Des Bleus à usage unique

Publié le 4 janvier 2014

Ils sont 240 à avoir fêté leur première sélection sans savoir que ce serait aussi leur dernière. De Georges Bilot à Steve Savidan en passant par Michel Hidalgo et Pascal Chimbonda, brève histoire des éphémères.

On pourrait constituer sans peine 21 équipes de France différentes, 22 même puisque c’est le nombre de gardiens que compte cette étrange liste, celle des Bleus à usage unique qui ne comptent donc qu’une seule sélection. 240 sur 873, ça représente tout de même 27,5 % du total. Parmi eux, il y a de futurs entraîneurs et même un futur sélectionneur, des buteurs et même deux doubles buteurs, certains qui ont à peine eu le temps de faire quelques pas avant le coup de sifflet final et d’autres qui ont décroché une médaille mondiale.

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Franck Jurietti en octobre 2005, entre Sébastien Squillaci et Willy Sagnol.

Cinq secondes pour entrer dans l’histoire

Raymond Domenech est taquin, on le sait. Quand il appelle Franck Jurietti dans le groupe pour jouer contre Chypre, en octobre 2005, on se dit que la carrière internationale du latéral bordelais, âgé alors de trente ans, risque de ne pas être bien longue. Il y a bien la coupe du monde qui se profile à l’horizon, mais pas grand monde, y compris sans doute lui-même, pense raisonnablement qu’il pourrait y être. A 4-0, la qualification est acquise. Alors que l’arbitre s’apprête à siffler la fin du match, Raymond Domenech demande un dernier changement. Il sort Sidney Govou et fait rentrer Franck Jurietti. Celui-ci a tout juste le temps de faire une vingtaine de mètres que sa carrière est déjà terminée. Pour la coupe du monde, Domenech lui préfèrera Pascal Chimbonda, dont l’unique sélection durera deux petites minutes en mai 2006 contre le Danemark.

Un bout de sélection

Ils sont 24 à avoir joué moins d’un match en entier. Il faut d’ailleurs rappeler que jusque dans les années soixante, les remplacements n’étaient autorisés qu’en match amical, ils étaient très rares.

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Pascal Chimbonda en mai 2006, face à un autre débutant qui fera un peu mieux.

Si on regarde plus en détail ceux qui ont joué moins d’une demi-heure, on en trouve quatorze.

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Une cape avant le banc

Parmi ces 240 Bleus éphémères, on trouve quelques futurs entraîneurs de club, comme Mario Zatelli (Nice, Nancy, l’OM), Victor Zvunka (RC Paris, Valenciennes, Toulouse, Nice, Guingamp, Nîmes), Didier Couecou (Bordeaux) ou Marcel Domingo (Atletico Madrid, FC Valence, Nice, Betis Séville). Et bien sûr, un sélectionneur, Michel Hidalgo. S’il n’a fait qu’un passage éclair sous le maillot bleu, ce dernier détient toujours le record de longévité sur le banc, à savoir huit ans et trois mois (1976-1984).

Marquer ne suffit pas

Quatorze de ces Bleus qui n’ont jamais été rappelés ont pourtant signé leur unique match en sélection par un but. Saluons donc la mémoire de Julien Faubert, Roland Wagner, Jacques Vergnes, Jean-Pierre Dogliani, Ernest Schultz, Raymond Cicci, Georges Moreel, Mario Zatelli, Emmanuel Aznar, Georges Ouvray, Enri Salvano, Edmond Leveugle, Charles Géronimi et Félix Romano.

On pourrait trouver ça injuste. Et pourtant : pour deux autres, leurs débuts ont été l’occasion d’un doublé. Ça ne les a pas rendus indispensables pour autant !

Jean Desgranges en décembre 1953
C’est lors du fameux match contre le Luxembourg où l’équipe de France, déjà qualifiée pour la coupe du monde. Pour l’occasion, Albert Batteux aligne une équipe de onze débutants dans un match que la FFF n’avait pas compté comme officiel. Résultat : un 8-0 sec avec un triplé de Just Fontaine (vingt ans et quatre mois), un doublé de Jean Vincent (vingt ans et quatre mois aussi), ainsi qu’un doublé de Jean Desgranges (vingt-quatre ans). Si les deux premiers ont fait partie de l’épopée suédoise en 1958, le dernier n’est jamais sorti de l’anonymat.

Fernand Brunel en avril 1926
Appelé pour jouer à Toulouse contre le Portugal, il réussit un doublé à la 40e et à la 65e, permettant aux Bleus de reprendre l’avantage après l’égalisation portugaise et de creuser un écart définitif. Il n’a que 19 ans, c’est un des plus jeunes internationaux français de l’histoire. Transféré à Sète, il meurt quelques jours après ses vingt ans, tué par une méningite alors qu’il effectuait son service militaire. Le stade de Lunel, où il débuta, porte son nom.

Une sélection, une ligne au palmarès

Ne croyez pas qu’il soit indispensable d’avoir joué des années pour gagner des titres. Albert Rust, deuxième gardien lors du Mundial 1986, est ainsi aligné lors du match pour la troisième place contre la Belgique. Il encaisse deux buts, mais gagne (4-2) et repart avec une médaille de bronze.

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Albert Rust en juin 1986 contre la Belgique avec les coiffeurs.

Plus près de nous, Lionel Charbonnier est la doublure du remplaçant de Barthez en 1998. Son unique sélection n’a pas lieu pendant la coupe du monde mais un an avant, face à l’Angleterre. Il n’en est pas moins titré champion du monde.

Enfin, n’oublions pas Pascal Chimbonda, dont la présence dans la liste des 23 en mai 2006 avait provoqué la stupéfaction puis l’hilarité. Ses cent vingt secondes contre le Danemark en amical ne représentent pas grand chose, mais il n’en a pas moins été médaillé d’argent à Berlin six semaines plus tard.

Une paire de gants tout neufs

22 gardiens ne comptent qu’une sélection. Dans la période récente, on retrouve ainsi Stéphane Ruffier (qui devrait pouvoir améliorer son total), Cédric Carrasso (dont le tour est passé), Richard Duttruel Stéphane Porato ou Albert Rust. Ils ont tous joué un match entier, sauf Richard Dutruel, qui n’a joué que 33 minutes le 4 octobre 2000. Albert Rust a quand à lui eu droit à du rab, avec une prolongation contre la Belgique au Mexique en 1986.

En attendant la deuxième

Enfin, n’oublions pas les joueurs en activité qui peuvent encore espérer. Plus on descend dans la liste et on remonte le temps, moins la probabilité d’une deuxième sélection est élevée. Le graphique ci-dessous montre à quand remonte la seule sélection, en années (à partir de 2014).

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