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Dominique Rocheteau, nos années romantiques

Publié le 14 janvier 2015, mis à jour le 1er novembre 2016

C’est sans doute le dribbleur le plus élégant de l’histoire des Bleus. De 1975 à 1986, ailier droit puis avant-centre, Rocheteau aura tout connu avec l’équipe de France, malgré une éclipse au plus mauvais moment en 1984.

Son apport

Ailier droit à ses débuts, puis avant-centre décroché dans un schéma à deux pointes, Dominique Rocheteau représente la synthèse entre le 4-3-3 stéphanois des années 70 et le 4-4-2 des Bleus dans les années 80. Digne représentant de l’espèce des dribbleurs solitaires et des amoureux du beau jeu (et du respect de l’arbitrage), l’Ange vert aura fait une belle carrière internationale au sein de la génération dorée de 1955, celle de Platini, Bossis et Tigana.

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De ses débuts en sélection jusqu’à la coupe du monde 1982, à peu près, sa place se trouvait sur le côté droit d’une attaque à trois avec Bernard Lacombe en avant-centre pivot et Didier Six en ailier gauche. S’il contribue à la qualification pour le Mundial argentin en marquant le premier but contre la Bulgarie en novembre 1977, il ne brille pas spécialement en Amérique du Sud. Les années 1979 et 1980 le voient un peu disparaître de la circulation (quatre sélections en deux ans). C’est le passage au 4-4-2 lié à l’apparition du carré magique début 1982 qui lui permettra de se recentrer avec succès : ses crochets courts et ses frappes soudaines font merveille en Espagne à partir du second tour, et il est l’un des héros de Séville (où il provoque le pénalty transformé par Platini) malgré une blessure au genou.

Pourtant, il va manquer l’Euro 84 à cause du retour en grâce de Bernard Lacombe, champion de France avec Bordeaux et pivot préférentiel de Platini. Dans une attaque Lacombe-Bellone (ou Six), Rocheteau n’a plus sa place et doit se contenter de miettes contre la Belgique ou la Yougoslavie où il est remplacé à la mi-temps devant le public stéphanois. On pense alors que son temps est terminé, surtout avec l’éclosion de José Touré, de Jean-Pierre Papin ou de Yannick Stopyra quelques mois avant la coupe du monde au Mexique. Mais le premier se blesse en mars et le deuxième est trop tendre. Quant au troisième, il s’avère complémentaire au Parisien et apporte de la vivacité à une équipe où Platini et Giresse tirent la langue.

Rocheteau au classement des joueurs

S’il n’avait pas été forfait contre la RFA en 1986 à Guadalajara, Dominique Rochereau aurait fêté sa cinquantième sélection en demi-finale mondiale. Le voilà donc bloqué à 49 capes, à hauteur de Sidney Govou et derrière le duo Bats-Lebœuf. C’est un total assez faible pour une carrière internationale de près de onze ans, avec un nombre de victoires plus que conséquent : parmi les joueurs à la carrière équivalente, seul Franck Lebœuf, champion du monde et d’Europe, en compte autant (31). Mais au nombre de minutes jouées, il est nettement en dessous de Jean Djorkaeff, Alain Giresse et Jean Vincent. Et s’il a traversé l’Euro 84 sur le banc, il compte dix matches de phase finale de coupe du monde, dont six victoires, ce qui n’est pas rien. D’ailleurs personne n’a fait mieux à nombre de matches équivalent.

Joueur Sel Tps
jeu
mn
%
tit
G N P Buts Cap
42 Blaise Matuidi 51 3525 84% 33 7 11 8 5
43 Joël Bats 50 4527 100% 25 14 11 0 0
44 Franck Lebœuf 50 3408 72% 31 13 6 4 4
45 Dominique Rocheteau 49 3486 80% 31 9 9 15 0
46 Sidney Govou 49 2244 45% 27 13 9 10 2
47 Jean Djorkaeff 48 4276 100% 20 10 18 3 24
48 Yohan Cabaye 48 2858 77% 29 10 9 4 1
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Rocheteau au classement des buteurs

Chassé du top 20 par Karim Benzema et Olivier Giroud, Rocheteau, avec ses 15 buts, a tout de même fait mieux que Robert Pires et Nicolas Anelka, lesquels comptent respectivement trente et vingt sélections de plus que lui. Le prochain à le rejoindre sera certainement Antoine Griezmann (13 buts). S’il n’a pas tiré de pénalty, il a tout de même réussi un triplé contre le Luxembourg en 1985 et deux doublés, dont l’un contre l’Irlande du Nord en 1982. Il a aussi réussi 12 passes décisives, dont 4 lors du Mondial 1986. Il compte d’ailleurs dix matches de phase finale de coupe du monde, avec quatre buts marqués, ce qui n’est pas rien : il est le cinquième meilleur buteur des Bleus dans la compétition, a égalité avec Raymond Kopa.

 


 

Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
19 Laurent Blanc 16 97 0,16 0 0 1 0
20 Eugène Maës 15 11 1,36 0 0 1 2
21 Hervé Revelli 15 30 0,50 0 0 1 2
22 Dominique Rocheteau 15 49 0,31 1 0 2 1
23 Émile Veinante 14 24 0,58 0 0 4 0
24 Nicolas Anelka 14 69 0,20 0 0 1 0
25 Robert Pires 14 79 0,18 0 1 0 0
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Voir le classement des buteurs à la coupe du monde

Son équipe préférentielle

En onze années, Rocheteau a connu 77 coéquipiers, de quoi faire sept équipes différentes. Et, comme on pouvait s’y attendre, c’est avec Maxime Bossis (38 matches) et Michel Platini (33), ses deux partenaires de la génération 1955, qu’il a le plus souvent joué. Les suivants sont presque tous des anciens de Séville, comme Giresse, Trésor, Battiston, Tigana, Six, Janvion et Amoros. Fernandez et Bats sont plus loin. Les gardiens sont d’ailleurs pas moins de neuf à avoir joué avec Rocheteau : outre Bats, il y a Dropsy (9), Baratelli (8), Ettore (4), Rey (4), Tempet (3), Castaneda (2), Bertrand-Demandes (2) et Bergeroo (1) !

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Si on regarde maintenant les attaquants avec lesquels il a le plus joué, on retourne Didier Six (26 fois), Bernard Lacombe (16), Bruno Bellone (12), Yannick Stopyra (9) et José Touré (6). C’est la preuve qu’il ne se dégage pas de schéma-type en attaque, le passage du 4-3-3 au 4-4-2 ayant brouillé les cartes devant le carré magique, dans lequel Platini occupait le plus souvent un poste de quasi avant-centre.

Ses sélectionneurs

S’il a peu joué avec Stefan Kovacs, c’est pourtant ce dernier qui l’a lancé à vingt ans et huit mois contre l’Islande en septembre 1975. C’est avec Michel Hidalgo qu’il jouera le plus, et qu’il connaîtra un deuxième sommet de sa carrière à Séville, six ans après Glasgow (où il ne joua que les sept dernières minutes face au Bayern avec les Verts). Mais c’est avec Henri Michel qu’il aura les meilleurs résultats : dix matches, sept victoires et une seule défaite (contre la RDA en septembre 1985) pour cinq buts marqués.

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Son premier match : 3 septembre 1975, France-Islande

L’histoire retiendra que c’est à Nantes, alors l’adversaire le plus résolu des Verts dans l’hexagone, que Rocheteau débutera sa carrière internationale. L’adversaire est modeste, les chances de qualification pour la coupe d’Europe des Nations aussi, et la victoire (3-0) n’y changera rien. Il n’empêche. Avec un Jean-Marc Guillou brillant en meneur de jeu (deux buts), Dominique Rocheteau est la révélation du match. C’est d’ailleurs lui qui offre le dernier but à Marc Berdoll à trois minutes de la fin.
 


 

Son match référence : 4 juillet 1982, France-Irlande du Nord

C’est là qu’il gagne sa place pour Séville. Après un début de coupe du monde timide, Rocheteau remplace Lacombe au bout d’un quart d’heure contre l’Autriche et prend une place de titulaire face à l’Irlande du Nord à Madrid, grâce au passage au 4-4-2 imposé par le retour de Platini et les bonnes performances du trio Genghini-Tigana-Giresse. Le meneur bordelais ouvre le score à la 33e minute sur une passe de Rocheteau pour Platini qui centre en retrait. Rocheteau est trop avancé mais derrière lui Giresse a le temps de contrôler et de frapper.

La deuxième période commence à peine quand, servi par Trésor, Rocheteau récupère le ballon près de la touche, élimine un adversaire et part droit au but sur cinquante mètres, entre dans la surface et bat Jennings d’une frappe sèche du gauche. Le match est plié, mais à la 68e, une faute sur Giresse est sanctionnée d’un coup-franc. Six le joue court, Rocheteau récupère, élimine deux adversaires d’un double contact et termine d’un pointu du droit au premier poteau. 3-0. Touché au genou, il laisse sa place à Couriol, mais il a largement contribué (avec Giresse, qui conclut le score d’une tête sous la barre) à la qualification des Bleus pour une demi-finale mondiale qui s’annonce historique.
 


 

Son dernier match : 21 juin 1986, France-Brésil

Quel dommage qu’il n’ait pas pu jouer le France-RFA à la pointe de l’attaque française ! Contre le Brésil, Rocheteau et Stopyra ont mis au supplice la défense adverse, même s’ils n’ont pas marqué. L’attaquant du PSG ne le sait pas encore, mais il dispute là son dernier match avec les Bleus. C’est lui qui débloque la situation à la 41e minute lorsqu’à la suite d’une superbe combinaison Tigana-Giresse-Amoros-Giresse côté droit, il centre en première intention. Son tir est dévié par Edinho, arrive dans les six mètres, Stopyra plonge et heurte le gardien Carlos, le ballon passe entre les deux et arrive au second poteau où Platini a suivi. C’est le dernier but de Platoche en bleu, la dernière passe décisive de Rocheteau.

Ce dernier aura une dernière balle de but au bout du pied à la 94e : Tigana gratte un ballon dans le rond central, sert Ferreri qui remet à Rocheteau. A 45 mètres des cages adverses, celui-ci tente l’impossible : une percée plein axe. Il élimine un premier brésilien, passe entre deux autres d’une feinte de corps, entre dans la surface en déséquilibre et frappe au moment où Julio Cesar le tacle. Le ballon revient sur Stopyra qui tire et Edinho dévie encore. Il valait mieux : le gardien Carlos ne savait plus où était le ballon. Cinq minutes plus tard, il cède sa place à Bruno Bellone. C’est fini.

 


 

Et après ?

La reconversion de Rocheteau n’a pas été une longue ligne droite. Après sa retraite de joueur en 1990, il est successivement agent de joueurs, puis acteur (il tourne notamment avec Maurice Pialat), président fantoche de la commission d’éthique de la FFF et enfin dirigeant à Saint-Etienne, poste qu’il occupe avec beaucoup de sérieux depuis juin 2010. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si les résultats des Verts (et leur politique salariale notamment) ont suivi une courbe ascendante depuis cette période.

Tous ses matches

Dans ce tableau que vous pouvez trier colonne par colonne, la colonne « où » indique si les matches ont lieu à domicile (D), à l’extérieur (E) ou sur terrain neutre (N) ; les adversaires en bleu représentent les victoires, en gris les nuls et en rouge les défaites ; « bm » indique les buts marqués ; « tps » désigne le temps de jeu pour chaque match, l’astérisque avant la durée signale une entrée en jeu en tant que remplaçant. Enfin, « sel » indique le sélectionneur : « hM » pour Henri Michel, « mH » pour Michel Hidalgo et « sK » pour Stefan Kovacs.

#dategenreadversaireres.bmtpssel
49 21/06/1986 CM N Brésil 1-1 0 99 hM
48 17/06/1986 CM N Italie 2-0 0 90 hM
47 09/06/1986 CM N Hongrie 3-0 1 *29 hM
46 01/06/1986 CM N Canada 1-0 0 70 hM
45 26/03/1986 Amical D Argentine 2-0 0 *66 hM
44 26/02/1986 Amical D Irlande du Nord 0-0 0 90 hM
43 16/11/1985 qCM D Yougoslavie 2-0 0 76 hM
42 30/10/1985 qCM D Luxembourg 6-0 3 63 hM
41 11/09/1985 qCM E RDA 0-2 0 90 hM
40 21/08/1985 Amical D Uruguay 2-0 1 90 hM
39 19/06/1984 Euro D Yougoslavie 3-2 0 45 mH
38 16/06/1984 Euro D Belgique 5-0 0 *25 mH
37 18/04/1984 Amical D Allemagne 1-0 0 68 mH
36 28/03/1984 Amical D Autriche 1-0 1 *39 mH
35 29/02/1984 Amical D Angleterre 2-0 0 *7 mH
34 12/11/1983 Amical E Yougoslavie 0-0 0 46 mH
33 05/10/1983 Amical D Espagne 1-1 1 90 mH
32 07/09/1983 Amical E Danemark 1-3 0 90 mH
31 23/04/1983 Amical D Yougoslavie 4-0 2 90 mH
30 23/03/1983 Amical D URSS 1-1 0 *25 mH
29 16/02/1983 Amical E Portugal 3-0 0 *10 mH
28 08/07/1982 CM N Allemagne 3-3 0 120 mH
27 04/07/1982 CM N Irlande du Nord 4-1 2 83 mH
26 28/06/1982 CM N Autriche 1-0 0 *75 mH
25 16/06/1982 CM N Angleterre 1-3 0 71 mH
24 28/04/1982 Amical D Pérou 0-1 0 90 mH
23 23/02/1982 Amical D Italie 2-0 0 *26 mH
22 05/12/1981 qCM D Chypre 4-0 1 90 mH
21 18/11/1981 qCM D Pays-Bas 2-0 0 90 mH
20 29/04/1981 qCM D Belgique 3-2 0 90 mH
19 25/03/1981 qCM E Pays-Bas 0-1 0 90 mH
18 19/11/1980 Amical E Allemagne 1-4 0 60 mH
17 28/10/1980 qCM D Rep. d’Irlande 2-0 0 90 mH
16 05/09/1979 qEuro E Suède 3-1 0 55 mH
15 25/02/1979 qEuro D Luxembourg 3-0 0 90 mH
14 08/11/1978 Amical D Espagne 1-0 0 73 mH
13 07/10/1978 qEuro E Luxembourg 3-1 0 59 mH
12 10/06/1978 CM N Hongrie 3-1 1 75 mH
11 06/06/1978 CM N Argentine 1-2 0 90 mH
10 11/05/1978 Amical D Iran 2-1 0 46 mH
9 16/11/1977 qCM D Bulgarie 3-1 1 70 mH
8 08/10/1977 Amical D URSS 0-0 0 *25 mH
7 23/04/1977 Amical E Suisse 4-0 1 90 mH
6 30/03/1977 qCM E Rep. d’Irlande 0-1 0 90 mH
5 17/11/1976 qCM D Rep. d’Irlande 2-0 0 90 mH
4 01/09/1976 Amical E Danemark 1-1 0 90 mH
3 15/11/1975 qEuro D Belgique 0-0 0 90 sK
2 12/10/1975 qEuro E RDA 1-2 0 90 sK
1 02/09/1975 qEuro D Islande 3-0 0 90 sK



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