Génération 7 : les années Papin (1986-1995)

Publié le 20 mai 2018, mis à jour le 3 juin 2018

Prenez quelques cadres de la génération Platini et des débutants qui feront celle de Zidane. Ajoutez une ossature marseillaise et le duo Papin-Cantona devant. Résultat ? Deux sélectionneurs virés et un troisième qui jette l’éponge.

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La septième génération des Bleus, celle dite de Papin, va donc du mois de février 1986 à celui de janvier 1995, soit environ neuf ans. Comme celle de Ribéry, elle débute alors que la précédente, celle de Platini, va bientôt s’achever et elle aussi commence par une phase finale de Coupe du monde. Mais pour l’essentiel, la génération Papin est calée sur l’après-Platini, à partir de l’été 1987. Elle correspond d’ailleurs plutôt à la période Cantona (qui débute en juillet 1987 et termine en même temps que Papin), et elle se serait sans doute appelée ainsi, mais je considère que Papin, avec son Ballon d’or 1991, sa Coupe du monde 1986, ses 30 buts en sélection et son riche palmarès en club a plus marqué son époque que Cantona.

Papin aura vu partir les géants de la génération Platini comme Bossis, Rocheteau et Giresse (en 1986), Platini lui-même (1987), Tigana (1988), Battiston et Bats (1989), Fernandez et Amoros (1992). Il aura aussi vu arriver la génération Zidane avec Blanc et Deschamps (1989), Lizarazu (1992), Desailly et Djorkaeff (1993), Barthez, Thuram et Zidane (1994), même s’il n’a joué qu’une fois avec le futur gardien champion du monde et jamais avec les deux derniers.

La sienne, celle des Cantona, Martini, Sauzée, Boli ou Casoni a plus brillé en club, de Marseille à Manchester en passant par Munich, qu’en sélection.

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Le cœur et le noyau

Période relativement ramassée dans le temps (comme celle de Ribéry) et plus encore en nombre de matchs (78), la génération Papin a quand même vu défiler pas moins de 94 joueurs, ce qui est bien le signe d’un moment de transition avec un brassage important et finalement peu de joueurs qui s’inscrivent dans la durée.

Parmi eux, 13 n’ont pas eu de temps de jeu avec JPP : Philippe Anziani, Gérard Buscher, Jean-Pierre Cyprien, Patrick Delamontagne, Fabrice Divert, Patrice Garande, Bruno Germain, Bruno N’Gotty, Didier Sénac, Lilian Thuram, Philippe Tibeuf, Bernard Zénier et Zinédine Zidane.

Le cœur de cette génération est composé de 60 joueurs y ayant vécu au moins la moitié de leur carrière internationale. Pour 40 d’entre eux, c’est même la totalité de leur parcours en Bleu qui est inscrit dans ces neuf années.

Le noyau, qui comporte les joueurs ayant disputé au moins la moitié des matchs de la période, est dominé par Papin lui-même qui a le plus joué (54 fois) devant Manuel Amoros (52), Eric Cantona et Basile Boli (45), Laurent Blanc (43), Didier Deschamps (40) et Franck Sauzée (39).

Outre Papin, évidemment, trois autres joueurs n’ont joué avec les Bleus aucun match en dehors de cette période : Cantona, Boli et Sauzée. Amoros vient de la génération Platini (avec laquelle il compte 30 sélections) alors que Blanc et Deschamps ont plus joué avec celle de Zidane (54 et 63 fois).

Dans les graphiques ci-dessous, on représente en orange les matchs joués hors période (avant ou après), en noir les matchs joués dans la période et en gris clair les matchs manqués pendant la période.

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Le deuxième cercle des internationaux de la période regroupe ceux qui ont joué entre un quart et la moitié des matchs, soit entre 20 et 38 (sur 78). Ils sont neuf dans ce cas, dont quatre qui comptent tous leurs matchs internationaux dans cette période : Casoni, Durand, Vahirua et Perez.

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Qui les a lancés ?

La génération Papin, pourtant courte, a mobilisé quatre sélectionneurs : la plus grande partie du mandat d’Henri Michel (27 matchs sur 36), la totalité des mandats de Michel Platini (29) et de Gérard Houllier (12) et la première année de celui d’Aimé Jacquet (10).

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Si on regarde maintenant qui a lancé le plus de joueurs de cette génération, c’est Henri Michel qui arrive en tête (23 nouveaux), devant Michel Platini (18), Gérard Houllier (16) et Aimé Jacquet (8). Mais parmi eux, ceux qui ont fini à plus de 50 sélections se répartissent bien différemment : Papin est le seul dans ce cas avec Henri Michel (ce qui témoigne du niveau modeste de la plupart des internationaux de l’époque), alors qu’ils sont quatre pour Houllier et Jacquet sur des périodes pourtant plus courtes (dix-huit mois pour le premier, un an pour le deuxième). Houllier a lancé Karembeu (53 sélections), Djorkaeff (82), Lizarazu (97) et Desailly (116). Jacquet a découvert Dugarry (55), Barthez (87), Zidane (108) et Thuram (142), tout ça en six mois. Excusez du peu ! Michel Platini en a trouvé trois (en trois ans et huit mois) : Petit (63), Blanc (97) et Deschamps (103).

Sur le graphique ci-dessous, je mets en évidence pour chaque sélectionneur la proportion de joueurs lancés par lui et leur nombre total de sélections (sur l’ensemble de leur carrière internationale, pas uniquement sur la période).

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Un bilan décevant

78 matchs, 39 victoires (la moitié, donc), 24 nuls et 15 défaites : le moins qu’on puisse dire, c’est que la génération Papin n’a pas marqué l’histoire par son bilan. En resserrant la focale sur les rencontres qui comptent, c’est encore moins bon avec 23 victoires sur 48. Et si on se limite aux phases finales, le point est vite fait : dix matchs joués seulement (en neuf ans !) pour 4 victoires, autant de nuls et 2 défaites. Correct en soi, mais évidemment tronqué par les bons résultats de la Coupe du monde 1986 (4 victoires, 2 nuls et une défaite) qui appartient en commun à la génération Platini. L’Euro 1992 avec ses deux nuls contre la Suède (1-1) et l’Angleterre (0-0) et sa défaite face aux Danois (1-2) plombe évidemment le tableau.

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Est-ce que c’est mieux lors des 54 matchs joués par JPP que lors des 24 où il n’était pas sur le terrain ? Oui, quand même. Un attaquant capable de marquer 30 fois (et de donner 5 passes décisives) pèse forcément dans le résultat. Avec lui, les Bleus ont gagné 29 fois sur 54. Sans lui, seulement 10 fois sur 24, avec autant de nuls que de victoires.

Le point haut : 12 octobre 1991, Espagne-France

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S’il a échoué dans sa mission de qualifier les Bleus pour le Mondial italien en 1990, Michel Platini a bâti à partir de l’été 1989 une équipe à l’italienne, justement, taillée pour le contre et son duo de choc Papin-Cantona. Après une très bonne année 1990, l’équipe de France cartonne en 1991 avec notamment un 5-0 entre l’Albanie et un 5-1 en Pologne. En octobre, à Séville contre l’Espagne, les Bleus n’ont besoin que d’un nul pour se qualifier pour l’Euro 1992. Ils feront mieux que ça.

Dans un stade qui sonne creux et sur un terrain boueux, ils mènent 2-0 après 16 minutes et une volée de Fernandez suivi d’une percée victorieuse de Papin. La réduction du score par Abelardo n’inquiètera pas les coéquipiers d’Amoros qui l’emportent en Espagne pour la première fois depuis Kopa en 1955. Ils se posent dès lors comme favoris de l’Euro à venir. Le piteux nul à Chypre (1-1) qui avait coûté sa place à Henri michel trois ans plus tôt est oublié.


 

Le point bas : 13 octobre 1993, France-Israël

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C’est ce soir-là, et pas un mois plus tard contre une Bulgarie qui sera demi-finaliste aux Etats-Unis en 1994, que l’équipe de France de Gérard Houllier a atteint son point bas. Alors qu’une victoire lui assurait la qualification pour la Coupe du monde, et qu’elle semblait acquise après la large victoire de l’aller (4-0), les Bleus ont tout fait à l’envers. En encaissant un but la 21e, ils se mettent en difficulté tous seuls, même s’il repassent devant en dix minutes grâce à Sauzée et Ginola.

Papin est capitaine, mais ne parvient pas à marquer ce troisième but qui plierait le match, ratant même un face-à-face devant Ginzburg. Avec Desailly arrière droit et Petit arrière gauche, la défense prend l’eau dans les dix dernières minutes (à tous les sens du terme, il pleut des cordes sur le Parc) et encaisse deux buts qui transforment une qualification acquise en une élimination à venir.


 

Ce que l’on retiendra

Cette génération-là n’a rien eu à se mettre sous la dent, surtout si on considère la Coupe du monde 1986 comme le dernier acte de la génération Platini plutôt que le premier de celle de Papin. Il ne reste donc plus que trois phases finales manquées (Euro 1988, Coupes du monde 1990 et 1994) et une autre à peine disputée (Euro 1992). Et une belle série d’invincibilité qui dura 19 matchs et deux ans et demi, mais qui n’aura servi à rien. Elle aura surtout été un fossoyeur des ambitions des sélectionneurs, de Henri Michel à Gérard Houllier, tous deux débarqués, en passant par Michel Platini, qui abandonne après l’échec de l’Euro suédois qui est aussi le sien.

On retiendra donc surtout les buts de JPP, qui ont donné naissance au terme de papinade et sa complicité avec Eric Cantona qui aura juste manqué d’être valorisée par un vrai numéro 10 derrière eux. Mais le précédent (Platini) n’était plus là, et le suivant (Zidane) n’était pas compatible avec le caractère de Cantona et n’a jamais joué avec Papin. On peut le regretter.

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