Dialogue avec Soccer Nostalgia : Michel Hidalgo, saison 3 (1977-1978)

Publié le 15 avril 2022 - Bruno Colombari - 1

Troisième partie de l’interview donnée à Shahan Petrossian pour le blog Soccer Nostalgia, sur les années de Michel Hidalgo comme sélectionneur de l’équipe de France. La saison de la Coupe du monde commence bien et se termine mal, mais acte le nouveau statut des Bleus.

Lire sur le site de Soccer Nostalgia The Soccernostalgia Interview-Part 20
Lire la version en anglais. English version here
Lire la première partie (1975-76) et la deuxième partie (1976-77)
12 minutes de lecture


Soccernostalgia : Michel Hidalgo a commencé la saison 1977/78 après une tournée sud-américaine relativement réussie. L’objectif était la qualification de novembre contre la Bulgarie qui façonnerait la saison. Quelle était l’ambiance de ce début de saison ?

Bruno Colombari : La pression commençait à monter. La victoire de la Bulgarie contre l’Irlande à Sofia, le 1er juin (2-1), arrangeait les Bleus dans la perspective du dernier match du groupe, qui serait décisif pour la qualification. Mais au moins l’équipe de France avait les cartes en mains, et semblait solide à domicile, ce qui était de bon augure puisque le match contre la Bulgarie aurait lieu à Paris. Et la physionomie du match aller, où les Bleus avaient dominé les Bulgares chez eux, incitait à l’optimisme.

La saison a commencé par un match amical contre l’équipe ouest-allemande du SV Hambourg de Kevin Keegan. La France s’est imposée (4-2) avec Platini inscrivant un triplé, mais la performance n’a pas été convaincante par moments. Que retenez-vous de ce match ?

 
C’était un bon résultat, qui confirmait l’excellente forme de Platini. Dommage que son triplé tête-gauche-droit, comme ceux qu’il inscrira contre la Belgique et la Yougoslavie sept ans plus tard à l’Euro, n’ait pas compté dans ses statistiques puisque le match n’était pas officiel. Mais Hambourg était la troisième meilleure équipe allemande de l’époque après le Bayern et Mönchengladbach, et Kevin Keegan, vainqueur de la Coupe d’Europe avec Liverpool en mai, allait recevoir le Ballon d’Or en décembre. Cette équipe de France s’appuyait sur cinq joueurs de Saint-Etienne. Il n’y avait que deux Nantais, pourtant champions de France en titre : le défenseur Maxime Bossis et l’avant-centre Eric Pécout, dont la première vraie sélection n’arrivera qu’en 1979.

En octobre, la France a accueilli l’Union soviétique dans le cadre d’un match préparatoire au choc contre la Bulgarie. La France a eu du mal en première mi-temps, avant de s’améliorer en seconde période. Il y avait beaucoup de critiques de cette performance. Qu’en pensez-vous ?

 
L’équipe d’URSS en 1977 était en phase de transition. Ce n’était plus la grande équipe des années 60 qui avait brillé en Coupe du monde et remporté le premier championnat d’Europe, en jouant deux finales en 1964 et 1972. Et ce n’est pas encore la redoutable équipe des années 1982-1988, qui atteindra la finale de l’Euro à Munich. Mais elle est plus forte que la Bulgarie, et il faut un peu de chance aux Bleus pour ne pas perdre puisque Kolotov a trouvé la barre d’André Rey, comme Platini d’ailleurs sur coup franc. C’est d’ailleurs le deuxième 0-0 de l’ère Hidalgo, le premier à domicile.

Avant le match contre la Bulgarie, le président de Saint-Etienne, Roger Rocher, a critiqué Hidalgo pour la tournée sud-américaine de l’été précédent. Il sentait que ses joueurs étaient fatigués et sur-sollicités par l’équipe nationale. Comment cette querelle a-t-elle été décrite dans la presse à l’époque ?

 
L’équipe nationale ne jouait pas souvent dans les années 1970 : six matchs en 1974, 1975 et 1976, sept matchs en 1977… C’est moitié moins qu’aujourd’hui, où les internationaux finissent la saison avec 70 matchs dans les jambes ! Les compétitions européennes étaient plus courtes aussi, avec huit matchs à jouer avant la finale contre douze aujourd’hui. Mais Robert Herbin, l’entraîneur de Saint-Etienne, faisait peu tourner son effectif. 
 
C’est toujours la même histoire de la concurrence entre les clubs et les sélections, même si aujourd’hui les paramètres sont différents : les principaux clubs européens ont des internationaux de sept ou huit nationalités différentes, et les calendriers ont été aménagés pour réserver des dates aux équipes nationales. 


 

Pouvez-vous décrire le match décisif de qualification pour la Coupe du Monde le 16 novembre au Parc des Princes contre la Bulgarie ?

 C’est un match qui se joue avec une extrême tension, semblable à une rencontre de Coupe d’Europe avec un enjeu énorme. L’équipe de France a tellement déçu depuis quinze ans dans ces moments-là que beaucoup craignent un nouvel échec, puisqu’un match nul qualifierait la Bulgarie, qui en a obtenu un à Dublin en octobre (0-0) et qui se verrait bien refaire pareil. Hidalgo sait qu’il va falloir prendre des risques pour faire basculer le match si possible avant la mi-temps. Et il en prend, avec Jean-Marc Guillou au milieu de terrain et Dominique Rocheteau en attaque. Il fait bien puisque c’est lui qui marque un but opportuniste sur un ballon remis de la tête par Trésor sur corner. Les Bleus ont une première balle de match par Platini, qui trouve encore la barre. Il marque le deuxième but après l’heure de jeu d’un tir de 25 mètres après une action construite côté gauche par Bossis et Six. 
A 2-0, le match est plié, mais Six manque coup sur coup deux belles occasions, et les Bulgares finissent par réduire le score à cinq minutes de la fin, laissant planer la menace d’une égalisation fatale. Mais Emil Kostanidov n’a que dix ans et n’est évidemment pas encore international. Les Bleus finissent le travail par Christian Dalger et l’arbitre de la rencontre, Charles Corver (celui de Séville en 1982) siffle la fin du match.
 

L’image d’Hidalgo pleurant sur les épaules de ses joueurs à la fin du match est l’une des images indélébiles de l’ère Hidalgo. Décrivez l’ambiance après ?

 C’est le match fondateur de Michel Hidalgo, celui qui envoie l’équipe de France en Coupe du monde pour la septième fois de son histoire. Il réussit là où Georges Boulogne et Stefan Kovacs avaient échoué. C’est un immense soulagement pour les joueurs, pour les supporters, pour les médias et les publicitaires aussi, qui commencent à sentir que le football français peut rapporter de l’argent. Cette génération-là, celle de Platini, Bossis, Six ou Rocheteau, n’a pas connu les échecs de ses prédécesseurs et n’a aucun complexe d’infériorité. Un peu comme Varane, Pogba ou Griezmann, arrivés en 2013-2014 sans le poids de Knysna. D’ailleurs, le France-Ukraine 2013 ressemble un peu au France-Bulgarie 1977. En cas d’échec, Michel Hidalgo aurait sans doute démissionné, tout comme Didier Deschamps 36 ans plus tard. 

Le premier match amical préparatoire a eu lieu contre l’Italie à Naples en février, face leurs prochains adversaires en Coupe du monde. On se souvient des deux coups francs de Platini contre Dino Zoff. Quels sont vos souvenirs de ce match spécial ?

 Je me souviens l’avoir vu chez la grand-mère d’un ami du collège car mes parents n’avaient pas la télévision. C’était un mercredi après-midi, et à la mi-temps on était sorti dans le jardin pour refaire les actions avec une petite balle. Le match était mal parti avec deux buts de Graziani dans la première demi-heure, ce qui était inquiétant à quatre mois de la Coupe du monde. Les Italiens semblaient beaucoup plus forts, mais en deuxième mi-temps, tout change : les Bleus se montrent enfin, Bathenay marque de la tête et Platini égalise donc sur coup franc, après qu’une première tentative réussie ait été annulée par l’arbitre. 
 
Déjà surveillé par l’Inter, Platini est demandé partout en Italie, à tel point qu’on se demande encore comment il a pu attendre encore quatre ans avant de franchir les Alpes. Dommage qu’il ne soit pas parti à Saint-Etienne en 1978, et à la Juventus en 1981 : ça aurait probablement tout changé à la Coupe du monde 1982.


 

Le prochain match amical était en mars contre le Portugal au Parc. Ce fut une performance décevante car la France manquait de nombreux titulaires. Qu’est-ce qui était important dans ce match ?

 Il manquait Bathenay, Platini, Trésor, Rouyer… C’était un match amical de préparation contre une équipe qui n’était pas qualifiée pour la Coupe du monde et qui vivait difficilement l’après Eusebio. Le point important du match, et qui aurait pu avoir des conséquences pour la suite, c’est le rappel par Michel Hidalgo de Omar Sahnoun et d’Alain Giresse au milieu de terrain comme il l’avait tenté au printemps 1977. A trois mois de la Coupe du monde, ces deux-là pouvaient espérer en être, mais ce ne sera pas le cas. Et c’est dommage, car je suis convaincu qu’ils auraient apporté autre chose que Henri Michel, Jean-Marc Guillou, Claude Papi ou Jean Petit.
 

La meilleure performance de la phase de préparation a été la victoire sur le Brésil au Parc en avril. Quels sont vos souvenirs de ce match ?

C’était la toute première des Bleus contre les triples champions du monde, même s’ils n’avaient pas été ridicules en 1963 (2-3) et surtout l’année précédente au Maracana (2-2). Ce n’est plus le Brésil de Pelé, Gerson, Tostao et Jaïrzinho, mais il reste Zico et Rivelino, et ce n’est pas rien. Un peu comme contre la RFA en 1977, l’équipe de France est dominée par moments mais tient le choc en défense, est bien organisée au milieu avec Henri Michel, Jean-Marc Guillou et Michel Platini, même si l’attaque est un peu légère (Baronchelli, Berdoll et Amisse). Platini marque un but à quatre minutes de la fin, ce qui ne laisse plus beaucoup de temps aux Brésiliens pour réagir. Deux victoires à domicile contre la RFA et le Brésil, trois nuls à l’extérieur en Argentine, au Brésil et en Italie : on commençait à qualifier l’équipe de France de championne du monde des matchs amicaux. Aujourd’hui, ce serait ironique, mais à cette époque c’était plutôt flatteur.


 

En mai, la France a affronté deux adversaires de continents différents. Ils ont d’abord affronté l’Iran à Toulouse. La performance de la France a été critiquée. Ensuite, ils ont battu la Tunisie dans une autre performance difficile. Que retenez-vous de ces matchs ?

Ce sont les premiers matchs contre une sélection asiatique (l’Iran, plus jamais rencontrée depuis) et une sélection africaine, la Tunisie, même si en 1972 la France avait joué contre une équipe d’Afrique lors de la Coupe de l’Indépendance au Brésil. Ces deux adversaires-là, a priori prenables (mais tous deux qualifiés pour l’Argentine, il faut le rappeler) étaient moins excitants que l’Italie et le Brésil. 
 
Ces deux matchs ont été précédés par la publication d’une liste de 40 joueurs, obligatoire pour la FIFA, parmi lesquels les 22 seraient retenus. C’est donc à ça que servent les deux amicaux contre l’Iran et la Tunisie. Dans ces 40, il y a six joueurs qui ne seront jamais internationaux A (les défenseurs Cazes, Bacconnier, Guesdon et Zambelli, le milieu Lacuesta et l’attaquant Florès). 
Le fait que ces deux matchs n’aient pas été convaincant coûtera cher à Sahnoun, Kéruzoré et Gemmrich, tous alignés contre l’Iran, alors que les 15 joueurs contre la Tunisie seront tous retenus.

Il y a eu beaucoup de discussions politiques avant cette Coupe du monde car l’Argentine est gouvernée par une junte militaire dirigée par le général Videla. Dans de nombreux pays européens, dont la France, des appels au boycott de la Coupe du monde ont été lancés. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

 Les joueurs ont été très discrets sur la question, hormis Dominique Rocheteau, sans doute le plus politisé à l’époque (à gauche). Rien à voir avec Johann Cruyff, qui refusera d’y aller, mais il dira en 2008 qu’il avait été victime d’une tentative d’enlèvement fin 1977 à Barcelone. En France, les appels au boycott venaient d’intellectuels, comme Jean-Paul Sartre, Louis Aragon ou Marek Halter. Mais l’opinion publique était majoritairement favorable à la participation de l’équipe de France, et même les partis de gauche, communiste et socialiste, parlaient d’y aller pour manifester leur solidarité avec le peuple argentin. Les élections législatives de mars 1978 approchaient, la gauche pouvait les gagner et l’enjeu électoral était plus important que les valeurs morales. Michel Hidalgo, lui, était favorable à y aller, en rappelant que la France jouait régulièrement dans les pays communistes malgré l’existence du Mur de Berlin.
 En 2022, les appels à boycotter la Coupe du monde au Qatar n’ont pas plus de réussite, et les footballeurs ne sont toujours pas mobilisés.
 

Le 23 mai, Michel Hidalgo et sa femme ont été victimes d’une tentative d’enlèvement alors qu’ils conduisaient de Saint Savin à Bordeaux. Que sait-on de cet incident ?

Il semblerait que ce soit un commando d’extrême gauche favorable au boycott, justement, même si ce n’est pas prouvé. Michel Hidalgo a d’ailleurs fait preuve de beaucoup de sang froid en désarmant son agresseur et en le mettant en fuite. L’ambiance est lourde avant le départ en Argentine, et le moral de Michel Hidalgo est atteint. La pression autour de l’équipe est très importante et il a du mal à la gérer.

Y a-t-il eu des surprises ou des oublis notables dans le Final 22 sélectionné pour la Coupe du monde ?

J’en verrai au moins deux : Omar Sahnoun et Alain Giresse, qui auraient apporté au milieu de terrain une touche technique supérieure. Mais Michel Hidalgo a préféré s’appuyer sur l’expérience avec Henri Michel et Jean-Marc Guillou. Il a aussi emmené le Bastiais Claude Papi, qui sortait d’une saison très brillante avec Bastia, en atteignant la finale de la Coupe UEFA. Mais ce dernier n’a jamais vraiment eu le temps de s’intégrer. De même que le Monégasque Jean Petit, champion de France en 1978. De très bons joueurs de club, qui n’avaient sans doute pas la carrure pour jouer en sélection. 
 

Avant le match contre l’Italie en Coupe du monde, il y avait une controverse concernant les bonus à payer par Adidas. Pouvez-vous nous éclairer là-dessus ?

Il s’agissait d’un contrat avec l’équipementier de l’équipe de France depuis 1972. A cette époque, les chaussures duraient plusieurs mois, et les joueurs devaient mettre de la peinture blanche sur les trois bandes pour qu’elles soient bien visibles. Chaque joueur recevait à l’époque 5000 francs de primes pour ça (environ 760 euros, ou 840 dollars). Avant la Coupe du monde, ils en réclamaient 7500. Comme ils n’avaient pas obtenu satisfaction, certains avaient décidé de passer du cirage noir avant le match contre l’Italie pour masquer les bandes. Mais ils n’étaient pas unanimes sur ce point.

Le match lui-même contre l’Italie a été décevant. La défense française a été critiquée pour de nombreuses erreurs. Que pensez-vous de cette prestation ?

 Les Bleus ont marqué un but sur leur première attaque, après trente secondes de jeu, et ils n’ont pas su quoi faire de cette avance. C’est vraiment dommage, car la Coupe du monde ne pouvait pas mieux commencer. Mais les Italiens avaient retenu la leçon du match de février, et Tardelli s’occupait personnellement de Platini. L’équipe de France a manqué de fraîcheur sur ce match, et a attendu d’être menée au score pour réagir, mais trop tard. Elle a été naïve face à une équipe qui la craignait et qui avait plus d’expérience qu’elle. Hidalgo a sans doute aussi fait de mauvais choix en écartant Bathenay et Rocheteau au profit de Guillou et Dalger. 


 

La performance contre l’Argentine était meilleure mais la France a encore perdu et a été éliminée. Il y a eu une controverse concernant le penalty accordé aux hôtes. Que pensez-vous de ce match ?

 C’est de loin le meilleur match des Bleus dans cette Coupe du monde. Avec un peu plus d’expérience et d’efficacité devant, ils pouvaient le gagner et jouer la qualification lors du troisième match. Le milieu de terrain Bathenay-Michel-Platini a largement dominé les Argentins. Mais plus que le pénalty sifflé contre Trésor pour une main a priori involontaire sur un tacle glissé, une faute qui serait sanctionnée sans faire de vagues aujourd’hui, ce sont deux faits de jeu qui ont coûté très cher à l’équipe de France : la blessure du gardien Jean-Paul Bertrand-Demanes, car un changement de joueur à ce poste dans un match aussi intense n’est jamais une bonne chose, et l’énorme occasion manquée par Didier Six qui s’est présenté devant Fillol et n’a pas cadré son tir, alors qu’il y avait 1-1. Un nul n’aurait sans doute pas suffi pour se qualifier, mais il y avait la place pour faire mieux. L’Argentine s’en sortait très bien, comme déjà au match précédent où elle avait souffert contre la Hongrie. 

La presse a fait état de nombreuses polémiques lors de la Coupe du monde. Les joueurs ont été critiqués pour le problème des bonus, il y a eu des rapports de clans et de joueurs se battant et des histoires sur l’équipe contre Didier Six. Le Groupe a confronté la presse à propos de ces histoires. Que retenez-vous de ces rapports ?

C’est la première phase finale de l’équipe de France depuis douze ans, donc personne dans le groupe n’avait l’expérience de ce type de rassemblement, loin à l’étranger. Mais ce n’est pas la première fois ni la dernière que ce genre de choses arrivent. Il y en aura encore en 1982, sans même parler de 2010 évidemment. Ce n’est pas là-dessus que l’équipe a été éliminée. Mais c’est toujours pareil : de telles histoires prennent de l’importance parce que l’équipe à déçu. Je suis sûr que d’autres seraient sorties en 1998 si la France avait été éliminée par le Paraguay en huitième, ou en 2006 si elle n’avait pas battu le Togo au premier tour. A l’inverse, personne n’aurait parlé du Casino de l’hôtel de Séoul en 2002 si Trezeguet et Henry n’avaient pas tiré sur les poteaux contre le Sénégal.

Le troisième et dernier match contre la Hongrie a de nouveau été controversé. La France et la Hongrie se sont présentées toutes les deux avec des maillots blancs. Pouvez-vous décrire cet incident ?

Tout est venu d’un fax tardif de la FIFA précisant que la Hongrie jouerait en blanc (et pas en rouge comme prévu initialement), et que l’équipe de France devait donc se présenter en bleu. L’intendant de l’équipe de France n’avait pas lu ce fax, et l’essentiel des équipements étaient déjà emballés pour le retour en France. L’équipe n’avait donc que ses tenues blanches. Certains ont affirmé que la Hongrie avait ses maillots rouges et aurait pu les utiliser, mais n’a pas voulu le faire. Toujours est-il que le coup d’envoi a été reporté de trois quarts d’heure, le temps que le staff français se procure un jeu de maillots de rechange. Ils n’ont trouvé que ceux du petit club local de Kimberley FC, qui étaient d’ailleurs rayés vert et blanc, donc peu contrastés par rapport au maillot hongrois. Et ils n’étaient numérotés que de 1 à 16, alors que les Français avaient des shorts numérotés de 1 à 22. Certains joueurs français ont donc évolué avec un maillot ne correspondant pas au numéro de leur short.

Ce match a également lancé la tradition d’aligner des joueurs qui n’avaient pas participé à un tournoi. Que pensez-vous de cette tradition ?

C’est une bonne chose, pour deux raisons : elle permet de garder l’ensemble du groupe mobilisé, et, si l’équipe est déjà qualifiée avant le troisième match, de laisser souffler les titulaires en les préservant d’une blessure ou d’une suspension. Les cas les plus connus sont 1998, 2000, 2016 et 2018, où les Bleus avaient gagné les deux premiers matchs et où la rotation a été importante. A chaque fois, ils ont atteint la finale. Ça n’a pas marché par contre en 2014. Et le plus souvent, ce troisième match n’est pas beau à voir.

Quel bilan faites-vous de la Coupe du Monde et de la saison en général ?

L’élimination au premier tour est évidemment une déception, car l’équipe de France n’a pas été surclassée par l’Italie et a fait au moins jeu égal avec l’Argentine. Mais elle est tombée dans un groupe trop relevé pour elle. Et n’oublions pas qu’une Coupe du monde à 16, c’est l’équivalent d’un huitième de finale aujourd’hui. En 1978, il n’y avait pas l’Uruguay, ni l’Angleterre, ni l’URSS, ni la Belgique, ni la Yougoslavie ou la Tchécoslovaquie, autant d’équipes qui dominaient les Bleus les années précédentes. En se qualifiant pour l’Argentine, la France avait fait mieux qu’elles.
 
Pour autant, cette deuxième saison complète de l’ère Hidalgo est quand même très satisfaisante avec la victoire décisive contre la Bulgarie en novembre, le nul en Italie en février et le premier match gagné face au Brésil en avril. Elle marque aussi la fin de la première partie de la période Hidalgo, avant trois années beaucoup plus compliquées sur lesquelles nous reviendront bientôt.



English version

Soccernostalgia : Michel Hidalgo started the 1977/78 season following a relatively successful South American Tour. The objective was the November qualifier vs. Bulgaria that would shape the season. What was the mood in this early season ?

Bruno Colombari : The pressure was starting to mount. The victory of Bulgaria against Ireland in Sofia, June 1 (2-1), arranged the Blues in the perspective of the last match of the group, which would be decisive for the qualification. But at least the France team had the cards in hand, and looked solid at home, which was a good omen since the match against Bulgaria would take place in Paris. And the appearance of the first leg, where the Blues had dominated the Bulgarians at home, encouraged optimism.
 

The season started with a friendly against West German side SV Hamburg of Kevin Keegan. France won (4-2) with Platini scoring a hat trick, but the performance was not convincing at times. What do you recall from this match ?

It was a good result, which confirmed Platini’s excellent form. Too bad his head-left-right hat-trick, like those he will score against Belgium and Yugoslavia seven years later at the Euro, did not count in his statistics since the match was not official. But Hamburg were Germany’s third-best team at the time after Bayern and Mönchengladbach, and Kevin Keegan, a European Cup winner with Liverpool in May, would go on to receive the Ballon d’Or in December. This French team relied on five players from Saint-Etienne. There were only two from Nantes, the reigning French champions : defender Maxime Bossis and center-forward Eric Pécout, whose first real selection would not arrive until 1979.
 

In October, France hosted the Soviet Union as a preparatory match for the Bulgaria clash. France struggled for the first half, before improving in the second half. There was much criticism from this performance. What are your thoughts ?

The USSR team in 1977 was in transition. It was no longer the great team of the 60s that had shone in the World Cup and won the first European championship, playing two finals in 1964 and 1972. And it is not yet the formidable team of the years 1982- 1988, which will reach the final of the Euro in Munich. But it is stronger than Bulgaria, and it takes a little luck for the Blues not to lose since Kolotov struck the bar of André Rey, like Platini moreover on a free kick. It is also the second 0-0 of the Hidalgo era, the first at home.
 

Ahead of the match vs. Bulgaria, Saint Etienne President Roger Rocher criticized Hidalgo for the previous summer’s end of the season Tour. He felt his players were tired and over-solicited by the National Team. How was this feud portrayed in the press at the time ?

 
The national team did not play often in the 1970s : six games in 1974, 1975 and 1976, seven games in 1977… That’s half as much as today, when internationals end the season with 70 games in their legs ! European competitions were shorter too, with eight games left before the final compared to twelve today. But Robert Herbin, the coach of Saint-Etienne, did little to rotate his workforce.
It’s always the same story of competition between clubs and National Team, even if today the parameters are different : the main European clubs have internationals of seven or eight different nationalities, and the calendars have been adjusted to book dates to national teams.

Describe the decisive Word Cup qualifier on November 16th in Parc des Princes vs. Bulgaria ?

It is a match that is played with extreme tension, similar to a European Cup meeting with a huge stake. The French team has been so disappointed for fifteen years in these moments that many fear another failure, since a draw would qualify Bulgaria, who obtained one in Dublin in October (0-0) and who would see themselves do the same again. Hidalgo knows that he will have to take risks to turn the game around if possible before half-time. And he takes it, with Jean-Marc Guillou in midfield and Dominique Rocheteau in attack. He does well since it is he who scores an opportunistic goal on a ball delivered from a header by Trésor from a corner. The Blues have a first match point by Platini, who still finds the bar. He scored the second goal after the hour mark with a shot from 25 meters after an action built on the left side by Bossis and Six.

At 2-0, the match was over, but Six missed two good chances in quick succession, and the Bulgarians ended up reducing the score five minutes from the end, leaving the threat of a fatal equalizer hanging over them. But Emil Kostanidov is only ten years old and is obviously not yet international. The Blues finish the job by Christian Dalger and the referee, Charles Corver (that of Seville in 1982) whistles the end of the match.

The sight of Hidalgo weeping on his players shoulders at the end of the match is one of the indelible images of the Hidalgo era. Describe the atmosphere afterwards ?

This is the founding match of Michel Hidalgo, the one who sends the French team to the World Cup for the seventh time in its history. He succeeded where Georges Boulogne and Stefan Kovacs had failed. It is a huge relief for the players, for the supporters, for the media and the advertisers too, who are beginning to feel that French football can bring in money. This generation, that of Platini, Bossis, Six or Rocheteau, did not experience the failures of its predecessors and has no inferiority complex. A bit like Varane, Pogba or Griezmann, who arrived in 2013-2014 without the weight of Knysna. Moreover, France-Ukraine 2013 looks a bit like France-Bulgaria 1977. In the event of failure, Michel Hidalgo would undoubtedly have resigned, just like Didier Deschamps 36 years later.

The first preparatory friendly was against Italy in Naples in February, against their first opponents in the World Cup. It is remembered for Platini’s two free kicks against Dino Zoff. What are your memories of this special match ?

I remember seeing it at a friend’s grandmother’s house from school because my parents didn’t have a television. It was a Wednesday afternoon, and at halftime we had gone out into the garden to repeat the actions with a small ball. The game got off to a bad start with two goals from Graziani in the first half hour, which was worrying four months from the World Cup. The Italians seemed much stronger, but in the second half, everything changed : the Blues finally showed up, Bathenay scored with a header and Platini equalized from a free kick, after a successful first attempt was canceled by the referee.

Already watched by Inter, Platini is in demand everywhere in Italy, so much so that we still wonder how he could wait another four years before crossing the Alps. Too bad he didn’t go to Saint-Etienne in 1978, and to Juventus in 1981 : that would probably have changed everything at the 1982 World Cup.

The next friendly was in March against Portugal in the Parc. It was a disappointing performance as France were missing many regulars. What was important from this match ?

Bathenay, Platini, Trésor, Rouyer were missing... It was a friendly preparation match against a team that had not qualified for the World Cup and was having a hard time after Eusebio. The important point of the match, and which could have had consequences for the future, was Michel Hidalgo’s recall of Omar Sahnoun and Alain Giresse to midfield as he had tried in the spring of 1977. At three months of the World Cup, these two could hope to be, but it will not be the case. And that’s a shame, because I’m convinced that they would have brought something other than Henri Michel, Jean-Marc Guillou, Claude Papi or Jean Petit.
 

The best performance of the preparation phase was the victory over Brazil in the Parc on April. What are your memories of this match ?

 
It was the very first of the Blues against the triple world champions, even if they had not been ridiculous in 1963 (2-3) and especially the year before at the Maracana (2-2). It is no longer the Brazil of Pelé, Gerson, Tostao and Jaïrzinho, but there are still Zico and Rivelino, and that is not nothing. A bit like against the West Germany in 1977, the French team is dominated at times but holds the shock in defense, is well organized in the middle with Henri Michel, Jean-Marc Guillou and Michel Platini, even if the attack is a little slight (Baronchelli, Berdoll and Amisse). Platini scores a goal four minutes from time, giving the Brazilians little time to react. Two home wins against the West Germany and Brazil, three away draws in Argentina, Brazil and Italy : we were beginning to qualify the French team as world champions in friendly matches. Today that would be ironic, but back then it was pretty flattering.
 

In May, France faced two opponents from different continents. First they faced Iran in Toulouse. France’s performance was criticized. Then they defeated Tunisia in another difficult performance. What do you remember from these final matches ?

These are the first matches against an Asian selection (Iran, never met again since) and an African selection, Tunisia, even if in 1972 France had played against an African team during the Independence Cup in Brazil. These two opponents, seemingly easy (but both qualified for Argentina, it must be remembered) were less exciting than Italy and Brazil.
 
These two matches were preceded by the publication of a list of 40 players, mandatory for FIFA, from which the 22 would be selected. So that’s what the two friendlies against Iran and Tunisia are for. In these 40, there are six players who will never be international A (defenders Cazes, Bacconnier, Guesdon and Zambelli, midfielder Lacuesta and striker Florès).

The fact that these two games were not convincing will cost Sahnoun, Kéruzoré and Gemmrich, all lined up against Iran, while the 15 players against Tunisia will all be retained.

There weas much political discussions ahead of this Word Cup due to Argentina being governed by a Military Junta led by General Videla. In many European nations including France, there were calls to boycott the World Cup. What can you say about this ?

The players were very discreet on the issue, apart from Dominique Rocheteau, undoubtedly the most politicized at the time (on the left). Nothing to do with Johann Cruyff, who refused to go, but he said in 2008 that he had been the victim of an attempted kidnapping at the end of 1977 in Barcelona. In France, calls for a boycott came from intellectuals, such as Jean-Paul Sartre, Louis Aragon or Marek Halter. But public opinion was mostly in favor of the participation of the France team, and even the leftist parties, communist and socialist, were talking about going there to show their solidarity with the Argentine people. The legislative elections of March 1978 were approaching, the left could win them and the electoral stake was more important than moral values. Michel Hidalgo was in favor of going there, recalling that France played regularly in communist countries despite the existence of the Berlin Wall.
In 2022, calls to boycott the World Cup in Qatar are no more successful, and footballers are still not mobilized.

On May 23rd, Michel Hidalgo along with his wife was the victim of an attempted kidnapping while driving from Saint Savin to Bordeaux. What is known about this incident ?

It would seem that it is a far-left commando favorable to the boycott, precisely, even if it is not proven. Michel Hidalgo showed a lot of coolness by disarming his attacker and putting him to flight. The atmosphere is heavy before the departure for Argentina, and the morale of Michel Hidalgo is affected. The pressure around the team is very important and he finds it difficult to manage it.

Were there any surprises or noteworthy omissions in the Final 22 selected for the World Cup ?

I see at least two of them : Omar Sahnoun and Alain Giresse, who would have brought a superior technical touch to the midfield. But Michel Hidalgo preferred to rely on experience with Henri Michel and Jean-Marc Guillou. He also took Claude Papi, who came out of a very brilliant season with Bastia, by reaching the final of the UEFA Cup. But the latter never really had time to integrate. As well as Monaco’s Jean Petit, champion of France in 1978. Very good club players, who probably did not have the build to play in the national team.

Ahead of the match vs. Italy in the World Cup, there was a controversy regarding the bonuses to be paid by Adidas. Can you shed light on this ?

It was a contract with the equipment supplier of the France team since 1972. At that time, the shoes lasted several months, and the players had to put white paint on the three stripes so that they were well visible. Each player received at the time 5000 francs in bonuses for this (about 760 euros, or 840 dollars). Before the World Cup, they claimed 7500. As they had not obtained satisfaction, some had decided to pass black shoe polish before the match against Italy to hide the strips. But they were not unanimous on this point.

The match itself against Italy was disappointing. The French defense was criticized for many errors. What do you think of this performance ?

The Blues scored a goal on their first attack, after thirty seconds of play, and they did not know what to do with this lead. It’s a shame, because the World Cup couldn’t have started better. But the Italians had learned their lesson from the February match, and Tardelli was personally looking after Platini. The French team lacked freshness in this match, and waited to be behind to react, but too late. They were naïve to a team that feared them and had more experience than them. Hidalgo probably also made bad choices by dismissing Bathenay and Rocheteau in favor of Guillou and Dalger.

The performance against Argentina was better but France lost again and were eliminated. There was controversy regarding the penalty kick awarded to the hosts. What are your thoughts on this match ?

This is by far the best match of the Blues in this World Cup. With a little more experience and efficiency in front, they could win it and play the qualification in the third game. Midfielder Bathenay-Michel-Platini largely dominated the Argentinians. But more than the penalty whistled against Trésor for an apparently involuntary hand-ball on a sliding tackle, a fault which would be sanctioned without making waves today, these are two facts of the game which cost the French team very dearly : the injury of goalkeeper Jean-Paul Bertrand-Demanes, because a change of player in this position in such an intense match is never a good thing, and the huge opportunity missed by Didier Six who presented himself in front of Fillol and n did not target his shot, when it was 1-1. A draw would probably not have been enough to qualify, but there was room to do better. Argentina were doing very well, as they had already suffered in the previous match against Hungary.

The press reported on many controversies during the World Cup. The players were criticized for the bonus issue, there were reports of clans and players fighting each other and stories about the team being against Didier Six. The Group confronted the Press about these stories. What do you remember of these reports ?

This is the first final phase of the French team for twelve years, so no one in the group had experience of this type of gathering, far abroad. But this is not the first time nor the last that this kind of thing happens. There will still be some in 1982, without even mentioning 2010 of course. This is not what the team was eliminated on. But it’s always the same : such stories gain importance because the team disappointed. I’m sure others would have come out in 1998 if France had been knocked out by Paraguay in the eighth round, or in 2006 if they hadn’t beaten Togo in the first round. Conversely, no one would have talked about the Hotel Casino in Seoul in 2002 if Trezeguet and Henry had not shot the posts against Senegal.

The third and final match vs. Hungary was once again controversial. France and Hungary showed up both with White shirts. Can you describe this incident ?

It all came from a late fax from FIFA specifying that Hungary would play in white (and not in red as originally planned), and that the France team should therefore appear in blue. The steward of the France team had not read this fax, and most of the equipment was already packed for the return to France. The team therefore only had their white outfits. Some claimed that Hungary had their red shirts and could have used them, but didn’t want to. Still, the kick-off was postponed for three quarters of an hour, the time for the French staff to obtain a set of spare shirts. They only found those of the small local club Kimberley FC, which were also striped green and white, so little contrast compared to the Hungarian jersey. And they were only numbered from 1 to 16, whereas the French had shorts numbered from 1 to 22. Some French players therefore played with a jersey that did not correspond to the number of their shorts.
 

This match also started the tradition of fielding players who had not participated in a Tournament. What are your thoughts on this tradition ?

It’s a good thing, for two reasons : it keeps the whole group mobilized, and, if the team is already qualified before the third game, to let the starters breathe by protecting them from injury or loss. ’a suspension. The best-known cases are 1998, 2000, 2016 and 2018, when the Blues had won the first two games and the turnover was high. Each time they reached the final. It did not work, however, in 2014. And most often, this third game is not a pretty sight.
 

What is your assessment of the World Cup and the season in General ?

Elimination in the first round is obviously a disappointment, as the French team were not outclassed by Italy and were at least evenly matched with Argentina. But she fell into a group that was too tough for her. And let’s not forget that a World Cup at 16 is the equivalent of a round of 16 today. In 1978, there were no Uruguay, nor England, nor the USSR, nor Belgium, nor Yugoslavia or Czechoslovakia, so many teams that dominated the Blues in previous years. By qualifying for Argentina, France had done better than them.
However, this second full season of the Hidalgo era is still very satisfying with the decisive victory against Bulgaria in November, the draw in Italy in February and the first match won against Brazil in April. It also marks the end of the first part of the Hidalgo period, before three much more complicated years to which we will return soon.

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