David et Nicolas sont dans un bateau

Publié le 4 décembre 2010, mis à jour le 9 août 2017

Article initialement publié le 31 mars 2010 sur le site des Cahiers du football.

Surpris d’être alignés en même temps, Anelka et Trezeguet en ont oublié de jouer ensemble - Blanc-Deschamps, 5 septembre 2000 - Derniers appelés avant la liste : recalés, bouche-trou, météorites et futurs cadres...

Anelka-Trezeguet, chassé-croisé

Contrairement à ce qu’a affirmé Anelka la veille du match contre l’Angleterre [1], il n’a pas disputé beaucoup de matches avec David Trezeguet sous le maillot des A. En dix ans, ils ont participé ensemble à 16 rencontres, alors que le premier compte 45 sélections et le second 71.

Et encore, sur ces seize matches, Nico et David n’ont fait que se croiser à neuf reprises, où quand l’un quittait le terrain, l’autre y entrait. Ils se sont d’ailleurs mutuellement remplacés sept fois. Les débuts en sélection d’Anelka, contre la Suède en avril 1998, sont à l’image de la suite de leur histoire commune : titulaire au coup d’envoi, il sort à la 68e minute, sans avoir marqué, remplacé par Trezeguet qui ne marquera pas non plus.

Car les statistiques de leur association parlent d’elles-mêmes : les sept matches où ils ont été alignés en même temps (trois victoires, un nul, trois défaites) se réduisent à 308 minutes de jeu, à peine plus de cinq heures. Et ces cinq heures n’ont pas vraiment fait des étincelles : trois buts marqués en tout, deux pour Trezeguet, un pour Anelka, les trois en un seul match, dans la dernière demi-heure de France-Féroé d’octobre 2006. Entré en même temps qu’Anelka à la 61e minute, Trezeguet prolongera de la tête un corner de Malouda converti du gauche à bout portant par le natif de Trappes. Presque aussi fort que l’introuvable passe décisive de Zidane pour Henry, sauf qu’il ne s’agissait ni du Brésil ni d’un quart de finale de coupe du monde.

Autrement dit, l’association Trezeguet-Anelka n’est pas rodée, ce qui peut expliquer le manque de complémentarité constaté contre l’Angleterre, même s’ils ont joué ensemble quatre fois depuis deux ans. Leur partenaire privilégié à chacun, c’est Thierry Henry, et leur concurrent direct, Karim Benzema. Mais c’est une autre histoire.

5 septembre 2000, you’ll never walk alone

Le précédent France-Angleterre à Saint-Denis ne serait pas resté dans les mémoires (1-1, pas d’enjeu) s’il n’avait été le théâtre des adieux en sélection de Laurent Blanc, Didier Deschamps et Bernard Lama. Le troisième n’a d’ailleurs pas eu le choix : rien ne laisse penser qu’il souhaitait mettre un terme à sa carrière internationale, mais Roger Lemerre a décidé pour lui. C’est d’ailleurs le seul des trois partants qui n’a pas eu droit à une sortie en cours de match, et Michael Owen, ce renégat, a eu l’indélicatesse de lui marquer un dernier but à quatre minutes de la fin.

Pour Blanc et Deschamps (deux cents sélections au total), les choses ont été faites en grand : sortie triomphale après une demi-heure de jeu avec standing ovation du public et remplacement par les successeurs officiels, Franck Lebœuf et Patrick Vieira. Marcel Desailly hérite alors du brassard. Tout va pour le mieux, les Bleus fraîchement champions d’Europe et toujours champions du monde ne touchent plus terre et s’apprêtent à faire une tournée planétaire ponctuée de matches amicaux de Sydney à Tokyo en passant par Johannesburg et Santiago. Roger Lemerre ne parle plus à la presse et ne connaît plus le doute.

Qui aurait pu prévoir à ce moment-là, dans la douceur du crépuscule de cette fin d’été, le naufrage coréen et la panne sèche portugaise ? Le départ de deux cadres historiques, de deux fortes personnalités et de deux stratèges (comme tendent à l’établir leurs succès en tant qu’entraîneurs de club) ne sera pas compensé. Aucun des capitaines depuis cette date, que ce soit Desailly, Vieira, Zidane ou Thuram n’aura la même influence sur le jeu que ces deux-là.


Derniers appelés avant la liste...

Si le semestre qui précède une phase finale ne brille pas par l’intérêt de ses nombreux matches amicaux, la préparation de la liste des 23 (ou des 22 jusqu’en 2000) occupe à temps plein les rédactions sportives. On y traque les absents célèbres et surtout les nouveaux qui ne le sont pas. Certains feront partie finalement de la fameuse liste, à titre de bouche-trou ou de révélation, de météorite ou de futur cadre. D’autres n’auront fait que passer, quitte à redonner des nouvelles quelques mois plus tard.
Sur les trente dernières années (depuis le Mundial 78 en Argentine), dix-huit joueurs ont débuté en Bleu dans les six mois qui ont précédé une phase finale. Avec des destins variables.

Les recalés
Peguy Luyindula et Bernard Mendy en 2004, Ludovic Giuly en 2000, Nicolas Anelka en 1998, Pierre Laigle et Cyrille Pouget en 1996, Daniel Bravo en 1982 et Albert Gemmrich en 1978.

Un seul de ces huit novices a fini par faire sa place en Bleu, Anelka. Encore que sa trajectoire soit tout sauf rectiligne : dix ans après ses débuts, il compte moins de sélections que Franck Lebœuf et détient le triste record de phases finales manquées de justesse (quatre, en ayant participé aux matches de préparation de trois d’entre elles).
Découvert en 1982, on reverra Daniel Bravo à l’Euro 1984, où il ne jouera qu’un quart d’heure d’un match sans enjeu (Yougoslavie, 3-2). Les autres ne feront que passer. Mendy et Pouget ne comptent que 3 sélections, Luyindula 4, Gemmrich 5 et Laigle 8. Giuly fera un peu mieux avec 17 capes avant de se brouiller avec Raymond Domenech sans avoir montré grand chose en bleu, sinon une passion partagée pour les SMS.

Les bouche-trou
Pascal Chimbonda en 2006, Louis Saha en 2004, Bernard Diomède en 1998, Sabri Lamouchi en 1996.

On peut aussi y ajouter Albert Rust : celui-ci a participé l’Euro 84 avec zéro sélection au compteur. Troisième gardien derrière Bats et Bergeroo, il ne jouera pas. Sa seule sélection, il l’étrennera deux ans plus tard au Mexique, avec les coiffeurs contre la Belgique (4-2).
Lamouchi n’a participé qu’à la demi-finale contre la République tchèque en 1996 (remplacé par Pedros au bout d’une heure), et a fait partie de la charrette des six non-sélectionnés en 1998 (avec Anelka et Laigle).
Diomède a disparu de la circulation après une Coupe du monde transparente,. Quant à Saha, si on l’a retrouvé au Mondial 2006, il n’a jamais gagné de place de titulaire. Chimbonda, lui, a fait encore mieux, avec une apparition-gag dans le groupe pour le Mondial 2006 et une microsélection de cinq minutes (en comptant le temps additionnel) contre le Mexique à Lens.

Les météorites
Jean-François Domergue en 1984.

Il s’agit d’un cas très rare de joueur qui apparaît juste avant une phase finale, la marque de son empreinte et disparaît juste après. C’est celui de Jean-François Domergue en 1984. Le Toulousain est appelé la première fois en avril contre l’Allemagne à Strasbourg. Il fait partie des vingt pour l’Euro, où il est promis à faire banquette. Mais il profite, lors du match d’ouverture contre le Danemark, d’un double concours de circonstances : il entre à l’heure de jeu à la place de Le Roux, blessé au ménisque. Et à trois minutes de la fin, Amoros est expulsé suite à un coup de boule zidanesque sur Jesper Olsen. Avec deux titulaires en moins en défense, Hidalgo fait appel à Jef, qui atteint son nirvana à Marseille contre le Portugal avec un exploit prémonitoire de celui de Thuram en 98 : deux buts, les seuls qu’il marquera en sélection.

Les futurs cadres
Franck Ribéry en 2006, Djibril Cissé en 2002, David Trezeguet en 1998, Jean-Pierre Papin en 1986 et Manuel Amoros en 1982.

Il faut reconnaître un sacré flair à Michel Hidalgo, lorsqu’en hiver 1982 il lance un gamin de vingt ans, le latéral droit monégasque Manuel Amoros. Contre l’Italie, et en tant que titulaire ! Manu devient aussitôt indispensable et réussira deux magnifiques coupes du monde en 1982 (où il touche la barre à la 89e minute contre l’Allemagne à Séville) et en 1986. Il détiendra le record de sélections (82) pendant sept ans.

JPP, alors à Bruges, fait ses débuts sur un terrain gelé contre l’Irlande du Nord en février 1986 alors même qu’il n’a joué aucun match de D1. Titulaire en début de Mundial, il est écarté par le duo Rocheteau-Stopyra puis s’impose comme titulaire en 1988. Avec trente buts, il est le cinquième buteur des Bleus, a égalité avec Fontaine.

Inutile de présenter David Trezeguet. Rappelons tout de même qu’il est champion du monde, champion d’Europe, qu’il compte 34 buts pour 71 sélections, ce qui lui vaut le plus beau palmarès, et de loin, de tous les joueurs cités dans cet article.

Djibril Cissé suit pour sa part une voie anelkienne. Sélectionné de la dernière heure en 2002 (il étrenne le maillot bleu après sa nomination dans la liste des 23), il manque les deux phases finales suivantes, la première pour une suspension contractée avec les Espoirs (de Domenech), la suivante après une fracture tibia-péroné la veille du départ en Allemagne. Ceci dit, il fait partie du paysage depuis six ans, même si on aurait du mal à se souvenir d’un quelconque exploit en 36 sélections (et 9 buts marqués).

Franck Ribéry, enfin, est lui aussi entré dans la liste des 23 avant sa première sélection. La différence avec Cissé, c’est qu’il s’est imposé comme titulaire en un temps record, dès son premier match de coupe du monde, au point d’engranger 26 sélections en moins de deux ans (cinq matches manqués).

[1« J’ai déjà joué beaucoup de fois avec David et cela s’est toujours très bien passé. C’est un attaquant qui aime le but, avec des qualités différentes de celles de Thierry ou de Karim. Mais le fait d’avoir déjà évolué avec lui et de bien s’entendre sur le terrain me rassure » – conférence de presse à Clairefontaine, le 25 mars.

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