Triangle d’or ou triangle des Bermudes ?

Publié le 9 juin 2012, mis à jour le 10 octobre 2013

Les deux défenseurs centraux et le milieu défensif jouent un rôle déterminant en phase finale. De Trésor à Rami en passant par Fernandez, Bossis, Desailly ou Deschamps, petit tour d’horizon depuis 1978.

Les joueurs dont on parle le plus dans une équipe sont le plus souvent le gardien, le meneur de jeu et l’avant-centre, soit en numérotation ancienne, le 1, le 10 et le 9. Le premier parce qu’il peut, par ses interventions, sauver un match et les autres parce qu’ils sont capables, par les brèches qu’ils ouvrent dans la défense adverse, de le gagner.

JPEG - 16.2 koPour autant, il convient de ne pas négliger un autre trio particulièrement important dans l’équilibre et l’assise d’une équipe : le triangle défensif axial composé des deux défenseurs centraux (le 4 et le 5) et du milieu défensif placé devant eux (le 6). Quand il a pris en main la sélection nationale en août 2010, Laurent Blanc s’est attaché à installer très vite des joueurs fiables à ces postes-clés, et à leur accorder du temps. Adil Rami, Philippe Mexès et Yann M’Vila ont ainsi constitué la base des Bleus pendant les six premiers mois.

La longue blessure de Mexès, la suspension de Rami et le forfait de M’Vila pendant les matches de préparation ont fragilisé l’édifice. Il est probable que ce triangle défensif, où Alou Diarra a pris la place du Rennais, sera la clé du succès ou de l’échec des Bleus en Ukraine.

Pour mesurer l’importance de ces triangles, nous avons étudié leur composition en phase finale depuis 1978, à l’exception de l’Euro 1992, où Michel Platini avait composé une défense à cinq avec trois axiaux (Boli, Casoni et Blanc) et un milieu défensif (Fernandez). Une formule coffre-fort qui n’eut pas un grand succès.


Sur les schémas, pour chaque joueur sont indiqués respectivement le nombre de sélections et l’âge (avant le premier match du tournoi). Au centre du triangle, la moyenne du nombre de sélections et la moyenne d’âge des trois joueurs.

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Pendant les six premières années de l’ère Hidalgo, la défense a été le point faible de l’équipe de France. La défense axiale a beaucoup bougé autour de Marius Trésor, qui a côtoyé Patrice Rio et Christian Lopez en Argentine et Gérard Janvion et Christian Lopez encore en Espagne. Devant eux, on trouve soit Dominique Bathenay, soit Jean-Marc Guillou en 1978, tandis qu’en 1982 c’est tantôt René Girard, tantôt Jean Tigana, voire Bernard Genghini qui joue en milieu défensif. Le résultat n’est pas bon, avec cinq buts encaissés en trois matches en Argentine et douze en sept matches en Espagne.

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La formule gagnante, Michel Hidalgo la trouve à partir de la fin 1982 avec l’arrivée de Luis Fernandez, puis en 1983 avec Yvon Le Roux et le passage de Max Bossis dans l’axe. Les résultats suivent immédiatement, malgré un rajeunissement notable de l’ensemble à l’Euro 1984 (25,6 ans de moyenne d’âge), avec il est vrai un grand gardien derrière et un milieu de terrain étincelant. En 1986, le blindage est perfectionné avec le remplacement d’Yvon Le Roux par Patrick Battiston. Quatre buts encaissés en cinq matches à l’Euro, et six en sept matches au Mundial : le réalisme est enfin français.

France-RFA 1986 : Battiston, Bossis et Fernandez
France-RFA 1986 : Battiston, Bossis et Fernandez

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Après l’échec de la formule à cinq défenseurs de l’Euro 1992, Aimé Jacquet ajoute Marcel Desailly à Laurent Blanc et à Didier Deschamps, que Platini avait fait débuter en 1989. C’est la formule gagnante : avec ces trois-là, les Bleus ne perdent quasiment jamais (sauf contre Israël en 1993, mais avec Desailly en arrière latéral droit, et contre la Russie en 1999). L’équipe de France est demi-finaliste en 1996, championne du monde en 1998 et championne d’Europe en 2000. Difficile de faire mieux.

Après France-Brésil 1998 : Desailly, Blanc et Deschamps
Après France-Brésil 1998 : Desailly, Blanc et Deschamps

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Le départ conjoint de Blanc et Deschamps en septembre 2000 pose un casse-tête à Roger Lemerre, qui pense tout d’abord avoir la solution avec Franck Lebœuf et Patrick Vieira. Si le second donnera toute satisfaction jusqu’en 2006, le premier sera concurrencé par Mickaël Silvestre. Et en 2002, c’est Lilian Thuram qui glissera dans l’axe, sans succès. A partir de 2004, l’installation de Claude Makelele au milieu et le remplacement de Desailly par Gallas permettra aux Bleus de disposer d’une défense quasi-imprenable pour la coupe du monde 2006 (trois buts en sept matches), mais l’Euro 2008 sera la compétition de trop pour un trio de 33,7 ans de moyenne d’âge, le record de la série.

France-Suisse 2006 avec Gallas, Thuram et Makelele
France-Suisse 2006 avec Gallas, Thuram et Makelele

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L’arrêt de la carrière internationale de Thuram et Makelele a favorisé le recentrage d’Abidal aux côtés de Gallas, tandis que Toulalan reculait d’un cran. La formule échoue en Afrique du Sud (au sein d’un naufrage collectif, il est vrai), ce qui amène Laurent Blanc à faire table rase en 2010, même s’il aura ponctuellement recours à Eric Abidal dans l’axe. Il faut remonter à 1984 pour trouver un triangle défensif aussi peu expérimenté (29 sélections de moyenne), et encore, c’est parce qu’on a placé Alou Diarra et ses 41 capes à la place de Yann M’Vila qui ne compte que 19. Avec lui, la moyenne tomberait à 22 sélections.

A paraître le 2 novembre

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