De Fontaine à Griezmann, ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

Publié le 30 novembre 2021 - Bruno Colombari - 6

Avant Karim Benzema, plusieurs Français ont échoué près du but et n’ont jamais remporté le Ballon d’or : Just Fontaine, Alain Giresse, Jean Tigana, Eric Cantona, Thierry Henry, Franck Ribéry et plus récemment Antoine Griezmann.

Mise à jour d’un article initialement paru en novembre 2018.

Si Zinédine Zidane (1998), Jean-Pierre Papin (1991), Michel Platini (1983, 1984 et 1985) et Raymond Kopa (1958) totalisent six Ballons d’or à eux quatre, ils ont aussi parfois échoué de peu, comme d’autres grands noms du football français qui ont vu d’assez près la récompense imaginée par la rédaction de France Football en 1956.

Il faut se souvenir que jusqu’en 1994, le Ballon d’or était attribué (par un jury de journalistes, correspondants à l’étranger de France Football) au meilleur joueur européen de l’année. De 1995 à 2006, il récompensait le meilleur joueur évoluant en Europe, quelle que soit sa nationalité, et depuis 2007 il est étendu au monde entier. Même si de fait, aucun joueur hors du Vieux Continent n’a été primé.

1958 : Just Fontaine, treize buts n’auront pas suffi

Sans doute ne mesurait-on pas, à cette époque, l’impact d’une telle performance, jamais égalée depuis. En marquant 13 buts en 6 matchs lors de la Coupe du monde en Suède, le quasi débutant Just Fontaine (24 ans, 5 sélections et 1 but avant la compétition) est l’une des plus fulgurantes révélations de l’histoire du tournoi. Mais il joue au Stade de Reims, qui était pourtant la meilleure équipe française de l’époque, et qui a fait le doublé coupe-championnat cette année-là. Et face à la superpuissance du Real Madrid, ce n’est pas suffisant. Kopa est donc lauréat car lui a gagné la Coupe d’Europe des Champions avec le Real. Fontaine est troisième derrière l’Allemand Helmut Rahn.

1959 : Raymond Kopa deuxième derrière Alfredo Di Stéfano, duo de Galactiques

Alors que le Real Madrid vient de gagner sa quatrième Coupe des clubs champions européens consécutive face au Stade de Reims, le Ballon d’or ne peut pas échapper à un Galactique. C’est Afredo Di Stéfano qui récupère le trophée déjà glacé en 1957, largement devant Raymond Kopa (80 points contre 42) et le Gallois de la Juventus John Charles.
Di Stéfano est alors le meilleur joueur du monde, sans doute supérieur à Pelé, Didi, Vava ou Garrincha.
Il marque en finale de la Coupe d’Europe et termine meilleur buteur du championnat d’Espagne.

Kopa brille aussi au sein d’une attaque de feu (aux côtés de Gento, Puskas et Di Stéfano) mais il ne joue en équipe de France qu’après son retour au Stade de Reims. Il ne bénéficie donc plus de l’aura extraordinaire de l’épopée suédoise de 1958, qui lui avait offert le Ballon d’or sur un plateau.

1977 : Michel Platini troisième dans un mouchoir de poche derrière Simonsen et Keegan

Ça aurait été un coup de tonnerre dans le ciel européen : un gamin de 22 ans, évoluant à l’AS Nancy-Lorraine et international depuis 18 mois aurait raflé la plus prestigieuse récompense individuelle du football européen, malgré un palmarès vierge. Il s’en est fallu pourtant de peu que Michel Platini ne rafle la mise après une année brillantissime en équipe de France.

Mais c’est une année impaire : le Danois Allan Simonsen et l’Anglais Kevin Keegan, respectivement finaliste avec Mönchengladbach et vainqueur avec Liverpool de la Coupe d’Europe, lui passent devant de presque rien (74 et 71 points, pour 70 à Platini). On se dit alors que ce sera pour l’année suivante, celle de la Coupe du monde en Argentine, d’autant que ni l’Angleterre ni le Danemark n’y participent. Mais les Bleus ne font que passer, et Platini se blesse en août. Il devra attendre six ans pour que vienne son heure.


 

1982 : Alain Giresse deuxième derrière Paolo Rossi, l’Italien revenu de nulle part

Alors que Michel Platini est déjà monté deux fois sur la troisième marche du podium en 1977 et 1980, c’est un joueur de bientôt 30 ans, Alain Giresse, qui éclabousse le Mondial 1982. Elément essentiel du carré magique, le meneur de jeu des Girondins de Bordeaux rayonne contre l’Irlande du Nord (doublé) et la RFA (un but, une passe décisive). Si les Bleus avaient atteint la finale, et s’il avait marqué, il aurait sans doute obtenu le Ballon d’or.


 

Mais voilà : les Bleus se font sortir aux tirs au but par excès de naïveté, et c’est l’Italie qui gagne la compétition grâce au joueur le plus improbable qui soit : l’attaquant Paolo Rossi. Celui sort de près de deux ans de suspension dans l’affaire du Totonero (paris clandestins) et ne revient qu’en avril 1982, juste avant la Coupe du monde qu’il traverse sans marquer jusqu’au cinquième match, contre le Brésil. Là, la machine s’enclenche : triplé contre les Auriverde, doublé en demi contre la Pologne et un dernier but pour la route face à la RFA en finale. Il est élu Ballon d’Or avec 115 points, loin devant Giresse (64) et le Polonais Boniek.

1984 : Jean Tigana bloqué par Platini

C’est sans contestation possible le plus évident des trois Ballons d’or remportés par Michel Platini, avec une avance écrasante sur la concurrence. Mais regardons un peu qui est deuxième : Jean Tigana, avec 57 points contre 128. Champion de France avec Bordeaux et étincelant à l’Euro, Tigana a fait une saison magnifique. Or, si comme le proposait le journaliste suisse Laurent Favre (du journal Le Temps), le Ballon d’or ne pouvait être décerné qu’une seule fois, Platini l’ayant déjà obtenu en 1983, c’est Tigana qui l’aurait eu en 1984.

1993 : Eric Cantona derrière Bergkamp et Baggio

Alors que sa carrière en Bleu touche à sa fin (après le calamiteux automne 1993 et ses deux défaites contre Israël et la Bulgarie, il ne jouera plus que neuf fois jusqu’en janvier 1995), Eric Cantona vient de boucler une première saison remarquable avec Manchester United, offrant le titre aux Red Devils. Mais en octobre, il s’en prend à l’arbitre du match perdu contre Galatasaray et écope de quatre matchs de suspension, ce qui lui coûte cher auprès du jury de journalistes. Il finit derrière le Néerlandais de l’Inter Dennis Bergkamp et l’Italien de la Juventus Roberto Baggio, très largement en tête.

2000 : Zinédine Zidane puni par des cartons rouges, déjà

Au soir de la finale de l’Euro à Rotterdam, l’affaire semble entendue : champion d’Europe avec les Bleus deux ans après le titre mondial, Zinédine Zidane sera le prochain Ballon d’or, comme il l’a été en 1998. Même s’il n’a pas joué la Ligue des Champions avec la Juve, il a clairement haussé son niveau de jeu en même temps que celui des Bleus. Luis Figo a fait une belle année avec Barcelone, a été transféré au Real pendant l’été et a brillé à l’Euro. Mais il a été éliminé deux fois en demi-finale.

A l’automne, avec la Juventus, Zidane est expulsé contre le Deportivo La Corogne pour un geste d’humeur. Suspendu pour un match en ligue des Champions, il revient contre Hambourg et, excédé par le traitement de choc que lui inflige Jochen Kientz, il l’allonge pour le compte d’un solide coup de boule. Nouveau carton rouge, et suspension de cinq matchs.

En pleine période de vote pour le Ballon d’or, l’effet est désastreux. Luis Figo est titré avec 197 points contre 181 pour Zidane. L’écart est faible : sans le deuxième carton, le Français serait arrivé certainement en tête.

2003 : Thierry Henry, un an trop tôt

Cette année-là, les Bleus marchent sur l’eau, gagnent 13 matchs sur 14, marquent 40 buts dont 11 signés Thierry Henry. Le dernier match de l’année, en novembre à Gelsenkirchen, est une démonstration et l’Allemagne est balayée (3-0). Avec Arsenal, la saison 2003-2004 commence en trombe. Le club londonien va remporter la Premier League cinq mois après le Ballon d’Or sans perdre le moindre match — les invincibles. C’est donc plutôt en 2004 que Henry aurait dû être titré, si les Bleus avaient gagné l’Euro.


 

A la place, c’est Pavel Nedved qui obtient le Ballon d’or. Lui a amené la Juve en finale de la Ligue des Champions (sans la jouer) et il domine l’Europe avec une très belle République tchèque, qui a d’ailleurs surclassé les Bleus en février 2003 (2-0). Henry refera une apparition sur le podium en 2006, mais comme il a perdu les deux grandes finales de l’année (Ligue des Champions et Coupe du monde), il ne sera que troisième.

2013 : Franck Ribéry, le coup de poignard dans le dos

Champion d’Europe, champion d’Allemagne et vainqueur de la coupe nationale avec le Bayern, Franck Ribéry joue le meilleur football de sa vie en 2013. Il a le Ballon d’or au bout des doigts, en tout cas il en est convaincu quand arrive l’automne. Mais il ne supporte pas que certains joueurs français, comme Mamadou Sakho, ne le voient pas gagner. Et le barrage vainqueur contre l’Ukraine, où il n’aura pas été décisif, ne lui rend pas le sourire.

Autant dire que le verdict du Ballon d’or FIFA (qui fait la part belle aux voix des sélectionneurs et des capitaines, au détriment des journalistes qui le placent en tête) est vécu par lui comme une terrible injustice. Avec 23,36% des voix, il est tout près de Lionel Messi (24,72%) et de Cristiano Ronaldo (27,99%), mais qu’importe : le premier semestre 2014 est un cauchemar pour Ribéry qui voit arriver un certain Griezmann à son poste, et un mal au dos aussi récurrent que psychosomatique le prive de sa troisième Coupe du monde.

2016 : Antoine Griezmann, le chat noir en finale

On en saura jamais s’il aurait eu une chance, mais c’est probable. En mai 2016, Antoine Griezmann joue la finale de la Ligue des Champions avec l’Atlético Madrid. En face, le Real de Zidane. Alors que le Real mène au score, Griezmann tire un pénalty à la 48e. Il échoue. L’Atlético égalise un peu plus tard et la finale se joue aux tirs au but. Griezmann a le cran de tirer le sien et le marque, mais ce n’est pas suffisant. Premier échec face à Cristiano Ronaldo.

Six semaines plus tard, les deux se retrouvent en finale de l’Euro. Les Bleus sont archifavoris face aux Portugais, d’autant que Ronaldo est touché rapidement au genou et quitte le match après plusieurs interruptions. La suite, on la connaît : Eder marque en prolongations, le Portugal est champion d’Europe et Ronaldo obtient son quatrième Ballon d’or en décembre. Griezmann, troisième, est largement derrière avec 12,72% des voix contre 20,30% pour Messi et 47,85% pour Ronaldo, malgré le retour du vote des journalistes et la reprise en main du trophée par France Football.

2018 : l’éparpillement des champions du monde fatal à Griezmann

En 2018, Griezmann remporte la Coupe du monde avec les Bleus et marque quatre buts (dont trois pénalties), après avoir gagné la Ligue Europa avec l’Atlético contre l’OM. Son heure est-elle venue ? Toujours pas. Il est doublé dans le vote des journalistes par le Croate Luka Modric (26,14%) et le Portugais Cristiano Ronaldo (16,52%), tous deux vainqueurs de la Ligue des Champions avec le Real. Griezmann termine troisième (avec 14,37% des voix) juste devant Kylian Mbappé, alors que Raphaël Varane est septième, N’Golo Kanté onzième et Paul Pogba quinzième. Un éparpillement des voix chez les champions du monde qui sera fatal au Mâconnais.

2021 : Benzema sous le podium

Son année remarquable dans le jeu mais pas dans le palmarès (la Ligue des Nations avec l’équipe de France, et c’est tout) n’a pas suffi : s’il a atteint un niveau qui le place, à 34 ans, parmi les meilleurs attaquants du monde, Karim Benzema (4e) a été devancé par l’Italien Jorginho, le Polonais Lewandowski et l’Argentin Messi, titré pour la septième fois. Juste derrière lui, on retrouve N’Golo Kanté (5e) et un peu plus loin, Kylian Mbappé (9e). Il y a fort à parier que s’ils sont champions du monde au Qatar dans un an, les Bleus seront mieux placés, et l’un d’eux candidat au titre.

pour finir...

Ajout de Just Fontaine et Eric Cantona après la remarque judicieuse de Richard Coudrais, rédacteur de Loire-Atlantique (et pas lecteur du Var ;-)

Vos commentaires

  • Le 2 novembre 2018 à 02:34, par Tran Quang Nhi En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    En 2003, c’est le Milan AC qui gagne la ligue des champions contre une Juventus privée de Nedved dont l’absence a impacté sur le jeu de la Juve en finale.

  • Le 2 novembre 2018 à 08:22, par Bruno Colombari En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    En effet. J’ai corrigé. Merci !

  • Le 12 novembre 2018 à 00:41, par Tran Quang Nhi En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    Je ne sais pas si il aurait pu obtenir un meilleur score que ça ou si l’écart avec Roberto Baggio (134pts) & Denis Bergkamps (83pts) aurait été moins conséquent si la France s’était qualifié pour la coupe du monde 1994 & que Manchester Utd serait qualifié pour la phase à 8 de la champions league 1993-94, mais en 1993, Eric Cantona a terminé 3ème au ballon d’or avec 34pts, je devine que si il a terminé à cette place c’est dû à sa contribution au titre de champion de manchester, le premier depuis plus de 25 ans

  • Le 12 novembre 2018 à 00:47, par Tran Quang Nhi En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    En 1980, sans jouer l’Euro en Italie, Platini a terminé 3ème avec 33pts bien loin derrière Rummenigge avec 122 pts, cependant il était à 1pt de Schuster le 2ème avec 34pts. Difficile de rivalister avec Rummenigge sans jouer l’Euro qui lui a gagné cette compétition.

  • Le 12 novembre 2018 à 00:50, par Tran Quang Nhi En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    Pour le ballon d’or 1982, je ne crois pas que Giresse était si proche que ça de le gagner, en regardant le score, il y avait plus de 50 pts d’écart avec Paolo Rossi (115pts contre 64pts) & que Rossi a été sollicité à la 1ère place 21x contre 0 pour Giresse. Par contre Bruno Conti qui n’a terminé seulement 5ème avec 48pts a été sollicité 5x à la 1ère place.

  • Le 12 novembre 2018 à 00:59, par Tran Quang Nhi En réponse à : Giresse, Henry, Ribéry : ces Bleus qui ont frôlé le Ballon d’or

    Pour le ballon d’or 1997, comme pour Platini en 1980, Zidane termine 3ème bien loin de Ronaldo (222pts contre 63pts), cependant il était 5 pts de la 2ème place.
    Malgré une bonne année 1997 avec un titre de champion & une place de finaliste de C1 avec la Juve ce n’était pas possible pour Zidane de rivaliser cette année avec Ronaldo qui a eu comme palmarès en 1997 : vice champion d’Espagne, vainqueur de la coupe d’Espagne & de la coupe d’Europe des vainqueurs de coupes avec le Barça, vainqueur de la coupe de la copa america & de la coupe des confédérations avec un grosse contribution de 9 buts pour les 2 compétitions gagnées par le Brésil plus le titre de meilleur buteur du championnat d’Espagne & on ajoute la bonne 1ère moitié de la saison 1997-98 avec l’Inter.

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