lors de quatre des sept matchs de l’édition de 2016 et n’a pas pu rééditer l’exploit de Platini ; Henry, trois fois seulement lors de l’édition 2000, et ce n’est pas lui qui s’est montré décisif lors de la finale, mais à l’époque l’équipe de France pouvait compter sur cinq joueurs potentiellement décisifs, ce qui est exceptionnel.

Le temps des exigences

En conclusion, le temps des attentes est souvent celui des exigences, surtout depuis 1998. 1984 avait été auparavant un accomplissement longtemps désiré, auquel on osait à peine croire et du coup fêté en conséquence ; cependant l’équipe de France était retombée presqu’aussi bas ensuite, ce qui doucha un temps les illusions. Mais une fois le plafond tant désiré de 1998 (Coupe du monde) et de 2000 (Euro) enfin touché, le niveau des attentes (et des illusions) s’est ensuite stabilisé… vers le haut.

Si, dans les années 1970, le public se serait contenté d’une simple qualification pour la phase finale, une modeste satisfaction qui lui était régulièrement refusée, désormais, il n’accepte plus d’autre résultat que la victoire, sinon, c’est quasiment une affaire d’Etat ! Pas étonnant, dans ces conditions, que les déceptions soient inévitables, car il n’est pas possible de gagner en continu toutes les compétitions. 2024 n’échappera pourtant pas à cette attente. Pire, l’exigence de résultat n’est même pas la seule : en France, contrairement par exemple à l’Italie, par exemple, il faut en plus du beau jeu : cela avait été le cas en 1984 et en 2000, les stratégies de Hidalgo et de Lemerre étant offensives, mais celles de Deschamps sont moins créatives et essentiellement pragmatiques, ce qui n’est pas du tout la même chose !

Gageons quand même que la victoire suffirait au bonheur de tous…

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