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1986, une année dans le siècle

Publié le 15 octobre 2016, mis à jour le 11 décembre 2016

Du soleil de Guadalajara à la nuit noire de Leipzig, de Michel Platini à Philippe Jeannol, des adieux de Giresse aux débuts de Papin, c’était 1986, l’année de Tchernobyl et de la mort de Coluche.

Le contexte historique

JPEG - 60.9 koEn France, le printemps est marqué par la première cohabitation de la Ve République : la droite gagne les législatives de mars et Jacques Chirac est nommé premier ministre par François Mitterrand. A l’automne, après une vague d’attentats dont le dernier, celui de la rue de Rennes à Paris, fait 7 morts et 55 blessés, les étudiants et lycéens manifestent contre la loi Devaquet qui instaure la sélection à l’université. La répression policière fait un mort, Malik Oussekine le 6 décembre.
L’Espagne et le Portugal entrent dans la Communauté économique européenne qui compte désormais 12 membres.
Le 28 janvier, l’explosion de la navelle spatiale Challenger en Floride marque un coup d’arrêt dans le programme spatial de la NASA.
Le 26 avril, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, explose. C’est la plus grosse catastrophe nucléaire de l’histoire, entraînant l’évacuation de 200 000 personnes et le décès d’environ 90 000 autres. Toujours en avril, un raid américain à Tripoli en Lybie vise Kadhafi sans l’atteindre.
1986 est enfin marquée par les décès prématurés de Daniel Balavoine (33 ans, accident d’hélicoptère) en janvier, Coluche (41 ans, accident de moto) en juin et Thierry Le Luron (34 ans, sida) en novembre.

Le contexte sportif

Platini contre Maradona : les deux meilleurs joueurs du monde vont s’affronter au Mexique comme ils le font depuis deux ans dans le championnat d’Italie avec Naples et la Juventus. Le Brésil de Tele Santana pourrait jouer les arbitres, comme l’URSS de Valeri Lobanovski basée sur le Dynamo Kiev qui fait une démonstration en finale de coupe des coupes à Lyon contre l’Atletico Madrid. Les Roumains du Steaua Bucarest créent une énorme surprise en sortant le FC Barcelone en finale de la coupe des champions. En France, le Paris Saint Germain gagne son premier titre grâce à son quatuor Bats-Fernandez-Susic-Rocheteau et son entraîneur Gérard Houllier venu de Lens.

Le sélectionneur en poste

Alors qu’il a hérité des champions d’Europe de Michel Hidalgo à l’automne 1984, Henri Michel gère au Mexique sa première phase finale en tant que sélectionneur, même s’il avait dirigé l’équipe de France olympique à Los Angeles. La transition s’est faite en douceur, et s’il confirme Yannick Stopyra devant et installe Bossis et Battiston en charnière centrale, sa seule trouvaille est Jean-Pierre Papin, qui mettra du temps à confirmer. Il manque de chance avec la blessure au genou de José Touré en mars, qui le prive d’un atout majeur en attaque. Et il gèrera plutôt mal la succession de Platini et Giresse, ni Ferreri ni Vercuysse ne confirmant les promesses du printemps.

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Le récit de l’année

Tout commence par un soir glacé de février, tellement froid que la pelouse du Parc est transformée en patinoire. Jean-Pierre Papin, l’avant-centre de Bruges, fait ses débuts en Bleu contre l’Irlande du Nord et malgré une domination quasi exclusive, rien n’est marqué (0-0). Hormis Tigana (remplacé par Tusseau), l’équipe de France est en configuration Mundial.

Ce n’est plus le cas un mois plus tard contre l’Argentine de Maradona dans ce qui ressemble à une finale possible. Giresse, Platini et Papin ne sont pas présents, remplacés par Ferreri, Vercruysse et Xuereb, qui jouent leur place dans la liste des 22. Et ils l’obtiennent au terme d’une belle victoire (2-0) qui va laisser plus de promesses qu’elle ne pourra en tenir. La succession est prête, pouvait-on lire le lendemain dans la presse. On en reparlera.

La coupe du monde commence péniblement à Leon contre le Canada le 1er juin. L’écart entre les deux sélections est énorme (les Canadiens n’ont que 18 joueurs sur leur liste) et incontestable, et hormis un coup de chaud en début de match (sauvetage de Bossis sur la ligne), les occasions françaises pleuvent sur le but de Dolan. Jean-Pierre Papin en vendange à lui seul une demi-douzaine par précipitation, maladresse ou malchance. Il finit quand même par en convertir une, de la tête à bout portant sur une remise de Stopyra (79e, 1-0).
 


 
Trois jours plus tard, l’URSS de Belanov, Dassaev et Zavarov est autrement plus forte et domine d’entrée des Bleus très prudents (Bossis stoppeur au marquage de Belanov) qui se montrent passés les trente premières minutes, Platini trouvant l’équerre sur coup-franc. En début de deuxième mi-temps, un tir violent de Rats traverse la défense et finit dans les filets, mais les Bleus réagissent immédiatement par Fernandez sur une ouverture de Giresse (62e, 1-1). Le nul est équitable, mais n’est pas suffisant pour assurer la qualification. Ce sera chose faite contre une équipe hongroise limitée (3-0) avec au passage le premier et dernier but de Jean Tigana en sélection.
 


 
Le huitième de finale au stade olympique de Mexico offre les champions du monde en titre italiens aux Français, et ce n’est pas un cadeau. Mais Platini les connaît par cœur, et leur pourrit la vie d’entrée de jeu grâce à une offrande de Rocheteau, préféré à Papin en pointe (15e, 1-0). Bossis ne fait qu’une bouchée d’Altobelli, le duo Fernandez-Tigana fait la loi au milieu et Stopyra, encore servi par Rocheteau, achève la Squadra Azurra (57e, 2-0).
 


 
Vient alors un autre col hors catégorie, le Brésil à Guadalajara en quarts le 21 juin, pour l’anniversaire de Michel Platini. Celui-ci n’est pas en forme, tout comme Giresse qui commence à tirer la langue, et il faut une immense défense française et un Joël Bats imprenable pour résister aux vagues brésiliennes. Careca ouvre le score sur un décalage d’école (15e, 0-1) mais Platini égalise avant la mi-temps. Le reste appartient à la légende, le pénalty de Zico sorti par Bats, la tête de Careca sur la barre, le sauvetage de Bats sur une tête de Zico, la percée de Tigana, le ceinturage de Bellone par Carlos, les tirs au but... Ce jour-là, il n’aurait pas dû y avoir de vainqueur ou plutôt il aurait dû y en avoir deux. C’était une finale arrivée trop tôt dans le tournoi.
 


 
L’équipe de France est en demi, mais elle a laissé trop de forces, physiques et mentales, et n’a plus l’influx et le sang-froid nécessaire pour battre une RFA sans génie mais solide. Un but de Brehme sur coup franc (9e, 0-1) suffit pour cisailler le moral des Bleus qui poussent sans lucidité et s’énervent avant de céder dans les arrêts de jeu (Völler, 90e, 0-2). C’est fini pour la génération Platini, qui décroche quand même la troisième place contre la Belgique (4-2).
 


 
Au mois d’août, la reprise est difficile contre la Suisse (0-2) alors que la moitié de l’équipe a mis fin à sa carrière internationale ou boude la sélection. Thouvenel et Boli inquiètent derrière et Buscher n’impressionne pas devant. En septembre en Islande, pour commencer les éliminatoires de l’Euro, Tigana et Fernandez sont de retour mais pas Platini. Stéphane Paille est aligné en pointe aux côtés de Stopyra, mais rien ne passe (0-0) et on commence à s’inquiéter.

Contre l’URSS en octobre au Parc, les doutes se confirment : avec une charnière centrale expérimentale Jeannol-Boli, les Bleus sont surclassés par des Soviétiques qui confirment leur brillant Mondial. Deux démonstrations collectives après l’heure de jeu (Belanov 67e, Rats 73e) mettent à genoux l’équipe de France qui dès lors n’y croit plus. D’autant qu’elle ne fait pas mieux à Leipzig contre la RDA en novembre (0-0) malgré le retour de Platini et le passage à une défense à cinq. Le Roux et Papin ont deux occasions franches mais ne les transforment pas. Les Bleus viennent d’enchaîner quatre matchs d’après-Mondial : deux nuls, deux défaites, zéro but marqué. La fin d’une époque.
 


 

La révélation de l’année

Jean-Pierre Papin n’a pas joué une seule fois en première division française quand Henri Michel fait appel à lui en février contre l’Irlande du Nord. Avec son profil atypique d’avant-centre buteur, le natif de Boulogne sur Mer est du genre fonceur et brille sous les couleurs du FC Bruges. Sans le forfait de José Touré, il est possible qu’il n’aurait pas été appelé pour la coupe du monde au Mexique. S’il est titulaire au premier tour, son manque d’efficacité (un but et pléthore d’occasions manquée contre le Canada) le renvoit sur le banc à partir des huitièmes de finale. On ne le reverra que face à la Belgique pour la troisième place, où il marque à nouveau. A l’automne, il est titulaire devant mais ne marque toujours pas. Il faudra attendre l’association avec Cantona, à partir de 1989, pour le voir devenir un des meilleurs buteurs des Bleus (30 buts en 54 sélections).

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Les joueurs de l’année

29 joueurs sont appelés en sélection pour cette année mondiale à 13 matchs. Manuel Amoros est le seul à les avoir tous disputés, ne manquant que 22 minutes en amical contre la Suisse. Bats, Tigana et Battiston en ont joué 12, Stopyra 11, Fernandez et Platini 10.
Basile Boli, Jean-Pierre Papin et Stéphane Paille ont fait leurs débuts, alors que Dominique Rocheteau, Alain Giresse, Bernard Genghini et Maxime Bossis ont quitté la sélection. Albert Rust et Philippe Jeannol n’ont fait que passer, avec une première sélection qui fut aussi la dernière.

Les buteurs de l’année

Aucun joueur n’a inscrit plus de deux buts en 1986. Michel Platini, Yannick Stopyra, Jean-Pierre Papin et Jean-Marc Ferreri ont marqué deux fois. A noter les seuls buts en sélection de Manuel Amoros (contre la Belgique) et de Jean Tigana (face à la Hongrie).

Carnet bleu

Naissances de Younès Kaboul (4 janvier), Yohan Cabaye (14 janvier), Abou Diaby (11 mai), Charles N’Zogbia (28 mai), Yoann Gourcuff (11 juillet), Stéphane Ruffier (27 septembre), Olivier Giroud (30 septembre) et Hugo Lloris (26 décembre).

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Décès de Joseph Kaucsar (1er janvier), Michel Brusseaux (1er mars), Etienne Mattler (23 mars), André Tassin (12 juillet), Jean Gauteroux (14 octobre) et Ernest Gross (8 décembre).



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