Joël Bats, le contrat de confiance

Publié le 11 juillet 2019 - Bruno Colombari - 6

Michel Hidalgo aura mis sept ans avant de trouver son gardien, mais avec Joël Bats, il a gagné le gros lot. Rassurant et décisif en 1984, l’Auxerrois devenu Parisien sauve l’équipe de France à Guadalajara en 1986. La suite sera bien moins brillante.

Cet article est publié dans le cadre de la série de l’été 2019, Les hommes de mains.

Son apport

Quand il arrive en équipe de France en septembre 1983, il vient de guérir d’un cancer et brille avec l’AJ Auxerre. Depuis sept ans, Michel Hidalgo cherche la solution dans les buts. Mais Bertrand-Demanes, Baratelli, Rey, Dropsy, Bergeroo, Ettori, Castaneda et Hiard ne font pas l’affaire. Tempet non plus.

A neuf mois de l’Euro, il teste donc Bats. Les débuts contre le Danemark et l’Espagne (quatre buts encaissés) ne sont pas rassurants, mais Hidalgo lui laisse sa chance. Et cette confiance, Bats va la rendre en enchaînant sept matchs sans encaisser de but (jusqu’au troisième match de l’Euro contre la Yougoslavie), record qui a tenu jusqu’en juin 2004. Certes, il n’a pas été extrêmement sollicité lors du tournoi de 1984, mais hormis face au Portugal, il n’a pas été en difficulté. Et encore, faut-il se souvenir qu’en prolongations à Marseille, à 1-2, il avait sauvé une balle de break pour les Portugais qui aurait sans doute envoyé les Bleus par le fond.

Sa régularité au plus haut niveau, son calme qui rassure la défense et sa capacité à sortir des performances remarquables font de lui le premier gardien français à s’installer durablement dans les cages. Même si sa carrière internationale est finalement assez courte (six ans, contre douze pour Barthez et bientôt onze pour Lloris), elle est très concentrée et compte deux phases finales complètes : cinq matchs en 1984 et six (sur sept) en 1986. C’est lors du Mondial mexicain qu’il donne sa pleine mesure, même si sa responsabilité est engagée contre la RFA en demi-finale : le coup franc de Brehme lui passe sous le bras, et sa sortie hors de la surface sur le deuxième but de Völler est aventureuse (même si elle n’a rien changé au résultat final).

Il est malheureusement arrivé un peu trop tard dans l’histoire des Bleus. Sans sa maladie qui l’a cloué au lit en 1982, il aurait pu jouer une autre Coupe du monde, à 24 ans. Entre 1986 et 1989, l’équipe de France était sur la pente descendante et lui avec.

Bats au classement des joueurs

Il reste encore dans le top 50 au nombre de sélections (50, justement), mais il est sous la menace de N’Golo Kanté (38) et surtout de Kylian Mbappé (33) lancé à pleine vitesse. Il est encadré par le duo d’attaquants composé de Didier Six (52) et Dominique Rocheteau (49) avec un bilan moins bon : 25 victoires pour 11 défaites.

# Joueur Sel Tps
jeu
mn
%
tit
G N P Buts
45 Didier Six 52 3431 71% 29 11 12 13
46 Mathieu Valbuena 52 3033 65% 31 8 13 8
47 Laurent Koscielny 51 4250 90% 30 9 12 1
48 Joël Bats 50 4527 100% 25 14 11 0
49 Frank Lebœuf 50 3351 72% 31 13 6 4
50 Dominique Rocheteau 49 3486 80% 31 9 9 15
51 Sidney Govou 49 2244 45% 27 13 9 10
Voir le classement complet des joueurs

Bats au classement des gardiens

Il avait fait tomber le record de Georges Carnus (36 sélections) en septembre 1987 contre l’URSS et l’avait conservé près de 15 ans, jusqu’en juin 2002. Depuis, Fabien Barthez l’a dépassé, avant d’être lui-même déposé par Hugo Lloris en juin 2017. Mais aucun gardien ne le menace à court ou moyen terme : Bats restera sur le podium encore de longues années.

#GardienSelBeBe/M0123+inv.
mn
inv
ma
1 Hugo Lloris 112 91 0,81 50 38 20 4 360 3
2 Fabien Barthez 87 48 0,55 51 26 8 2 896 8
3 Joël Bats 50 37 0,74 28 9 11 2 639 7
4 Bernard Lama 44 31 0,7 23 12 7 2 780 8
5 Georges Carnus 36 54 1,5 6 13 12 5 183 1
6 Grégory Coupet 34 19 0,56 20 11 2 1 504 5
Voir le classement complet des gardiens

Son équipe préférentielle

Joël Bats a joué avec 64 partenaires en sélections, en 50 matchs. Son équipe-type est en fait quasiment celle de l’Euro 1984, avec l’attaque de celle de 1986 (Papin-Stopyra à la place de Lacombe-Six ou Bellone). Amoros n’a manqué que sept matchs de Bats, qui a joué plus d’une vingtaine de fois avec le carré magique entre 1983 et 1986.

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Ses sélectionneurs

Avec Michel Hidalgo, il n’aura fait qu’une saison, mais quelle saison ! Démarrée lentement avec une défaite et deux nuls fin 1983, puis une série parfaite de neuf victoires d’affilée dont sept six sans encaisser le moindre but, et le titre de champion d’Europe au bout. Surtout, il aura disputé les douze matchs en ne manquant que 25 minutes anecdotiques contre l’Autriche en mars.

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Avec Henri Michel, ça continue sur la lancée de la première saison, mais une fois rentré du Mexique, la série noire commence : 3 victoires pour 5 défaites et 5 nuls. Ça ne s’arrange pas vraiment avec Platini (2 défaites et 2 nuls pour les quatre premiers matchs) même si la fin est meilleures (3 victoires et un nul), mais c’est trop tard : l’élimination pour la Coupe du monde 1990 est consommée.

Son premier match : 7 septembre 1983, Danemark-France

Pour ses débuts en sélection, Joël Bats n’aurait pas pu imaginer pire scénario : le tout jeune Michaël Laudrup, 19 ans, fait des misères à Yvon Le Roux et marque deux fois en début (20e) et en fin de match (75e), alors que Kenneth Brylle a redonné l’avantage au Danemark à l’heure de jeu après que Platini ait égalisé. Pourtant protégé par ce qui sera la défense type du début de l’Euro (Battiston, Le Roux, Bossis, Amoros), le gardien auxerrois prend cher contre des Danois qui vont se révéler au monde neuf mois plus tard. Dans d’autres circonstances, Michel Hidalgo serait passé à autre chose, mais il maintient sa confiance à Bats, les Bleus n’ayant que des matchs amicaux à disputer. Bonne inspiration.


 

Son match référence : 21 juin 1986, France-Brésil

S’il a semblé parfois fébrile face au Canada en ouverture du Mondial mexicain, Bats a fait une grosse prestation face à l’URSS et n’a rien laissé aux Italiens en huitièmes. Contre le Brésil de Tele Santana, il démarre fort en s’interposant sur des tirs de Careca, Socrates et Muller mais se fait aligner par Careca au terme d’une action limpide (18e). Loin de se décourager, il sort alors le match de sa vie, bien aidé aussi par le poteau (Muller, 32e) et la barre (Careca, 70e). Mais il est décisif face à Socrates (49e), Junior (66e), Zico (73e sur pénalty), Careca (81e), Zico (84e), Socrates (104e) et Alemao (115e). Comme ce n’est pas encore suffisant, il sort encore le premier tir au but de la série, celui de Socrates, et souffle un grand coup quand Julio Cesar trouve le poteau. Les grands gardiens ont aussi de la chance.


 

Son dernier match : 18 novembre 1989, France -Chypre

Plutôt que terminer sa carrière internationale au soleil italien en juin 1990, Joël Bats l’achève par un triste soir de novembre à Toulouse dans un match sans enjeu contre Chypre, puisque la Yougoslavie et l’Ecosse se sont qualifiées pour la Coupe du monde. Les Bleus dominent outrageusement l’équipe qui les avaient accrochés un an plus tôt à Nicosie (1-1) mais ne l’emportent que 2-0 sur des buts de Deschamps et Blanc, les futurs champions du monde. Quant à Bats, il aurait pu suivre le match dans une chaise longue, puisqu’il n’a eu aucune intervention à faire. Sans perspective à court terme, il quitte l’équipe de France sur une note décevante.


 

Et après ?

Joël Bats termine sa carrière en club au Paris SG, puis intègre le staff du club jusqu’en 1998 où il devient entraîneur principal de Châteauroux. En 1999 il rejoint l’Olympique lyonnais, dont il sera l’entraîneur des gardiens jusqu’en 2017 avec huit coachs différents. Il prend notamment en charge Grégory Coupet (jusqu’en 2008) et Hugo Lloris (de 2008 à 2012). Il exerce désormais à l’Impact de Montréal aux côtés de Rémi Garde.

Tous ses matchs

Dans ce tableau que vous pouvez trier colonne par colonne, la colonne « où » indique si les matches ont lieu à domicile (D), à l’extérieur (E) ou sur terrain neutre (N) ; les adversaires en bleu représentent les victoires, en gris les nuls et en rouge les défaites ; « bm » indique les buts marqués ; « tps » désigne le temps de jeu pour chaque match, l’astérisque avant la durée signale une entrée en jeu en tant que remplaçant. Enfin, « sel » indique le sélectionneur : « MP » pour Michel Platini, « HM » pour Henri Michel, « MH » pour Michel Hidalgo.

#dategenreadversaireres.bmtpssel
41 28/09/1988 qCM D Norvège 1-0 90 HM
39 23/03/1988 Amical D Espagne 2-1 90 HM
34 29/04/1987 qEuro D Islande 2-0 90 HM
23 26/03/1986 Amical D Argentine 2-0 90 HM
21 16/11/1985 qCM D Yougoslavie 2-0 90 HM
20 30/10/1985 qCM D Luxembourg 6-0 90 HM
18 21/08/1985 Intercont. D Uruguay 2-0 90 HM
15 08/12/1984 qCM D RDA 2-0 90 HM
14 21/11/1984 qCM D Bulgarie 1-0 90 HM
40 24/08/1988 Amical D Tchécoslovaquie 1-1 90 HM
22 26/02/1986 Amical D Irlande du Nord 0-0 90 HM
38 18/11/1987 qEuro D RDA 0-1 90 HM
32 11/10/1986 qEuro D URSS 0-2 90 HM
13 13/10/1984 qCM E Luxembourg 4-0 90 HM
42 22/10/1988 qCM E Chypre 1-1 90 HM
37 09/09/1987 qEuro E URSS 1-1 90 HM
33 19/11/1986 qEuro E RDA 0-0 90 HM
31 10/09/1986 qEuro E Islande 0-0 90 HM
16 03/04/1985 qCM E Yougoslavie 0-0 90 HM
36 12/08/1987 Amical E Allemagne 1-2 85 HM
35 16/06/1987 qEuro E Norvège 0-2 90 HM
30 19/08/1986 Amical E Suisse 0-2 90 HM
19 11/09/1985 qCM E RDA 0-2 90 HM
17 02/05/1985 qCM E Bulgarie 0-2 90 HM
27 17/06/1986 CM N Italie 2-0 90 HM
26 09/06/1986 CM N Hongrie 3-0 90 HM
24 01/06/1986 CM N Canada 1-0 90 HM
28 21/06/1986 CM N Brésil 1-1 120 HM
25 05/06/1986 CM N URSS 1-1 90 HM
29 25/06/1986 CM N Allemagne 0-2 90 HM
12 27/06/1984 Euro D Espagne 2-0 90 MH
11 23/06/1984 Euro D Portugal 3-2 120 MH
10 19/06/1984 Euro D Yougoslavie 3-2 90 MH
9 16/06/1984 Euro D Belgique 5-0 90 MH
8 12/06/1984 Euro D Danemark 1-0 90 MH
7 01/06/1984 Amical D Ecosse 2-0 90 MH
6 18/04/1984 Amical D Allemagne 1-0 90 MH
5 28/03/1984 Amical D Autriche 1-0 62 MH
4 29/02/1984 Amical D Angleterre 2-0 90 MH
2 05/10/1983 Amical D Espagne 1-1 90 MH
3 12/11/1983 Amical E Yougoslavie 0-0 90 MH
1 07/09/1983 Amical E Danemark 1-3 90 MH
50 18/11/1989 qCM D Chypre 2-0 90 MP
49 11/10/1989 qCM D Ecosse 3-0 90 MP
46 29/04/1989 qCM D Yougoslavie 0-0 90 MH
47 16/08/1989 Amical E Suède 4-2 90 MP
48 05/09/1989 qCM E Norvège 1-1 90 MH
44 07/02/1989 Amical E Rep. d’Irlande 0-0 90 MH
45 08/03/1989 qCM E Ecosse 0-2 90 MP
43 19/11/1988 qCM E Yougoslavie 2-3 90 MP

Vos commentaires

  • Le 17 juillet 2019 à 18:31, par Nhi Tran Quang En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    Comme pour Amoros et Fernandez, la carrière de Bats chez les bleus est similaire à eux. Cependant je voudrais apporter quelques précisions dans ses prestations en équipe de France sans pour autant dévaluer ce qu’il a apporté à elle. Lors du 1/4 de finale contre le Brésil, il ne faut pas oublier qu’avant d’être le héros dans la séances des penalty et de celui qu’il arrête face à Zico durant le temps réglementaire, le penalty arrêté face à Zico est un penalty qu’il a provoqué en accrochant Branco dans la surface. Concernant ses derniers années en équipe de France notamment lors des éliminatoires de la coupe du monde 90, comme contre l’Allemagne en 86, il est responsable du but du 2-0 lors la défaite des bleus contre l’Ecosse à Hampden Park, même si la France était déjà mené 1-0 auparavant. Cependant l’erreur la plus fatale c’était lors du match retour contre la Norvège à Oslo, où une mauvaise sortie de but de Bats amène l’égalisation norvégienne & ainsi le match nul (1-1). Ce match nul certes moins humiliant que celui contre Chypre entraîne l’élimination finale de la France alors qu’une victoire en Norvège aurait pu rattraper le pt perdu contre Chypre si on regarde le classement final lors de ces éliminatoires de la coupe du monde 90.

  • Le 17 juillet 2019 à 18:57, par Nhi Tran Quang En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    M V N D Bp BC Diff Pts
    1Yougoslavie 8 6 2 0 16 6 10 14
    2 Écosse 8 4 2 2 12 12 0 10
    3 France 8 3 3 2 10 7 3 9
    4 Norvège 8 2 2 4 10 9 1 6
    5 Chypre 8 0 1 7 6 20 -14 1

    On peut constater au vue du classement final que le point perdu lors du match retour contre la Norvège a coûté aussi cher que celui contre Chypre ou contre la Yougoslavie. La mauvaise sortie de Bats sur un corner à la 84ème minute du match retour à Oslo contre la Norvège alors que la France mène 1-0 a fait perdre un pt précieux car une victoire aurait pu rattraper le pt perdu à domicile contre la Yougoslavie mais surtout le pt perdu à Chypre à ce moment là de la compétition car si la France avait gagné, elle aurait eu 6 pts contre 9 pour l’Ecosse. Après avoir battu l’Ecosse 3-0 la journée suivante, les bleus seraient revenu à 1pt de l’Ecosse mais avec une différence de +1 contre 0 avant la dernière journée. Cependant même si rien ne garantissait la qualification lors de la dernière journée, le dernier point perdu a enlevé les dernieres chances de sursis pour une qualification pour la coupe du monde 90.

  • Le 31 juillet 2019 à 16:18, par Nhi Tran Quang En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    il ne faut pas oublier le match en 6/87 en Norvège où une mauvaise sortie/ou un dégagement raté de Bats scelle l’élimination de la France de l’Euro 88 (même si la France était déjà très mal parti depuis le début de ces éliminatoires).

    Décidément les pays scandinaves ne portent pas chance à Bats, à part une victoire étriquée contre le Danemark en 84, il y aura eu des débuts ratés en Danemark en 83, match nul en Islande en 86 qui fait mal débuter la France pour les éliminatoires de l’euro 88, victoire contre l’Islande en 87 sans que l’on sache que c’était le match en bleu de Platini, une sortie raté en Norvège en 87 qui scelle l’élimination de la France pour l’Euro 88 et une autre erreur de sa part en 89 pour les éliminatoires de la coupe du monde 90

  • Le 28 août 2019 à 13:09, par Franck En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    Bonjour,
    Je me permets de rebondir sur les commentaires.
    Il ne faut pas minimiser le rôle de Bats lors du 1/4 face au Brésil. En effet c’est lui qui provoque le penalty. Cependant je vous invite à revoir le match car Bats est tout simplement exceptionnel tout au long de la rencontre, effectuant de nombreuses parades. C’est pour moi l’homme du match !

  • Le 28 août 2019 à 13:59, par Tran Quang Nhi En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    Je ne minimise pas son rôle mais je ne le surestime pas non plus, il a été certes exceptionnel tout en méritant son titre de homme du match mais ce n’est parce que c’est le Brésil que c’est son meilleur match ça l’aurait pu si il n’avait pas provoqué le penalty, pour moi son meilleur match durant la compete tout comme pour l’équipe de France durant la coupe du monde 86, c’est contre l’Italie mais le match contre le Brésil l’a éclipsé par sa dramaturgie car le match contre l’Italie était beaucoup mieux maîtrisé sur le plan technico-tactique

  • Le 28 août 2019 à 14:24, par Bruno Colombari En réponse à : Joël Bats, le contrat de confiance

    S’il ne provoque pas le penalty il y a but derrière. Et le match contre l’Italie est maitrisé, oui, mais contre un adversaire moyen. Le Brésil de Santana était autrement plus fort, avec un vrai gardien et un vrai avant centre, contrairement à 1982 où Valdir Peres et Serginho avaient plombé l’équipe.

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