Histoire d’un score : les 3-0 de l’équipe de France

Publié le 8 avril 2021 - Bruno Colombari & Hugo Colombari

Et si on racontait l’histoire des Bleus par leurs scores ? En commençant par celui qui est devenu un slogan un soir d’été 1998 : et un, et deux, et trois zéro... Mais les 34 autres victoires par 3-0 et les 12 défaites par 0-3 ont elles aussi des choses à dire. Dataviz à l’appui.

C’est le score des victoires incontestables, pas assez ample pour parler d’un carton, mais suffisant pour signifier une supériorité sinon dans le jeu, du moins dans l’efficacité. Le premier but permet de prendre l’avantage, le deuxième de faire le break et le troisième de plier le match. Il est en effet rarissime de voir une équipe remonter un 0-3 initial, sauf si l’on s’appelle Liverpool en finale de Ligue des Champions contre Milan AC. La mésaventure est arrivée aux Pays-Bas en mai 1934, qui menaient 3-0 à la 12e minute avant de se faire remonter à 3-3 par l’équipe de France avant que celle-ci ne l’emporte 5-4.

Les chiffres clés

 35 victoires par 3-0 depuis 1904 (17 en amical, 18 en compétition dont 5 en phase finale)
 26 victoires 3-0 à domicile, 9 à l’extérieur
 3 victoires 3-0 contre l’Ecosse en (1948, 1989 et 2016)
 le dernier 3-0 date du 10 septembre 2019 (contre Andorre à Saint-Denis)
 12 défaites par 0-3 depuis 1904 (toutes en amical)
 8 défaites 0-3 à l’extérieur, 4 à domicile
 5 défaites 0-3 contre la Belgique
 le dernier 0-3 date du 9 juin 2013 (contre le Brésil à Porto Alegre)

Le tout premier : France-Hongrie le 24 février 1929

Il ne fallait pas être pressé : pour voir l’équipe de France gagner enfin 3-0, il a fallu attendre près de 25 ans et 85 matchs. L’événement s’est produit à Colombes contre la même équipe de Hongrie qui avait mis un terrible 1-13 aux Français deux ans plus tôt à Budapest. Enfin, pas tout à fait la même, puisqu’il ne restait que deux protagonistes du match précédent, le défenseur Karly Gogl et le redoutable attaquant Jozsef Takacs, auteur d’un sextuplé en 1927. Les Tricolores ont bien changé aussi puisqu’il ne reste que le défenseur Urbain Wallet et les attaquants Jules Devaquez et Willy Lieb. Des Français complètement dépassés en début de match, mais clinique en contre avec trois buts en dix minutes signés Maurice Banide (23e), Paul Nicolas (25e) et Willy Lieb sur pénalty (33e). Paul Nicolas, qui avait manqué ses deux tentatives en 1923 (Suisse) et 1925 (Autriche) a laissé tirer le Mulhousien. La Hongrie jouera la finale de la Coupe du monde contre l’Italie neuf ans plus tard, au même endroit.

L’Auto du 25 février 1929 avec un article signé Lucien Gamblin (via BNF Gallica)


Le plus rapide : France-Etats-Unis le 10 octobre 1979

Cinq mois après avoir mis un 6-0 aux Etats-Unis sur l’Astroturf (surface synthétique) du Giants Stadium, les Bleus les retrouvent au Parc pour une sorte de revanche amicale au Parc. Et là, le compteur tourne encore plus vite, puisque Michel Platini (5e sur coup franc), Roland Wagner, qui honore sa première sélection (18e) et Loïc Amisse (23e) marquent rapidement avant que les Américains ne s’énervent et blessent Platini et Wagner. Ce match là s’est joué aussi à deux gardiens (Bergeroo puis Dropsy) et trois capitaines (Platini, puis Lopez, puis Trésor).

Le plus historique : France-Brésil le 12 juillet 1998

Pour sa toute première finale de Coupe du monde, l’équipe de France a l’avantage de jouer à domicile, même si elle a très peu pratiqué la pelouse de Saint-Denis (quatre matchs contre l’Espagne en janvier, l’Arabie Saoudite en juin, l’Italie et la Croatie en juillet), et l’inconvénient de tomber sur le tenant du titre et son Ballon d’Or Ronaldo. Mais il est écrit, depuis le but en or de Blanc contre le Paraguay, l’occasion manquée par Baggio en prolongation face à l’Italie et le doublé de Thuram en demi-finale, qu’il ne peut rien arriver à cette équipe-là. Elle réalise une première mi-temps parfaite en tenant le choc derrière, en dominant les Brésiliens au milieu et en les surclassant devant. Guivarc’h et Petit ont deux occasions énormes, mais c’est Zidane qui marque deux fois, sur la tête et sur corner. Le match est plié à la la pause, et même l’expulsion de Desailly à la 68e n’y change rien. Et c’est Petit qui se charge d’un contre ultime pour inscrire le millième but de l’histoire des Bleus. Et un, et deux, et trois-zéro !

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Le plus beau : Allemagne-France le 15 novembre 2003

Ce n’est certes qu’un match amical, calé après les éliminatoires à l’Euro 2004, au terme d’une année qui a vu les Bleus aligner 12 victoires d’affilée, comme en 1984 [ [mais ils avaient perdu le premier match de l’année contre la République tchèque.]]. Pour l’Allemagne, vice-championne du monde, il s’agit moins de préparer l’Euro que la prochaine Coupe du monde à domicile, en 2006. C’est une belle affiche dans le tout neuf Arena Aufschalke de Gelsenkirchen malgré les absences, côté français, de Barthez, Desailly ou Vieira. Et les Allemands dominent la première demi-heure, avec un tir de Koranyi sur la barre de Coupet. Mais Henry ouvre le score après un débordement d’école de Lizarazu (21e). Et en deuxième mi-temps, les Bleus déroulent dans un festival technique éblouissant : Henry place une énorme accélération côté gauche conclue par une offrande pour Trezeguet (55e) qui signe un doublé sur une ouverture parfaite de Zidane plein axe (81e). A ce moment-là, on se dit que l’équipe de France a un boulevard pour l’Euro.


 

Le plus inutile : France-Ecosse le 11 octobre 1989

À deux journées de la fin, les Bleus ont perdu tout espoir de qualification pour la Coupe du monde 1990 en Italie. Il leur reste pourtant à recevoir l’Ecosse et Chypre. Contre les Écossais, ils vont l’emporter au cours d’un match heurté (expulsion d’Eric Di Meco à la 57e) qui verra un gamin de 20 ans marquer son premier but en bleu : un certain Didier Deschamps (26e). Cantona doublera la mise (63e) et Nicol marquera contre son camp à deux minutes de la fin. C’est la première victoire en compétition de Michel Platini sélectionneur.

Le plus renversant : France-Ukraine le 19 novembre 2013

Si techniquement ce n’est pas le plus abouti, ce 3-0 est un sommet d’intensité et d’engagement. Battus 0-2 à Kiev quatre jours plus tôt en barrage aller pour la Coupe du monde au Brésil, les Bleus arrachent tout d’entrée, portés par un Stade de France en fusion. Sakho ouvre le score en milieu de première période, un but de Benzema est refusé à tort pour hors-jeu et juste après un autre est accordé (34e) alors que le Madrilène est en position illicite. Les Ukrainiens se retrouvent à 10 dès le retour des vestiaires et lâchent définitivement à la 72e sur un but du genou de Sakho, qui rejoint Domergue et Thuram dans la légende des défenseurs buteurs.

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Le plus compact : France-Suède le 1er novembre 1969

Déjà éliminée de la Coupe du monde 1970, l’équipe de France termine l’année 1969 en recevant au Parc la Suède, qui elle ira au Mexique. Battus deux semaines plus tôt à Solna, les Bleus emmenés par un Georges Lech des grands soirs assomment l’adversité en quatre minutes chrono, juste avant la mi-temps : volée de Jean-Claude Bras sur un coup franc de Bereta (29e), pénalty de Jean Djorkaeff suite à une main d’Ericsson (41e) et doublé de Bras à la réception d’un centre de Lech (43e).

Le plus chanceux : France-Honduras le 15 juin 2014

Pour commencer un parcours en Coupe du monde, avoir un peu de réussite n’est jamais de refus. Contre le Honduras à Porto Alegre, les Bleus sont en difficulté une mi-temps puis l’horizon se dégage : faute de Palacios sur Pogba dans la surface, expulsion du joueur (qui était déjà averti) et penalty transformé par Benzema. L’équipe de France rentre au vestiaire à 1-0 à 11 contre 10. Deux minutes après la reprise, une volée croisée de Benzema longe la ligne de but, touche le poteau puis le gardien Noël Valladares qui sort le ballon. Mais celui-ci a franchi la ligne avant, comme le montrera la Goal Line Technology, utilisée pour la première fois en Coupe du monde. On résume : penalty + carton rouge + but contre son camp validé par la GLT. Il y a des jours comme ça.


 

Et côté adverse...

Il y a eu environ trois fois moins de 0-3 (12) que de 3-0 (35). Le dernier date d’ailleurs de juin 2013 à Porto Alegre contre le Brésil de Thiago Silva et Neymar. Après guerre, c’est un score très rare puisqu’on n’en compte que quatre autres, contre l’Angleterre en mai 1947 et trois fois contre la Belgique en octobre 1961, décembre 1964 et avril 1966.

Le tout premier a eu lieu le 1er janvier 1911 contre la Hongrie, immédiatement suivi par le deuxième contre l’Angleterre deux mois plus tard. La Belgique, qui aime beaucoup battre la France 3-0, l’a fait en 1913 puis en 1924.

Dataviz : les 3-0 et les 0-3 depuis 1904

pour finir...

Merci à Olivier qui m’a suggéré de raconter les 3-0, ce qui a donné naissance à la série sur les scores.

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