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Ça va finir aux tirs au but : brève histoire des onze mètres (2)

Publié le 27 avril 2013, mis à jour le 28 mars 2016

C’est la version foot de la roulette russe : cinq balles sur le point de pénalty, et en général une qui ne rentre pas. Quatre fois sur huit, les Bleus s’en sont sortis à cette loterie. Suite et fin de notre histoire des onze mètres.

Si la panenka d’Antonin est entrée dans l’histoire, c’est bien sûr pour son innovation technique, mais aussi parce qu’elle concluait la première séance des tirs au but de l’histoire, en finale de la coupe d’Europe des Nations 1976 (Tchécoslovaquie-RFA). Lors du Mundial 1978, il n’y avait pas de quarts ni de demi-finales et la finale s’est conclue en prolongations (Argentine-Pays Bas, 3-1). Lors de l’Euro 80, rebelote, pas de demi-finales et une finale terminée dans le temps réglementaire.

Platini, les poings serrés

Nous voici donc au Mundial 82. Les demi-finales sont rétablies après le second tour. Lors de la première, l’Italie bat la Pologne 2-0. Vient le tour de France-RFA à Séville. Après l’invraisemblable scénario des prolongations, où quatre buts sont inscrits en 17 minutes, arrive donc la première séance de tirs au but de l’histoire de la coupe du monde. Les Bleus sont si épuisés qu’on voit mal comment Michel Hidalgo va faire pour trouver cinq volontaires. Ce sera donc Giresse, Amoros, Rocheteau, Six et Platini. Les trois premiers marquent (avec une mention spéciale à Amoros qui n’a que vingt ans et dont le calme est sidérant). En face, Stielike vient de tirer sur Ettori et Six, qui joue alors à Stuttgart, a l’occasion de donner un avantage quasi-définitif aux Bleus. Mais sa frappe du gauche est renvoyée par Schumacher, et Platini termine les poings serrés en lâchant un « fais chier ! » alors qu’il pensait envoyer les Bleus en finale. La suite, on la connaît, Max Bossis n’appuie pas assez sa frappe, Schumacher repousse et c’est terminé.
 


 

Bellone s’énerve et joue au billard

Quatre ans plus tard, c’est au terme de ce qui restera sans doute comme le plus grand match de son histoire que l’équipe de France se retrouve à l’épreuve des tirs au but contre le Brésil. Qu’elle en soit arrivée là tient du miracle, tant les Auriverde ont dominé et se sont créé des occasions à la pelle. Mais Bats et les poteaux se sont toujours trouvés sur la trajectoire, et ça continue pendant la séance de tirs au but. La frappe sans élan de Socrates est repoussée par le gardien d’Auxerre. Stopyra et Amoros, toujours lui, transforment leur tentative. Quand vient le tour de Bellone, on n’est pas rassuré, et l’attaquant monégasque non plus. Mais le gardien brésilien Carlos crache sur le ballon, ce qui met en rage le gaucher qui allume un pétard. Poteau, ricochet sur la tête du gardien et but. Histoire de pimenter un peu la sauce, Platini dont c’est l’anniversaire tire au-dessus de la lucarne, mais Julio Cesar trouve le poteau de Bats juste après. Il ne reste plus à Luis Fernandez qu’à finir le travail.
 


 

Quatre fois zéro, triste Euro

Si l’adrénaline est la plupart du temps à son maximum dans ce genre d’épreuve, il arrive pourtant que ce ne soit pas le cas. Lors de l’Euro 96 en Angleterre, les Bleus de Jacquet ont trouvé la défense qui fera merveille pendant quatre ans, mais l’attaque est en panne, pas aidée par un Zidane hors de forme. En quarts de finale contre les Pays-Bas, il ne se passe pas grand chose hormis un coup-franc hollandais sur le poteau à cinq minutes de la fin (suite à une main de Desailly à la limite de la surface de réparation) et un face-à-face Seedorf-Lama à la dernière minute. Les prolongations ne donnent rien. Et comme le tir au but de Seedorf est repoussé par Lama, voilà les Bleus en demi-finale.

Contre la République tchèque dans un stade d’Old Trafford aux deux-tiers vide, les Bleus sont privés de Deschamps et Desailly joue au milieu. Là non plus, il ne se passe rien hormis un tir de Djorkaeff sur la barre à l’heure de jeu. Au bout d’un ennui considérable, et d’un nouveau 0-0, les tirs au but se profilent. Jacquet fait tirer les mêmes et dans le même ordre (Zidane, Djorkaeff, Lizarazu, Guérin et Blanc) et comme trois jours plus tôt, ils marquent tous. Les Tchèques aussi. Cette fichue demi-finale n’en finira donc jamais ? Reynald Pedros se dévoue et fait une Bossis en tirant sur Kouba. Les Bleus sont éliminés après quatre heures consécutives à bétonner, en ne cadrant qu’un seul tir en deux matches.

[Mise à jour :]
La cinquième épreuve est passée tellement inaperçue qu’elle ne figure même pas sur le site de la FFF, et pas plus sur le pourtant très documenté footballdatabase.eu. Autant dire qu’il faut chercher à la loupe pour trouver l’ordre des tireurs. Merci au passage à Matthieu Delahais pour m’avoir signalé cet oubli. Après un 2-2 contre le Maroc lors du tournoi Hassan II, comme le réglement le prévoit, un vainqueur doit être désigné par une séance de tirs aux but sans prolongation. Les cinq premiers tireurs français marquent (Blanc, Lebœuf, Trezeguet, Pires et Vieira). Puis vient le tour de Youri Djorkaeff, qui échoue. Les Bleus ont une deuxième chance à la mort subite, mais Vincent Candela ne fait pas mieux.

La baraka monégasque

Il en faut plus pour dissuader Aimé Jacquet décide de renouveler son dispositif Euro 96 ceinture et bretelles lors du quart de finale mondial contre l’Italie le 3 juillet 1998. Avec un milieu à trois récupérateurs (Karembeu, Deschamps, Petit) et un seul attaquant de pointe (Guivarc’h), les Bleus résistent bien mais peinent à se montrer dangereux devant. En prolongations, c’est même Roberto Baggio qui manque de quelques centimètres la cage de Barthez qui était battu. Lors de la séance des tirs au but, Zidane marque le premier, Baggio égalise. Mais Lizarazu échoue et l’Italie prend l’avantage par Albertini. Autant dire que la pression est terrible pour Trezeguet et Henry, vingt ans chacun, mais il en faut plus que ça pour impressionner les Monégasques. D’autant qu’Albertini a vu son tir repoussé par Barthez. Laurent Blanc redonne l’avantage aux Bleus, et la frappe de Di Biagio tape la transversale. Barthez n’a pas encore réalisé que la séance était finie.
 


 

La septième séance de tirs au but intervient au terme d’un match amical, en préparation de l’Euro 2000 au Maroc, toujours au tournoi Hassan II. Au terme d’un 2-2 contre le Japon, comme il faut un vainqueur, les tirs au but sont organisés sans prolongation. Les Bleus l’emportent en quatre tirs. Les Japonais ont touché deux fois la transversale, décidément la meilleure amie de Barthez dans cet exercice.

Gallas, tireur virtuel

La toute dernière épreuve, à ce jour, est bien sûr celle de Berlin le 9 juillet 2006. Jouer une finale de coupe du monde au tirs au but, voilà une idée franchement stupide, alors qu’il serait tout à fait possible de rejouer la finale trois jours plus tard, le tournoi étant terminé. En tout état de cause, ce sont bien les Italiens qui sont ravis d’être encore vivants après deux heures de jeu qu’ils finissent sur les rotules. Ils ont survécu à la panenka de Zidane après sept minutes, ils ont vu une tête de Toni repoussée par la barre de Barthez (encore !) au plus fort de leur domination en première période, ils ont soufflé un grand coup quand Buffon a sorti une tête de Zidane en prolongations et ils ont serré les fesses quand, sur un dernier contre, Wiltord a tenté en vain de redresser un centre pour Trezeguet tout seul dans la surface.

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Mais les Bleus ont perdu Vieira sur blessure en début de deuxième mi-temps, et quand la séance de tirs au but arrivent, ils ne sont plus dans le match. Zidane a été exclu dix minutes plus tôt, et comme Henry et Ribéry sont sortis, leur moral est dans les chaussettes. Domenech désigne les deux attaquants remplaçants Wiltord et Trezeguet, et trois défenseurs (!), Abidal, Sagnol et Gallas (Malouda se faisant oublier). Mais comme la transversale repousse (devant la ligne cette fois) la frappe de Trezeguet, et que les Italiens font un sans-faute, la série se termine à 5-3 et Gallas ne tire pas. Les Italiens tiennent une double revanche, celle de la finale perdue en 2000 (sur un but en or de Trezeguet) et celle de 1998 pour les tirs au but.

Si Zidane avait été là...

C’est Laurent Blanc qui détient le record de tirs au but réussis, avec quatre tentatives entre 1996 et 1998. Youri Djorkaeff en a lui aussi tiré quatre mais il en a manqué un, certes anecdotique contre le Maroc. Enfin, Zinedine Zidane en a réussi trois sur trois (96 et 98), toujours en premier tireur. Il aurait pu faire aussi bien que Blanc s’il n’avait pas été exclu en prolongations à Berlin. Et si ce soir-là il avait tiré le premier, Trezeguet aurait tiré en troisième position, comme il l’avait fait précédemment contre le Maroc et l’Italie en 1998.

Dans le tableau ci-dessous, les tireurs ayant échoué figurent en rouge. On constate que les échecs se concentrent sur les deuxièmes (Lizarazu en 1998, Trezeguet en 2006), quatrièmes (Six en 1982, Platini en 1986) et sixièmes tireurs (Bossis en 1982, Pedros en 1996 et Djorkaeff en 1998). Et que la séance des tirs au but est vraiment une loterie avec une chance sur deux de passer : les Bleus l’ont emporté quatre fois sur huit, mais si on écarte les deux matches du tournoi Hassan II en 1998 (Maroc, perdu) et en 2000 (Japon, gagné), ils ne s’en sont sortis que trois fois sur six en phase finale. Et à chaque fois en quart de finale (1986, 1996 et 1998). Dans le dernier carré, la séance a été systématiquement fatale (demi-finales 1982 et 1996, finale 2006). Conclusion : au Brésil l’an prochain, merci de terminer vite le travail au-delà des quarts de finale.

type dateadversaire tirs au but série initiale mort subite
CM 08/07/1982 Allemagne 4-5 Giresse

Amoros

Rocheteau

Six

Platini

Bossis
CM 21/06/1986 Brésil 4-3 Stopyra

Amoros

Bellone

Platini

Fernandez

Euro 22/06/1996 Pays-Bas 5-4 Zidane

Djorkaeff

Lizarazu

Guérin

Blanc

Euro 26/06/1996 Rep. Tchèque 5-6 Zidane

Djorkaeff

Lizarazu

Guérin

Blanc

Pedros
Tournoi Hassan II 29/05/1998 Maroc 5-6 Blanc

Lebœuf

Trezeguet

Pires

Vieira

Djorkaeff

Candela

CM 03/07/1998 Italie 4-3 Zidane

Lizarazu

Trezeguet

Henry

Blanc

Tournoi Hassan II 04/06/2000 Japon 4-2 Djorkaeff

Anelka

Henry

Lebœuf

CM 09/07/2006 Italie 3-5 Wiltord

Trezeguet

Abidal

Sagnol



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