Vasil-Levski, un stade dans l’histoire des Bleus

Publié le 12 août 2020 - Richard Coudrais

En plusieurs occasions dans son histoire l’équipe de France s’est rendue au stade Vasil-Levski de Sofia et cela n’a jamais été une partie de plaisir. Du moins jusqu’en 2017 et un but de Blaise Matuidi...

S’il est un stade que l’équipe de France a longtemps redouté, c’est bien le très hostile Vasil-Levski de Sofia où elle a cumulé les défaites, les mauvais coups, les buts hors-jeu, les exclusions et les arbitres douteux. Jusqu’à récemment, l’équipe de France ramenait rarement de bonnes choses du stade national de Sofia. A part un match nul encourageant en 1976 et une victoire, la toute première... en 2017.

Bulgarie-France, stade Vasil-Levski de Sofia, dimanche 11 octobre 1959
Bulgarie-France, stade Vasil-Levski de Sofia, dimanche 11 octobre 1959

Un héros de la patrie

Vasil Levski, de son vrai nom Vasil Ivanov Kountchev (1837-1873) est considéré comme un héros national en Bulgarie. Ce jeune idéologue bulgare passa l’essentiel de sa vie à mener la révolte contre les Ottomans qui occupaient le territoire bulgare depuis bientôt cinq siècles. Levski organisait des meetings dans tout le pays pour soulever le peuple afin de chasser l’occupant et créer une “sainte et pure République” de Bulgarie, comme l’a fait la France un siècle plus tôt.

Levski fut arrêté en 1872 et pendu à Sofia le 18 février 1873. Il avait 35 ans. Son action inspira toutefois le peuple bulgare. Une révolte enflamma le pays à partir d’avril 1876, qui fit de nombreux morts, mais eut le mérite de briser l’indifférence dans laquelle l’opinion internationale maintenait le peuple bulgare. Victor Hugo lui-même défendit sa cause dans un discours fameux devant le Parlement français en août 1876. C’est finalement la Russie, ou du moins une coalition russe et roumaine, qui entra en guerre en 1878 et parvint à libérer la Bulgarie du joug turc.

Levski, un club puis un stade

Même s’il n’a jamais pu voir son rêve se réaliser, Vasil Levski est resté comme l’apôtre de la liberté dans l’imaginaire bulgare. Partout des rues et des statues lui rendent hommage. En 1914, un club de foot à Sofia est baptisé avec son nom, et demeure aujourd’hui le PFK Levski Sofia, un des clubs les plus importants de Bulgarie. En 1924, ce club construit son stade, le Levski Field, dans le centre de Sofia, au Parc Borisova Gradina, tout près du stade Younak, l’enceinte de la sélection nationale (où la France joua en 1932).

Au lendemain de la guerre, la Bulgarie entre dans la zone d’influence de l’Union Soviétique. Le Parti Communiste Bulgare prend le pouvoir et décide de construire une nouvelle enceinte destinée à accueillir les matchs de l’équipe nationale. Le stade du PFK Levski Sofia est détruit, de même que Younak. La nouvelle arène, un bâtiment elliptique imaginé par l’architecte Kano Dundakov, prend le nom de Vasil Levski. Disposant de 60 000 places, il est inauguré en juillet 1953. L’équipe nationale bulgare y dispute son premier match en septembre face à la Tchécoslovaquie et signe un très long bail. L’enceinte recevra également les finales de la Coupe de Bulgarie et quelques derbys sofiotes du championnat.

Disposant d’une piste autour du terrain, le stade accueille également des meetings d’athétisme. On y organise aussi les championnats d’Europe de basket en 1957 [1]. En 1966, une rénovation permet d’agrandir les tribunes et de porter la capacité du stade à 80 000 places. En 1998, le stade est à nouveau l’objet de rénovations, lesquelles traînent en longueur pour d’inextricables motifs administratifs et judiciaires. Les travaux prennent fin au bout de quatre ans, en octobre 2002. Le stade ne propose désormais que des places assises, portant sa capacité à 46 340 places. Il fait partie des sites les plus visités de Sofia, notamment parce qu’il abrite le musée des sports.

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Sofia, morne plaine

La première fois que l’équipe de France a joué à Sofia, c’était en 1932 dans le cadre d’une tournée dans les Balkans. C’était d’ailleurs aussi la première fois qu’elle affrontait la sélection bulgare. Sur le terrain détrempé du stade Younak, celle-ci subit l’extraordinaire réussite de l’attaquant Jean Sécember, auteur de quatre buts et principal artisan d’une belle victoire (5-3), la seule de cette tournée.

Mais par la suite, lorsque l’équipe de France doit se rendre à Sofia, c’est rarement pour y ramener de bons souvenirs. La plupart des rencontres au stade Vasil-Levski, à partir de 1959, ont des allures de guet-apens. En plus d’affronter un public hostile et des joueurs agressifs, les Tricolores sont confrontés à des scénarios rocambolesques, des buts de dernière minutes et quelques fautes d’arbitrage propres à faire sortir nos commentateurs de leurs gonds.

Dès la première rencontre amicale en octobre 1959, le ton a été donné. Les Bulgares s’imposent (1-0) grâce à un but inscrit à deux minutes de la fin. Roger Piantoni est littéralement agressé par Nicola Kovatchev qui lui brise le genou et une bonne partie de sa carrière. Et en fin de match, Just Fontaine se fait exclure pour avoir expliqué sa façon de penser à l’arbitre autrichien. Le meilleur buteur de la Coupe du monde devient aussi le premier Tricolore expulsé de l’histoire.

Jamais plus l’équipe de France n’est revenue à Vasil-Levski pour un match “amical”. Si elle y a joué nombreuses rencontres, c’est parce que les éliminatoires des Coupes du monde et du Championnat d’Europe l’y ont obligé. Et le tirage au sort de ces épreuves ne s’en est pas privé.

Sofiote l’arbitre

En novembre 1961 se joue à Vasil-Levski la qualification pour la Coupe du monde 1962. Un match nul suffit aux Tricolores qui ne sont pas loin d’y parvenir avant qu’un certain Stanislav Fencl ne perturbe leurs desseins dans les tous derniers instants de la partie. Non content d’avoir refusé un but à Max Fulgenzi après l’heure de jeu, l’arbitre tchécoslovaque accorde un coup franc généreux aux Bulgares à une minute de la fin, le fait rejouer lorsque ceux-ci perdent le ballon et accorde un but d’Iliev malgré un hors jeu de Kolev. Puis il siffle la fin du match alors que la 90e minute n’est pas encore atteinte ! Beaucoup d’erreurs pour un seul homme qui sera d’ailleurs radié de la FIFA.

Bien des années plus tard, un autre arbitre entrera dans la légende de l’équipe de France. Le 9 octobre 1976, au cours d’un nouveau Bulgarie-France qualificatif pour la Coupe du Monde, le referee écossais Ian Foote cumulera tellement d’erreurs qu’il se fera décerner un qualificatif peu amène de la part du commentateur de service de la télévision française, un certain Thierry Roland. Il faut dire qu’il ne bronche pas lorsque Platini est victime d’un croc-en-jambe caractérisé de la part du gardien bulgare, qu’il accorde un but manifestement hors jeu aux Bulgares puis un penalty plus que généreux en fin de match. Toutefois, cette rencontre terminée sur un score nul (2-2) sera l’une des rares disputée à Vasil-Levski d’où l’équipe de France reviendra avec un sentiment positif.

Car l’équipe de France ne gagne jamais à Vasil-Levski. En 1963, elle s’incline 1-0 en match aller des huitièmes de finale du championnat d’Europe (mais se rattrapera 3-1 au match retour). En 1971, c’est toujours le Championnat d’Europe, mais en phase de poule, pour une nouvelle défaite (2-1).


 

Après l’épisode de 1976, l’équipe de France reprendra ses mauvaises habitudes au stade Vasil-Levski de Sofia. En mai 1985, les récents champions d’Europe s’inclinent (2-0) après vingt mois d’invincibilité. En septembre 1992, l’équipe dirigée par Gérard Houiller se casse les dents face à celle des Stoichkov, Penev et autres Kostadinov au début des éliminatoires de la Coupe du monde 1994. On ne pensait pas que la fin allait être encore plus catastrophique.

Mais tout ça, c’était avant. L’équipe de France est par la suite devenue championne du monde, et puis on est passé à un autre siècle. Ce n’est qu’en octobre 2017 que les Bleus reviennent en Bulgarie et à Vasil-Levski. Pour un match éliminatoire de la Coupe du monde à nouveau. La victoire des hommes de Didier Deschamps, acquise d’entrée sur un but de Matuidi, devant à peine 16 000 spectateurs, a démontré qu’on avait bien changé d’époque.

dategenreadversairescoreaffluence
11/10/1959 Amical Bulgarie 0-1 45 000
12/11/1961 Qualification Coupe du Monde 1962 Bulgarie 0-1 55 000
29/09/1963 1/8e finale Championnat d’Europe 1964 Bulgarie 0-1 50 000
04/12/1971 Qualification Championnat d’Europe 1972 Bulgarie 1-2 18 000
09/10/1976 Qualification Coupe du Monde 1978 Bulgarie 2-2 45 000
02/05/1985 Qualification Coupe du Monde 1986 Bulgarie 0-2 70 000
09/09/1992 Qualification Coupe du Monde 1994 Bulgarie 0-2 41 000
07/10/2017 Qualification Coupe du Monde 2018 Bulgarie 1-0 16 000

La France a joué 8 rencontres au stade Vasil-Levski entre 1959 et 2017. Le bilan est largement déficitaire : 6 défaites, un match nul et une victoire, 4 buts inscrits pour 11 encaissés. Au niveau des joueurs, Pierre Bernard, Lucien Muller, André Lerond, Marius Trésor, Michel Platini et Maxime Bossis ont joué deux fois au Vasil-Levski sous le maillot bleu. Lucien Muller, Maryan Synakowski, Max Fulgenzi, Marcel Adamczyk, Pierre Michelin, Marcel Artelesa, Jean Louis Buron, Marius Trésor et Olivier Rouyer y ont connu leur première sélection. Bernard Blanchet, Michel Platini, Bernard Lacombe et Blaise Matuidi sont les quatre Bleus qui ont marqué un but à Vasil-Levski.

[1Le championnat d’Europe 1957 de basket a été remporté par l’URSS vainqueur de la Bulgarie en finale. Les sept premières places du tournoi sont occupées par les sélections des Pays de l’Est. La France prend la huitième place.

A paraître le 12 novembre 2020


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