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Sakho-Varane, la charnière avait du jeune

Publié le 7 juillet 2014, mis à jour le 5 mai 2015

PNG - 20.3 koLes cinq duos de défenseurs centraux français à avoir atteint une demi-finale mondiale étaient beaucoup plus expérimentés que Mamadou Sakho et Raphaël Varane. Qui ont donc été sortis en quarts.

Vingt et un ans pour l’un, vingt-quatre ans pour l’autre, 34 sélections à eux deux : après France-Allemagne, la charnière centrale française Sakho-Varane était l’une des plus juvéniles du tournoi. Le premier est sorti avant la fin, remplacé par Laurent Koscielny, le second a manqué de vice sur le but de Hummels. Et les deux sont rentrés à la maison plutôt que de disputer une demi-finale contre le Brésil.

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Raphaël Varane et Mamadou Sakho, beaucoup de promesses mais une expérience insuffisante pour sortir l’Allemagne en 2014.

Nul doute que cette charnière, qui a laissé entrevoir de très belles choses depuis neuf mois, a tout l’avenir devant elle. Vu sa jeunesse, elle pourrait même être encore là sans problème pour la coupe du monde 2022, au Qatar ou ailleurs. Il n’empêche que les Bleus, à chaque fois qu’ils ont atteint le dernier carré mondial (en 1958, 1982, 1986, 1998 et 2006), avaient une clé de voûte défensive autrement plus expérimentée.

1958 : Jonquet-Penverne, des promesses et la rupture

Lors des quarts de finale contre l’Irlande du Nord, Albert Batteux aligne en défense centrale Robert Jonquet et Armand Penverne, qui jouait plutôt milieu défensif. Ce n’est que la troisième fois que l’expérience est tentée, mais le deux hommes se connaissent bien, puisqu’ils ont déjà disputés 27 matches ensemble. Ce rééquilibrage de la défense (le gardien François Remetter a aussi été remplacé par Claude Abbes) permet aux Bleus d’encaisser moins de buts, après les six concédés en deux matches contre le Paraguay (7-3) et la Yougoslavie (2-3). Les Ecossais n’en ont marqué qu’un et les Irlandais aucun. L’association sera conservée contre le Brésil et tient plutôt bien la baraque malgré un but précoce de Vava. Mais la grave blessure de Jonquet à la demi-heure désorganise complètement la défense, puisqu’il n’y a pas de changement possible à l’époque. Et en deuxième mi-temps, le score saute de 1-2 à 2-5. Nul ne sait ce qui se serait passé si Jonquet avait pu tenir sa place normalement. A son retour après son rétablissement, ce dernier reviendra en défense centrale, mais Armand Penverne jouera sa dernière année internationale au poste de milieu défensif.

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Robert Jonquet (à gauche) et Armand Penverne (à droite), une charnière inattendue et efficace en Suède en 1958.

1982 : Janvion-Trésor, une alliance sans lendemain

Là aussi, c’est en cours de tournoi que Michel Hidalgo bricole une charnière centrale inédite, avec Marius Trésor en libéro et Gérard Janvion en stoppeur (il jouait habituellement arrière droit). Les deux hommes ont été associés 26 fois en défense avant France-RFA, mais ce n’est que la quatrième fois qu’ils se retrouvent ensemble dans l’axe. Ils ne concèdent que trois buts en quatre matches avant la demi-finale, mais un milieu de terrain déséquilibré vers l’avant et la désorganisation tactique issue de la sortie de Battiston vont leur coûter très cher. Après la coupe du monde, l’association ne durera que le temps d’un amical contre la Pologne (conclu sur un cinglant 0-4). Janvion terminera sa carrière internationale à l’automne 1982, Marius Trésor un an plus tard.

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Marius Trésor et Gérard Janvion encadrent Jean-Luc Ettori avec à leur droite les deux latéraux, Manuel Amoros et Maxime Bossis. C’est la défense bleue contre la RFA à Séville en 1982.

1986 : Battiston-Bossis, des couloirs à la charnière

Respectivement arrière droit et arrière gauche pendant l’essentiel de leur carrière, Battiston et Bossis se sont finalement calés dans l’axe, même s’il faudra attendre l’Euro 1984 et la blessure d’Yvon Le Roux pour voir le premier rejoindre le second dans cette nouvelle carrière. En 1986, c’est autour d’eux qu’Henri Michel construit sa défense pour le Mundial mexicain. Avec onze matches ensemble dans l’axe, Battiston et Bossis vont démontrer une belle étanchéité, ne concédant que deux buts lors des cinq premiers matches, sur des buts magnifiques de Rats (URSS) et Careca (Brésil). La retraite internationale de Max Bossis à l’été 1986 mettra un terme à ce qui fut la meilleure charnière de l’histoire des Bleus à ce moment-là.

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Manuel Amoros, Joël Bats, Patrick Battiston, Maxime Bossis et Thierry Tusseau avant d’affronter le Brésil en 1986.

1998 : Blanc-Desailly, assurance tous risques

Avec eux, les Bleus ne craignaient personne, surtout si Thuram et Lizarazu leur étaient associés sur les côtés. Blanc-Desailly, c’est le mur de l’Atlantique, la ligne Maginot et la grande muraille de Chine réunis. Quant arrive la coupe du monde 1998, ils ont 23 matches ensemble en défense centrale et se sont rôdés deux ans plus tôt à l’Euro où ils n’ont quasiment rien laissé passer. Leur association n’avait pourtant rien d’évident : Desailly a joué successivement arrière latéral et milieu défensif, Blanc a débuté en numéro dix. Avant la demi-finale contre la Croatie, la France n’a encaissé qu’un seul but, sur pénalty, contre le Danemark sans Laurent Blanc. L’association va durer encore deux ans, jusqu’à l’Euro 2000. Une fois Blanc parti, Marcel Desailly ne sera plus jamais aussi efficace.

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Marcel Desailly et Laurent Blanc félicitent Lilian Thuram auteur d’un doublé historique contre la Croatie en 1998.

2006 : Thuram-Gallas, la combinaison gagnante

Celle-là, Raymond Domenech a mis du temps à la trouver. Après avoir testé Mikaël Silvestre et promené Gallas dans les couloirs, le sélectionneur se décide enfin à associer les deux hommes quelques jours avant le début de la coupe du monde en Allemagne. Il était temps. Avec eux, les Bleus vont d’abord être solides derrière au premier tour (un seul but encaissé), et ne se feront surprendre qu’une seule fois face à l’Espagne, sur pénalty, avant les demi-finales (où ils ne broncheront pas face aux assauts de Ronaldo et de Figo). Le duo continuera jusqu’à l’Euro 2008, et un match où la défense fit naufrage contre les Pays-Bas (1-4). L’ultime sélection de Lilian Thuram.

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William Gallas et Lilian Thuram en grande conversation avec Zinedine Zidane contre la Suisse en 2006.

Bilan comparatif : le poids de l’expérience

Bon, d’accord, vous le saviez déjà avant de lire cet article : pour aller loin en coupe du monde, mieux vaut avoir une charnière centrale expérimentée. Ce graphique le démontre. La moyenne d’âge des cinq duos avant Sakho-Varane tourne autour de 31 ans, soit huit de plus que celle de 2014... La moyenne de sélections est de 58, contre 17 pour Sakho-Varane. Et le nombre de matches joués ensemble est de 29 contre 7...

En revanche, et là, c’est intéressant, Sakho et Varane ont joué sept fois ensemble dans l’axe. C’est plus que Penverne-Jonquet (3), que Janvion-Trésor et Battiston-Bossis (4), proche de Thuram-Gallas (8). Seuls Blanc et Desailly ont fait largement mieux (23). A noter aussi que contrairement à leurs précédesseurs, Sakho et Varane ont toujours joué en défense centrale chez les Bleus, ce ne sont pas des latéraux ou des milieux reconvertis.

On peut donc en conclure que ce n’est pas le vécu commun dans l’axe qui est essentiel, mais bien l’expérience de joueur, l’habitude du haut niveau, et aussi un minimum d’automatismes en défense. Les cinq autres duos avaient joués ensemble entre 26 et 34 fois avant de participer à leur première demi-finale mondiale dans l’axe. D’ici l’Euro 2016, Varane et Sakho auront tout le temps de peaufiner leurs réglages, à moins bien sûr que d’autres ne viennent s’intercaler, comme Aymeric Laporte ou Eliaquim Mangala.

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