Génération 2 : les années Mattler (1930-1940)

Publié le 13 mai 2019

Parfaitement calée sur les années 1930, la deuxième génération des Bleus est emmenée par le défenseur sochalien Etienne Mattler. Elle dispute avec lui les trois premières Coupes du monde et commence à laisser des regrets, ce qui est plutôt bon signe.

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La carrière internationale d’Etienne Mattler, qui va entraîner à ses côtés la deuxième génération de l’histoire, colle aux années 30. Le défenseur du FC Sochaux débute le 25 mai 1930 à Liège contre la Belgique, juste à temps pour être intégré dans la liste des 16 pionniers pour la Coupe du monde en Uruguay, qui va mobiliser des joueurs amateurs [1] pendant deux mois. Et elle s’achève le 28 janvier 1940 contre le Portugal lors du dernier match international avant l’Occupation allemande. Elle est marquée par l’apparition d’une nouvelle compétition qui va supplanter les Jeux olympiques : la Coupe du monde créée par la FIFA et dont les trois premières éditions vont se dérouler, on l’a vu, en Uruguay en 1930, en Italie en 1934 et en France en 1938.

L’après Coupe du monde est difficile à digérer pour l’équipe de France qui connaît un gros trou d’air pendant deux ans et demi, ne gagnant que trois fois (dont l’Allemagne et l’Angleterre au printemps 1931, quand même) en quatorze sorties (deux nuls, neuf défaites). C’est encore médiocre entre 1935 et 1937 (quatre victoires pour dix défaites), puis c’est nettement mieux d’octobre 1937 à janvier 1940, avec seulement trois défaites (dont deux contre l’Italie) et neuf victoires. La guerre interrompt ce bel élan. Dommage, car avec le gardien avant-gardiste Julien Darui, le meneur de jeu Larbi Ben Barek ou les attaquants Jean Nicolas et Oscar Heisserer, il y avait de quoi voir venir.

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Ces 60 rencontres sont l’occasion d’un brassage intense de joueurs, 108 ayant participé à au moins un match et 84 ayant joué au moins une fois avec Mattler. En 1940, il est recordman des sélections (46), devant Edmond Delfour et Jules Devaquez (41), Paul Nicolas (35), Alex Thépot et Raymond Dubly (31).

Impossible de déterminer ici un cœur et un noyau, puisque les deux tiers des 108 joueurs (67) ont disputé tous leurs matchs internationaux pendant la période étudiée et 28 autres plus de la moitié. La carrière d’Etienne Mattler est suffisamment longue dans la durée pour déborder celles de la plupart de ses coéquipiers. Parmi eux, un seul a joué plus de 20 fois sur la période : Jean Nicolas (25). Viennent ensuite Raoul Diagne et Roger Rio (18) et Joseph Kaucsar (15).

Quant au sélectionneur, il s’agissait à l’époque d’un comité de sélection présidé par Gaston Barreau, avec un entraîneur qui ne choisit pas les joueurs : l’Anglais George Kimpton par intermittence en 1934 puis en 1935-36, l’ancien gardien de but Maurice Cottenet par la suite (en tant que préparateur physique). A partir de mai 1936, Gaston Barreau est seul sélectionneur.

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Un bilan qui tend vers l’équilibre, grâce à Mattler

24 victoires et 29 défaites en 60 matchs, pas de quoi être fier. Et pourtant, avant-guerre, c’est le signe que l’équipe de France sort enfin de la faiblesse des années 20 pour s’approcher, petit à petit, du niveau international. Les Français n’encaisseront six buts que deux fois, en 1930 et 1936, et jamais plus que ça. Et l’influence d’Etienne Mattler est certaine : sans lui, les Bleus perdent 10 fois sur 14 ! Alors que le bilan du défenseur sochalien est honorable, avec 21 victoires et 19 défaites en 46 sélections. En compétition, l’équipe de France gagne trois fois sur sept contre le Mexique en 1930 (4-1), le Luxembourg en 1934 (6-1) et la Belgique en 1938 (3-1), et s’incline avec les honneurs contre l’Argentine (0-1) et le Chili (0-1) en 1930, face à l’Autriche (2-3 après prolongations) en 1934 et contre l’Italie (1-3) en 1938.

Le point haut : 27 mai 1934, Autriche-France

Personne ne donne cher de la peau de l’équipe de France qui débute la deuxième Coupe du monde de l’histoire à Turin contre l’Autriche, baptisée alors la Wunderteam, et une des meilleures d’Europe, sinon du monde. Comme en 1958, elle est pourtant lourdement handicapée par la blessure rapide de Jean Nicolas, qui avait ouvert le score à la 18e. Matthias Sindelar égalise juste avant la mi-temps, et comme le score ne bouge plus et que c’est un huitième de finale, il faut jouer les prolongations, les toutes premières de l’histoire des Bleus. Elles seront fatales. A la 93e, Schall, hors-jeu, marque sans opposition d’Alex Thépot, le gardien français s’étant arrêté. Un pénalty aurait pu être sifflé pour les Français pour une faute de Karl Sesta sur Fritz Keller, et un autre l’a été pour une main du même Sesta, pénalty transformé par Georges Verriest. Mais entre temps les Autrichiens avaient fait le break par Anton Schall, et l’emportaient (3-2). Pour la première fois de son histoire, l’équipe de France s’était illustrée en compétition face à un adversaire de haut niveau.

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Le point bas : 12 janvier 1936, France-Pays-Bas

C’est la fin de la période WM de l’équipe de France, et de son entraîneur anglais George Kimpton. Vingt mois après un fameux 5-4 tricolore à Amsterdam (alors que les Néerlandais menaient 3-0 après 12 minutes), les Bleus reçoivent les Pays-Bas au Parc des Princes. Ils appliquent une stratégie de marquage strict sur les ailiers adverses avec Raoul Diagne d’un côté et Etienne Mattler de l’autre. Du coup, ils laissent un boulevard dans l’axe à l’avant-centre Elyseus Bakhuys qui réalise un triplé et contribue aux trois autres buts néerlandais, concluant le match sur un score de tennis (1-6). Les sorties prématurées du milieu défensif Louis Gabrillargues et de l’attaquant Aimé Nuic, blessés dans la première demi-heure, n’ont pas aidé. C’est l’avant-dernière fois que l’équipe de France encaisse six buts (la suivante sera en 1960 contre la Suisse, 2-6) et perd par cinq buts d’écart (la dernière date de 1969 contre l’Angleterre, 0-5).

Ce que l’on retiendra

Bizarrement, il s’en est fallu de peu pour que cette équipe de France des origines, ou presque, réalise de beaux parcours en Coupe du monde. Elle est passée tout près d’un nul contre l’Argentine qui l’aurait qualifiée en 1930 (0-1 et fin de match confuse, l’arbitre ayant arrêté la partie avant le terme, puis l’avait fait reprendre) alors que l’attaquant Lucien Laurent avait été blessé d’entrée de jeu à la cheville, a été sortie en prolongations par l’Autriche en 1934 dans des circonstances très défavorables et a tenu tête une mi-temps face à l’Italie en quart de finale en 1938. Compte tenu du niveau d’ensemble du football français dans les années trente, c’était plutôt pas mal. Et si Ben Barek était né dix ans plus tôt, il aurait sans doute été le très grand joueur qui a manqué aux Bleus pour faire la différence.

[1le professionnalisme ne sera mis en place qu’en 1932 en France.

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