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9 octobre 1976 : Bulgarie-France

Publié le 5 octobre 2016

Hristo Bonev d’un côté, Michel Platini de l’autre, Ian Foote au sifflet et les poteaux carrés de Sofia à chaque extrémité : le premier match mythique de l’ère Hidalgo est prêt.

Le contexte

Après dix ans de disette et une piteuse élimination au premier tour de la World Cup 1966, l’attente est énorme autour de l’équipe de France de Michel Hidalgo. D’autant plus que, cinq mois plus tôt, les Verts ont frôlé la victoire en finale de Coupe d’Europe des Champions (l’ancêtre de la Ligue des Champions) contre le Bayern Munich, et ils ont décroché un nul encourageant mi-septembre à Sofia contre le CSKA (0-0). On se dit alors que la combinaison entre un jeune entraîneur qui prône le beau jeu (« pour être international, il faut être intelligent », dit-il), l’ossature d’un des meilleurs clubs du continent et un meneur de jeu extrêmement prometteur (Hidalgo+Saint-Etienne+Platini) devrait faire des étincelles. L’équipe de France a évité les géants européens que sont la RFA, les Pays-Bas, la Pologne ou l’Italie, mais elle est tombée dans un groupe à trois avec deux équipes qu’elle connaît bien, la République d’Irlande de Johnny Giles et la Bulgarie de Hristo Bonev. Avec seulement quatre matches à jouer et un qualifié, tout faux-pas risque d’être éliminatoire.

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Six, Platini, Lacombe, Synaeghel, Gallice, Bathenay, Lopez, Bossis, Janvion, Baratelli, Trésor.

Michel Hidalgo aligne une équipe avec seulement quatre Stéphanois : les défenseurs Janvion et Lopez et les milieux Bathenay et Synaeghel. Dominique Baratelli est dans les cages, Trésor et Bossis complètent la défense, Platini animera le jeu et Gallice (qui remplace Rocheteau, forfait), Lacombe et Six forment la ligne d’attaque.

Le match

Le samedi 9 octobre, c’est sous le soleil d’automne et une chaleur encore estivale que les deux équipes entrent sur la pelouse du stade Vasil-Levski à 16h. Les Bleus gagnent le toss et jouent avec le soleil dans le dos. Dans les premières minutes, le pressing bulgare est intense et les Français se contentent de faire tourner dans leur moitié de terrain. Première alerte des la 2e avec un centre de Grancharov que Baratelli relâche sous la pression de Voinov, Janvion dégage en catastrophe. Les tacles sont pour le moins appuyés des deux côtés.

Côté Bleus, on voit de plus en plus aux avant-postes Trésor, Bossis ou Janvion qui montent à tour de rôle pour porter le surnombre. Côté droit, Jean Gallice semble perdu. A la 13e, Panov lâche Synaeghel, perce plein axe et frappe sur Baratelli qui se couche. Denev et Janvion règlent un contentieux qui date de CSKA-ASSE. Trésor sauve une balle brûlante devant Baratelli et Panov à la 19e, et Baratelli sort au pied sur une passe en retrait mal assurée de Bathenay (21e). Côté gauche de la défense, Max Bossis est omniprésent pour boucher les espaces laissés par la charnière Trésor-Lopez qui ne brille pas par sa complémentarité. Les corners bulgares se multiplient, même si on se demande combien de temps les locaux pourront tenir le rythme.
 


 
Et une lucarne sur coup franc, une !
Passé la demi-heure, les Bleus sont de plus en plus souvent dans le camp adverse, même si Six décroche souvent dans l’axe où à droite. A la 33e, premier frisson : un une-deux Lacombe-Six est interrompu par une intervention de Vassiliev sur le premier dans la surface. Pénalty ? Non. Lacombe semble avoir plongé. Deux minutes plus tard, Platini lance Bathenay tiré par le maillot par Tichanski aux vingt mètres. Coup franc ? Non. A la 37e, un pied en l’air bulgare de Bonev est sanctionné à 25 mètres plein axe. Bathenay décale le ballon à Platini dont la frappe rectiligne se loge dans la lucarne de Krastev. 1-0 avant la mi-temps, bonne affaire. Vasil Levski gronde, mais les Bleus ne se laissent pas impressionner et portent ce qui ressemble au coup de grâce : une ouverture de Platini trouve Bathenay qui allume Kratsev. Le gardien bulgare relâche le ballon, Lacombe a suivi, 2-0.

Il reste alors cinq minutes à tenir avant la mi-temps. Bonev obtient un bon coup franc à 20 mètres, repoussé. A la 43e, Janvion perce plein axe, sert superbement Bossis en position d’ailier gauche mais son centre est trop court. De l’autre côté, Jean Gallice fait une faute sur Vassiliev qui offre un nouveau coup franc aux Bulgares à l’entrée de la surface. Bonev le tire, Lacombe le dévie et prend Baratelli à contre-pied (1-2, 44e).

Pression bulgare, poteaux carrés
Avec un but de retard, les Bulgares repartent la seconde période pied au plancher et d’entrée Lopez met en corner un ballon brûlant sur un deux contre un, tout comme Bosssis (51e). Les Bleus réagissent par Platini (50e) et Baratelli s’impose enfin dans les airs même s’il relâche encore des ballons (54e). Depuis dix minutes, l’arbitrage de M. Foote est à sens unique, notamment sur les nombreux contacts. Un contre fulgurant de Platini se termine par un tir de Lacombe à côté, et hors-jeu (59e). Puis c’est Vassiliev qui n’est pas attaqué et percute dans l’axe, mais Baratelli repousse en deux temps (61e). Rouyer fait ses débuts internationaux à la place de Six, alors que Janvion se fait soigner. Les Bulgares se créent alors coup sur coup deux énormes occasions : sur un débordement à gauche de Stevkov, Baratelli est battu par la tête de Panov et Lopez dégage sur la ligne (65e). Et c’est la barre qui le sauve sur une tête de Bonev (66e). A noter que les poteaux de Vasil Levski sont de section carrée, comme à Glasgow. Mais là, personne ne s’en plaint.

Les occasions manquées
Le match bascule alors sur une séquence où Platini aurait dû bénéficier d’un pénalty et où les Bulgares égalisent sur une action douteuse (voir la séquence souvenir). Les Bleus sont furieux et sentent le match leur échapper. Les vingt dernières minutes sont irrespirables. Rouyer mène un contre qui échoue de peu sur Lacombe (74e) puis place une tête à côté sur un débordement de Gallice (76e) et ne cadre pas après une percée éclair de Platini (77e). Le but victorieux semble alors possible, mais les Bleus manquent de réalisme. Dans les dix dernières minutes, le public bouillant de Vassil Levski semble ne plus y croire. Rouyer fait du saut de haies le long de la touche, évite deux Bulgares et centre pour Gallice qui décidément n’est pas dans un grand jour (84e).

Bien mal acquis...
Le dernier coup de théâtre arrive à la 87e, qui vaudra la postérité pour Ian Foote. Une percée de Bonev devant Bossis s’achève par un plongeon du capitaine bulgare dans la surface. Pénalty et stupéfaction des Bleus qui se prennent la tête dans les mains. Au micro d’Antenne 2, Thierry Roland perd les pédales et insulte l’arbitre. Bonev décide de se faire justice lui-même et place le ballon à ras du poteau de Baratelli, mais à l’extérieur. 2-2 et match historique terminé.
 


 

La séquence souvenir

On joue la 68e minute, le milieu de la deuxième mi-temps donc, et les Bleus cherchent un peu d’air après une grosse période de domination adverse. Bathenay trouve Platini dans la profondeur. Le n°10 entre dans la surface, passe devant Stankov, crochète le gardien Kratsev et se fait sécher d’un croche-pied flagrant. Pas pour l’arbitre en tout cas, qui laisse jouer contre toute vraisemblance. Sur l’action qui suit, Voinov déborde, centre pour Bonev qui remet de la tête dans l’axe. Svetkov et Panov semblent hors-jeu, en tout cas sur la même ligne que Bossis, et en 1976, c’est suffisant pour être sanctionné. Panov fusille Baratelli à bout portant, 2-2. Il peut y avoir doute tout de même, en l’absence d’une caméra placée dans l’alignement.

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Le Bleu du match

Michel Platini. C’est son premier match international en compétition, et évidemment le Nancéen est très observé. Au milieu, il est un accélérateur de particules avec ses déviations et ses ouvertures millimétrées. Il obtient un premier coup franc à 20 mètres à la 15e, tir cadré mais pas suffisamment appuyé pour inquiéter Kratsev. A la 30e, il tente un tir de vingt-cinq mètres suite à un corner de Six, mais ça passe largement au-dessus. Sa troisième tentative sera la bonne. Troisième but en bleu, troisième sur coup franc. C’est lui aussi qui donne à Bathenay le ballon qui amène le deuxième but français.

Sa deuxième mi-temps sera plus compliquée. Il écope d’un avertissement dès la 47e. A la 50e, un corner de Lacombe est rabattu par Bathenay qui trouve la tête de Platini à six mètres, Kratsev repousse. Sa passe pour Lacombe juste avant l’heure de jeu est à deux doigts d’être décisive. Celle pour Rouyer (70e) pourrait l’être aussi, mais l’attaquant lorrain est descendu avant la surface. On le retrouve même en position d’arrière gauche dans le dernier quart d’heure, puis il lance une merveille de contre en deux contre trois qui se termine par une passe pour Rouyer dont le tir échoue à côté (77e). Il aura une dernière occasion, juste avant le pénalty bulgare, mais lancé dans la surface par Bathenay, il viendra buter sur Kratsev (86e)

L’adversaire à surveiller

Hristo Bonev. A 29 ans, le meneur de jeu du Lokomotiv Plovdiv est la principale menace dans une équipe bulgare homogène. Il a participé aux coupes du monde 1970 et 1974 avec la Bulgarie, pour laquelle il marquera 48 buts en 96 sélections. Bathenay le prend en individuelle au milieu. Pendant le temps fort bulgare autour de la 20e, il est omniprésent, et lance toutes les attaques bulgares et tente un plongeon dans la surface à la 25e sur une charge de Trésor. C’est lui qui tire les coups de pied arrêtés, et son coup franc de la 44e fait mouche. Il pourrait doubler la mise à la 66e, mais la barre repousse sa tentative de la tête. En fin de match, il sent qu’un coup tordu est possible : il perce plein axe, semble pousser un peu trop son ballon et plonge dans la surface. Pénalty. Péché d’orgueil ? Bonev veut le tirer lui-même, et le met à côté.

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La petite phrase

Michel Platini, au micro d’Antenne 2 : « J’ai eu beaucoup de choses à dire à l’arbitre, je lui ai dit une partie, j’ai de la chance qu’il ne comprenne pas trop le français, mais c’est pas permis d’arbitrer un match comme ça, c’est trop important. »

La fin de l’histoire

Dans la foulée de leur très bon match de Sofia, les Bleus l’emportent face à la République d’Irlande en novembre au Parc (2-0). Mais ils s’inclinent en mars à Dublin (0-1), et comme la Bulgarie prend trois points sur quatre contre les Irlandais (0-0, 2-1), une victoire est impérative en novembre 1977 pour la revanche de Sofia. L’équipe de France l’emporte 3-1 et se qualifie pour le Mundial argentin, où elle s’incline au premier tour après deux échecs contre l’Italie (1-2) et l’Argentine (1-2) puis une victoire inutile contre la Hongrie (3-1).

Revoir le match en intégralité

Première mi-temps :


 
Deuxième mi-temps :



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