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1993, une année dans le siècle

Publié le 30 novembre 2013, mis à jour le 25 janvier 2016

Bon, d’accord, Kostadinov a mis le point final à une année maudite. Mais avant, il y avait eu cinq victoires, quelques matches maîtrisés, l’éclosion de Lama et Desailly et la naissance de Pogba et Varane.

Le contexte historique

JPEG - 64.1 koA Moscou, un putsch organisé par les conservateurs est écrasé par l’armée qui soutient Boris Eltsine, le Parlement russe ayant même été bombardé le 4 octobre. Quelques jours avant, le 13 septembre, poignée de mains historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat à Washington, à l’initiative de Bill Clinton. Le 26 février, une bombe explose dans les sous-sols du World Trade Center à New York, faisant cinq morts et un millier de blessés. Pierre Bérégovoy, premier ministre sortant, se suicide le 1er mai. Le 29 mars, la Chine inscrit le principe de l’économie socialiste de marché dans sa constitution. Le 6 avril, en Bosnie, le HCR évacue 10 000 civils de la zone de Srebrenica. Le 15 octobre, Nelson Mandela et Fréderik De Klerk sont Prix Nobel de la paix. Federico Fellini disparaît le 31 octobre.

Le contexte sportif

Il aura fallu le temps, mais un club français a fini par gagner la ligue des champions. C’est l’OM de Raymond Goethals et de Bernard Tapie qui l’emporte face au grand Milan AC, juste avant que l’affaire de Valenciennes n’écroule l’édifice. En championnat, la rivalité OM-PSG est exacerbée par les dirigeants respectifs, contribuant à créer un climat de plus en plus lourd en équipe de France entre Parisiens et (anciens et actuels) Marseillais. Le PSG bénéficiera d’ailleurs du délitement du club marseillais pour prendre l’avantage en championnat de France.

Le sélectionneur en poste

Après des débuts très délicats à l’été 1992 (deux défaites contre le Brésil et la Bulgarie), Gérard Houllier semble avoir pris la mesure de son poste. Plus l’année avance, plus l’équipe engendre de bons résultats et plus le sélectionneur est confiant. Un peu trop, sans doute, quand arrive le mois d’octobre et que l’équipe est minée par des tensions entre joueurs et des conflits d’égo. Déjà...

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Le récit de l’année

Tout commence à la fin de l’hiver, à Ramat Gan où les Bleus affrontent Israël pour la première fois de leur histoire. Il s’agit d’engranger une troisième victoire d’affilée en phase qualificative pour la World Cup 1994. Au bout d’une demi-heure, l’équipe de France a pris la mesure de son adversaire par Cantona (27e), mais ne se mettra à l’abri que bien plus tard sur une tête de Laurent Blanc (62e). Lequel Blanc doublera la mise à six minutes de la fin, avant qu’Alain Roche ne donne au score une dimension flatteuse (89e, 4-0). Le milieu plutôt défensif (Le Guen, Sauzée, Deschamps) a plutôt bien fonctionné, mais l’attaque Ginola-Papin-Cantona n’a pas été particulièrement efficace. Un mois plus tard à Vienne, les Bleus assurent un service minimum contre une Autriche inoffensive sur un petit but de Papin (1-0). Cantona forfait, c’est Xavier Gravelaine qui joue en second attaquant.

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Le 28 mars, c’est un match déjà décisif qui se joue au Parc contre la Suède, favori du groupe. Après un quart d’heure, les Suédois marquent par Dahlin sur une mésentente entre Boli et Lama. Ginola obtient toutefois un pénalty en fin de première période que Cantona transforme (1-1). Le meneur de jeu auxerrois Corentin Martins permet aux Bleus de porter le danger en deuxième mi-temps, et à huit minutes de la fin, Cantona arrache la victoire d’un pointu dans la surface alors que les Suédois jouaient le hors-jeu (2-1).

Pour préparer le match retour qui aura lieu fin août, les Bleus jouent un match amical le 28 juillet à Caen contre la Russie. Celle-ci, déjà qualifiée pour les Etats-Unis, est nettement moins forte que l’équipe d’URSS qui a tant fait souffrir l’équipe de France. Avec Martins en meneur excentré et deux attaquants de pointe (Papin et Cantona), les Bleus maîtrisent leur sujet et mènent 3-1 à la mi-temps sur des buts de Sauzée (16e), Cantona (20e) et Papin (36e), alors que Blanc a dévié un ballon de l’épaule dans le but de Martini (23e), remplacé à la mi-temps par Lama.

Le 22 août à Solna, c’est un bras de fer qui se joue entre Français et Suédois. Avec un milieu de poètes composé de Deschamps, Le Guen et Sauzée auquel Pedros donne une petite touche technique, les Bleus tiennent le choc et ouvrent même le score par un missile de Sauzée à un quart d’heure de la fin. Cette sixième victoire d’affilée qui leur tend les bras va pourtant s’envoler dans les trois dernières minutes par un but de l’inévitable Martin Dahlin (1-1).

La qualification n’est que partie remise : à Tampere contre la Finlande, les deux équipes se neutralisent jusqu’à la mi-temps et une accélération soudaine des Bleus sur une tête de Laurent Blanc (47e) et un pénalty de Papin suite à une faute sur lui-même (55e). A 2-0, la fin du match n’est qu’une formalité.

Le billet direct pour les USA doit être acquis le 13 octobre au Parc contre une équipe israélienne inoffensive. Pourtant, c’est Ronan Harazi qui ouvre le score sur une erreur d’évaluation de Bernard Lama (21e). Un petit contretemps, on se dit, d’autant que sous une pluie battante, Franck Sauzée (29e) et David Ginola (39e) donnent l’avantage aux Bleus avant la mi-temps. Un troisième but pliera le match, c’est sûr. Dommage qu’il ne soit jamais venu. Les Bleus se créent des occasions mais sont dans un jour sans, le gardien Ginzburg est dans un grand soir, Cantona et Papin manquent le cadre et ce qui devait arriver arriva : à sept minutes de la fin, un cafouillage dans la surface française se termine par un tir de Berkovitch que Desailly semble pouvoir dégager sur la ligne avant de perdre l’équilibre et de rentrer dans la cage avec le ballon. Ça ne veut pas. Obligés de se découvrir pour reprendre l’avantage, les Bleus se font contrer à la 93e minute sur une volée de Atar (2-3). Tout est en place pour la catastrophe finale.

On pourrait penser qu’un tel loupé aurait servi de leçon à l’équipe de France avant de recevoir, le 17 novembre, la Bulgarie pour un match décisif. D’autant qu’un nul suffit aux Bleus pour se qualifier. Lorsque Cantona ouvre le score à la 32e, on se dit que cette fois, c’est la bonne. Pas vraiment : il ne faut que cinq minutes à Kostadinov pour égaliser et remettre la pression dans le camp français. Peu après l’heure de jeu, un Papin transparent est remplacé par celui qui s’étonnait, la veille du match, de n’être pas titulaire : David Ginola. La suite a été tellement racontée dans les moindres détails qu’il n’est pas utile de le refaire ici. A vingt secondes de la fin du temps réglementaire, coup-franc pour les Bleus près du corner bulgare, Guérin passe à Ginola qui tente un centre hasardeux sur lequel se déclenche l’ultime contre bulgare avec au bout une frappe victorieuse de Kostanidov (1-2). Adieu l’Amérique, adieu Gérard Houllier, adieu David Ginola.

La révélation de l’année

Marcel Desailly a déjà presque 25 ans quand Gérard Houllier l’appelle pour jouer contre la Suède au mois d’août. Il est aligné arrière droit, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne va pas faire des étincelles à ce poste. Mais c’est en club que le grand Marcel a explosé en 1993. Avec l’OM tout d’abord, et une Ligue des Champions en mai où il a éteint en finale Marco Van Basten et Jean-Pierre Papin, excusez du peu. Puis au Milan AC, qu’il rejoint en novembre et avec qui il va gagner une nouvelle coupe d’Europe en 1994. Personne ne peut imaginer à ce moment-là qu’il terminerait sa carrière recordman des sélections en Bleu, avant d’être rejoint puis dépassé par Lilian Thuram et Thierry Henry.

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Les joueurs de l’année

Le groupe constitué par Gérard Houllier est plutôt restreint : 23 joueurs seulement ont participé à au moins l’un des huit matches de l’année. Bernard Lama, Laurent Blanc, Paul Le Guen, Didier Deschamps et Franck Sauzée ont joué tous les matches, ce qui fait déjà plus de la moitié d’une équipe-type. Emmanuel Petit, Alain Roche, Jean-Pierre Papin et Eric Cantona ont quant à eux manqué qu’une seule rencontre.

Quatre joueurs terminent en 1993 leur carrière internationale : Franck Sauzée, Basile Boli, Jean-Luc Dogon et Xavier Gravelaine.

Six autres la débutent : Marcel Desailly, Vincent Guérin, Corentin Martins, Paul Le Guen, Youri Djorkaeff et Bernard Lama, auxquels il faut ajouter Dogon qui n’a fait que passer.

Les buteurs de l’année

Eric Cantona a marqué six fois en 1993, deux fois plus que Franck Sauzée et Laurent Blanc. Jean-Pierre Papin n’a trouvé les filets adverses que deux fois, David Ginola et Alain Roche une fois.

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Carnet bleu

Naissance de Geoffrey Kondogbia (15 février), Paul Pogba (15 mars), Raphaël Varane (25 avril)

Décès de Hector de Bourgoing (24 janvier), André Chardar (13 avril)



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