Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

Publié le 18 juillet 2022 - Bruno Colombari - 8

Successeur de Michel Hidalgo, qu’il a prolongé jusqu’à la Coupe du monde au Mexique, Henri Michel a très peu innové en sélection, son principal apport étant Jean-Pierre Papin. Il est même à l’origine de deux compositions inédites dans l’histoire des Bleus.

3 minutes de lecture

Si on peut dire que Roger Lemerre a suivi les traces d’Aimé Jacquet (et d’une certaine façon aussi, de Gérard Houllier), Henri Michel doit tout à Michel Hidalgo. C’est ce dernier qui l’a choisi comme successeur, et qui a laissé sa marque pendant les quatre ans de mandat de l’ex-Nantais.

A l’inverse de Raymond Domenech, et comme Jacques Santini, Henri Michel a gagné un titre mineur avec les Bleus. Pas l’or olympique, puisque ce n’était pas l’équipe de France A, mais la Coupe intercontinentale contre l’Uruguay, sur un match, en août 1985. Ce n’est pas ce qui était attendu de lui, mais il échouera un an plus tard au Mexique (demi-finale perdue contre la RFA) et ne qualifiera pas les Bleus pour l’Euro 1988 en Allemagne.

En 36 matchs dirigés entre octobre 1984 et octobre 1988, Henri Michel a fait appel à 54 joueurs (dont 26 nouveaux), et 52 d’entre eux ont été au moins une fois titulaires. Seuls Jean-Philippe Rohr et Patrick Delamontagne, lancé par Michel Hidalgo, n’ont été que remplaçants.

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Henri Michel n’a lancé que 25 joueurs parmi ses titulaires, soit un peu moins de la moitié. Le plus fréquent est Basile Boli (14) devant Jean-Pierre Papin (12), Gérald Passi (11) et Fabrice Poullain (10). Hormis Papin, donc, pas grand chose de notable. 5 des joueurs qu’il a lancés ne sont pas allés au-delà de la première sélection : Albert Rust, Philippe Jeannol, Rémi Vogel, Bruno Germain et Patrice Garande.

C’est autant que Michel Hidalgo, dont les principaux étaient tous présents à Guadalajara pour la demi-finale contre la RFA en juin 1986 : Amoros (34), Bats (30), Fernandez (26), Stopyra (20), Platini et Ayache (19).

Enfin, et contrairement aux sélectionneurs déjà étudiés, Henri Michel n’a fait appel qu’aux joueurs de ses deux prédécesseurs (contre trois), Stefan Kovacs étant le deuxième. Sa trace se limite à Alain Giresse et Dominique Rocheteau, qui arrêtent tous deux lors de la Coupe du monde au Mexique.

En cumul de sélections, la part des joueurs d’Henri Michel s’effondre. Ils ne représentent que 107 capes de titulaires, contre 267 aux hommes d’Hidalgo, et 22 pour ceux de Kovacs.

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Voyons maintenant la dataviz de ses 36 compositions d’équipe. Au survol de chaque point, vous pouvez voir le nom du joueur, quel sélectionneur l’a lancé, ainsi que la date et le score du match.

Lors de ses deux premières saisons, où il ne lance presque pas de nouveaux joueurs, Henri Michel se cale dans la roue d’Hidalgo. Il est l’héritier dans tous les sens du terme, poussant même le mimétisme dans le patronyme. C’est bien simple : sur ses 17 premières compositions d’équipe jusqu’à la demi-finale contre la RFA au Mexique, il n’appelle un des joueurs qu’il a lancés que 12 fois, sur un total de 187 titulaires. Ils sont si rares qu’on peut tous les lister : Michel Bibard, Didier Sénac, Fabrice Poullain et Jean-Pierre Papin. Des quatre, seul le dernier fera une grande carrière en sélection, même s’il ne gagnera rien.

Mieux même : à huit reprises, aucun joueur lancé par Henri Michel ne figure dans le onze de départ. Ces matchs sont ceux contre la Yougoslavie en avril 1985, la Bulgarie en mai 1985, le Luxembourg octobre 1985, la Yougoslavie en novembre 1985, l’Argentine en mars 1986, l’Italie, le Brésil et l’Allemagne en juin 1986.

Parmi ces huit matchs-là, deux se distinguent particulièrement : le 2 mai 1985 à Sofia contre la Bulgarie et le 26 mars 1986 à Paris face à l’Argentine, pour la première fois depuis 1964, onze titulaires proviennent du même sélectionneur. Mais il s’agit de Michel Hidalgo, qui ne l’a jamais fait pendant les 8 années de son mandat. Contre la Bulgarie, la composition est la suivante :
Bats - Ayache, Specht, Bossis, Amoros - Tigana, Fernandez, Platini, Touré - Stopyra, Bellone.

Et face à l’Argentine, Michel retient cette équipe :
Bats - Ayache, Battiston, Bossis, Amoros - Tigana, Fernandez, Ferreri, Vercruysse - Xuereb, Bellone.

Ce n’est qu’au 18e match (pour la troisième place de la Coupe du monde face à la Belgique, juin 1986) qu’Henri Michel place 3 joueurs à lui (Rust, Bibard, Papin).

Il faut attendre octobre 1987 (27ème match contre la Norvège), pour qu’il atteigne la majorité (6/11) avec Martini, Boli, Sénac, Sonor, Cantona et Fargeon.

Une majorité bien fragile car atteinte 6 fois seulement, avec une pointe à neuf joueurs titulaires contre la Tchécoslovaquie en août 1988 (match qui a provoqué le clash entre Cantona et Michel). Sonor, Kastendeuch, Casoni, Pardo, Paille, Papin, Despeyroux, Passi, Sauzée sont ceux-là. Les deux autres sont Bats et Amoros.

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pour finir...

Merci à Gilles Colombari pour l’adaptation de la base de données.

Vos commentaires

  • Le 18 juillet à 09:33, par Richard Coudrais En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Cette série sur la part de joueurs lancés par un sélectionneur est intéressante pour ses chiffres mais les commentaires laissent circonspects. Ceux-ci laissent entendre que la qualité première d’un sélectionneur serait de faire jouer un maximum de joueurs à qui il a donné leur première sélection, ce qui reste à démontrer.

    Le sélectionneur n’est pas un découvreur de talents. Son rôle est de constituer la meilleure équipe possible. Chaque sélectionneur en outre arrive dans un contexte différent. A Jacquet et à Deschamps par exemple, on demande de reconstruire un groupe sur la durée. A Michel et à Lemerre, on demande de maintenir une équipe à son sommet. Pour les uns, il est demandé de faire table rase et à d’autres de ne surtout pas enrayer la belle machine.

    (...)

  • Le 18 juillet à 09:34, par Richard Coudrais En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    (...)

    Il y a beaucoup de données à pondérer et notamment la notion d’homme d’un sélectionneur souvent utilisée dans cette série. Dans l’équipe d’Henri Michel par exemple, on peut relever les présences de William Ayache et Yannick Stopyra. Le premier n’avait dû sa première (et seule) sélection sous Hidalgo qu’à une cascade de forfaits. Le second avait été convoqué pour une dizaine de matchs insignifiants mais Hidalgo l’oubliait pour les échéances importantes. Ayache et Stopyra sont donc devenus de véritables titulaires bleus sous Henri Michel. Ils peuvent difficilement être considérés comme des “hommes d’Hidalgo”.

    On pourrait étendre cette réflexion à des joueurs comme Henry, Trezeguet et Pirès, dont l’équipe de Jacquet a servi d’incubateur au talent, mais qui doivent leur rayonnement international à Lemerre. Idem pour Papin, décrit ici comme la seule bonne pioche de Henri Michel (quid de Cantona ?) alors qu’il n’est devenu le redoutable JPP que sous le sélectionneur Platini. On peut multiplier les exemples à l’infini : Rocheteau, Ginola, Djorkaeff…

    En somme, le nombre de joueurs primo-sélectionnés n’est en aucun cas un critère de jugement du travail du sélectionneur. Les chiffres sont ce qu’ils sont, incontestables par nature, mais leur analyse doit être pondérée par le contexte.

  • Le 18 juillet à 09:41, par Bruno Colombari En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    On est d’accord. Je n’en fait d’ailleurs pas un critère de jugement. Après, chacun peut se faire son opinion à partir des dataviz.

  • Le 18 juillet à 20:05, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Je pense pour juger que tel joueur est de tel sélectionneur ou tel sélectionneur a été le sélectionneur de tel joueur, il faut voir combien de sélection le joueur a joué sous la tutelle de tel sélectionneur (voire même le temps de jeu), et il faut voir le nombre de sélection gagné par le Joueur représente combien par rapport au temps que le sélectionneur était en place.

  • Le 18 juillet à 20:14, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Ex : Petit qui a connu 5 sélectionneurs (Platini, Houllier, Jacquet, Lemerre & Santini) au cours de sa carrière, il n’a que 4 sélections sous Platini (4/62 pour Petit, 4/29 pour Platini), 9 sous Houllier (9/62 pour Petit, 9/12 Pour Houllier), 13 sous Jacquet (13/62 pour Petit, 13/53 pour Jacquet), 34 sous Lemerre (34/62 pour Petit, 34/53 sous Lemerre), 3 sous Santini (3/62 pour Petit, 3/28 pour Santini), on peut conclure que Petit est un joueur de de Lemerre du fait que Petit a joué presque 75% des matches quand Lemerre étaient en place tout comme Lemerre a été son « sélectionneur » du fait qu’il a joué le plupart de ses sélections quand ce dernier était en place. Malgré qu’il represente seulement 15% de ses sélections (9/62)dans sa carrière, qu’il ait joué moins pour lui que quand Jacquet était en place & même par rapport Lemerre. On peut dire que Petit a été aussi un homme de Houllier & que ce dernier pourrait être son « selectionneur » du fait que Petit a joué 75% des matches quand Houllier était en place même si Houllier ne représente dans la carrière de Petit que 15% de sa carrière en sélection.

  • Le 18 juillet à 22:55, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Pour JPP, henri michel représente pour lui un peu moins de 30% de ses selections (16/54) , pour henri michel, jpp represente pour lui 44% des matches entraînés par lui (16/36), par contre entre la 1er selection de jpp au dernier match de henri michel, il y a eu 27 matches et vue que jpp a été repris 16x ca represente presque 60%. A défaut d’avoir été un joueur décisif, jpp est bien un joueur de michel tout comme henri michel est le selectionneur de jpp, c’est le meme cas avec jpp & platoche , par contre jpp etait un joueur de houllier mais houllier n’est pas son selectionneur

  • Le 19 juillet à 10:16, par Richard Coudrais En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Il n’est pas utile de déterminer à quel sélectionneur « appartient » un joueur, surtout dans le cas d’un mec à la carrière internationale plutôt longue comme Emmanuel Petit. Mon propos réagissait au terme d’« homme » de tel sélectionneur, attribué sur le seul critère de la première sélection, ce que je trouvais contestable. Après, inutile de se lancer dans des calculs alambiqués pour savoir qui « appartient » à qui. On s’éloigne du sujet.

  • Le 20 juillet à 19:30, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dataviz Michel : part des joueurs qu’il a lancés dans ses compositions

    Boli a quand même obtenu 45 sélections (autant que Cantona) en équipe nationale & les 15 sélections obtenus sous la tutelle de Michel par Boli représente quand même 30% des sélections dans sa carrière & 45% des matches dirigés par Michel. Et après la coupe du monde 86, Boli a joué presque la totalité des matches entre l’après coupe du monde 86 & le dernier match de Henri Michel.

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