Gardiens de but de l’équipe de France : chronologie du poste

Publié le 10 décembre 2021 - Bruno Colombari

Longtemps délaissé, peu valorisé, le poste de portier des Bleus n’a été vraiment déterminant qu’à l’arrivée de Joël Bats en 1983. Depuis, sept nouveaux gardiens comptent plus de 30 sélections alors qu’ils n’étaient que deux lors des huit premières décennies.

Mise à jour d’un article initialement paru en juillet 2019.

Deux chiffres pour commencer : 880 et 79. Le premier, c’est le nombre de matchs disputés par l’équipe de France depuis 1904 (au 1er décembre 2021). Le second, c’est le nombre de gardiens de but qui se sont succédé sur cette période. Autrement dit, c’est comme si un nouveau portier était appelé tous les onze matchs environ, ou comme si chacun d’eux comptait en moyenne onze sélections.

La réalité est bien sûr très différente. Les deux premiers, que ce soit au nombre de matchs joués, au palmarès ou en talent pur, comptent 223 sélections, soit près de 25% du total ! Aux 136 de Hugo Lloris s’ajoutent en effet les 87 de Fabien Barthez. Derrière, Joël Bats (50), Bernard Lama (44) et Georges Carnus (36) portent le total des cinq premiers à 340 sélections cumulées, soit près de 40% du total.

Bats recordman de l’assiduité : 29 matchs consécutifs !

Une autre statistique intéressante, c’est le nombre de matchs consécutifs joués par chaque gardien (la dernière colonne du tableau en bas de l’article). Ou plus précisément sa meilleure série. Le record est détenu depuis juin 1986 par Joël Bats (29 matchs consécutifs entre septembre 1983 et la demi-finale de la Coupe du monde 1986. Certes, il a été remplacé par Philippe Bergeroo en mars 1984 contre l’Autriche, mais c’était en cours de rencontre et il avait débuté le match. Et si les Bleus avaient joué la finale de la Coupe du monde contre l’Argentine, Albert Rust n’aurait pas interrompu la série de Bats qui aurait pu aller jusqu’à 38 !

La série de Joël Bats est intéressante à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle commence dès le premier match de sa carrière internationale (alors même qu’il encaisse trois buts au Danemark en amical), mais aussi parce qu’elle compte pas moins de 20 clean sheets, et seulement 16 buts encaissés. Malheureusement, 8 d’entre eux ont eu lieu lors des 11 matchs de phase finale 1984 et 1986.

Le deuxième est Georges Carnus (19 matchs entre 1969 et 1972) devant François Remetter (18 entre 1954 et 1957) et... Hugo Lloris (18 depuis novembre 2020, série en cours). L’actuel gardien des Bleus peut donc encore battre le record de Bats, mais pour cela il va lui falloir enchaîner 12 matchs consécutifs en 2022. Soit les 11 déjà au calendrier, plus au moins le huitième de finale de la Coupe du monde. Chiche ?

Avant-guerre : un poste des plus précaires

Si l’on se penche sur l’histoire des gardiens, il y a clairement trois périodes distinctes. Avant-guerre, ils sont pas moins de 28 à défendre les cages françaises, de Maurice Guichard en 1904 à Julien Darui en 1939. Soit 154 matchs, pour 475 buts encaissés. Pas terrible (3,08 buts par match en moyenne)... Mais bien sûr le faible niveau de la sélection en général et des défenseurs en particulier (l’équipe évolue à l’époque en 2-3-5) n’aide pas.

Chaque gardien occupe le poste en moyenne 5,5 fois. Mais seuls Alex Thépot (31), Pierre Chayriguès (21) et Maurice Cottenet (18) s’installent durablement à ce poste. Huit gardiens ne comptent qu’une seule sélection et neuf autres moins de cinq. La rotation est intense, au moins jusqu’aux débuts du professionnalisme (1932).

Après-guerre : beaucoup de spécialistes, mais aucun ne se détache

La deuxième période va de 1940 à 1983, soit 273 matchs. Elle compte 30 nouveaux gardiens (Julien Darui fait l’essentiel de sa carrière internationale après 1945, mais il a débuté en 1939) desquels émergent, outre Darui (25), Georges Carnus (36 capes à partir de 1963), François Remetter (26 à partir de 1953), Pierre Bernard et Dominique Baratelli (21), sans oublier Marcel Aubour (20) et René Vignal (17). Il y a encore neuf gardiens éphémères (une seule apparition) et quatre autres à moins de cinq capes. Le nombre moyen de sélections par gardien ayant débuté dans cette période passe à 9,1. Il y a 403 buts encaissés, soit 1,47 par match.

Depuis les titres : le temps des très grands

La troisième période, celle qui commence en 1983 et dure encore aujourd’hui, compte 446 matchs et seulement 328 buts encaissés (0,724). Et il n’y a plus que 21 gardiens, qui ont donc disputé près de 21 matchs chacun en moyenne... C’est là que se retrouvent les quatre plus capés dont j’ai parlé plus haut, mais aussi le sixième (Coupet, 34), le septième (Mandanda, 33) et le huitième (Martini, 31). La densité de gardiens de très haut niveau est remarquable, ce qui explique évidemment la moyenne très basse de buts encaissés.

La conséquence est facile à comprendre : il ne reste quasiment rien pour les treize autres. Ulrich Ramé (12 sélections à partir de 1999) et Mickaël Landreau (11 à partir de 2001) grappillent bien quelques matchs, mais Rust, Charbonnier, Porato, Dutruel, Carrasso et Costil ne font que passer (une seule sélection) alors que Rousset, Frey (2), Ruffier, Areola (3) et Letizi (4) se partagent les miettes restantes, Mike Maignan venant d’arriver (1).

Des intervalles qui s’allongent

Autre indicateur intéressant, les intervalles de matchs entre deux nouveaux gardiens. Alors que dans les périodes précédentes, il était rare de voir des années sans nouveau (1976, 1974, 1971, 1970...), les intervalles s’allongent désormais : entre les débuts de Mickaël Landreau en juin 2001 et ceux de Sébastien Frey en novembre 2007, il s’est écoulé plus de six ans, soit 88 matchs avant qu’un nouveau gardien n’ait sa chance. Et plus de cinq ans et 75 matchs entre Cédric Carrasso (juin 2011) et Benoît Costil (novembre 2016). On remarquera que dans les deux cas, les quatre portiers concernés n’ont pas vraiment fait carrière (11 sélections pour Landreau, 2 pour Frey, 1 pour Costil et Carrasso). Les intervalles se sont raccourcis avec les deux derniers arrivés, Areola et Maignan, espacés de deux ans environ.

Auparavant, les intervalles étaient quasi inexistants avant-guerre : il faudra attendre 1923 pour voir un premier intervalle significatif de 20 matchs (près de quatre ans) entre deux nouveaux gardiens, Charles Berthelot et Jacques Dhur. Lors des dix premières années entre 1904 et 1914, on compte pas moins de douze gardiens différents pour seulement 35 matchs ! A titre de comparaison, depuis 2010 et Stéphane Ruffier, seuls quatre nouveaux portiers ont été lancés. Pour 150 rencontres...

Lors de la deuxième période (1940-1983), les intervalles se font plus conséquents, même si le maximum ne dépasse pas 21 matchs (entre 1953 et 1957). Et il devient fréquent d’attendre entre 15 et 20 matchs pour voir un nouveau gardien arriver. Aujourd’hui, ça représenterait un peu plus d’une année, à l’époque plutôt deux ou trois.

Après Maignan, qui sera le suivant ?

Le gardien milanais semble bien installé dans la hiérarchie derrière les indéboulonnables Lloris et Mandanda. Un temps concurrencé par Benjamin Lecomte (en juin 2019), Maignan est largement en avance sur d’éventuels prétendants. A tel point qu’il est compliqué de définir un éventuel numéro quatre : en septembre 2020, quand Mandanda a dû quitter le groupe avant le déplacement en Suède, c’est Benoît Costil qui a été appelé comme troisième gardien. On l’a retrouvé à l’automne 2021 quand Maignan était forfait, derrière Alphonse Areola, qui peine à s’imposer à West Ham.

Alban Lafont (Nantes) tardant à confirmer les grands espoirs qu’il avait fait naître à ses débuts à Toulouse, Paul Bernardoni (Angers) semblant caler après plusieurs changements de club, la solution pourrait venir de la Premier League. Et plus précisément de Leeds, où le jeune Illan Meslier, 20 ans et très grande envergure (1,97 m), commence à faire parler de lui sous les ordres de Marcelo Bielsa. Sera-t-il le successeur de Lloris, après 2022 ?

  • Le numéro d’ordre est celui d’apparition dans la chronologie des gardiens. La série désigne le nombre de matchs consécutifs le plus élevé joué par chaque gardien.

Tableau récapitulatif des 79 gardiens

ordreNomdébutfinsel.tps jeusérie
1 Maurice Guichard 1904 1905 2 180 2
2 Georges Crozier 1905 1906 2 155 2
3 Zacharie Baton 1906 1908 4 360 3
4 André Renaux 1908 1908 1 90 1
5 Maurice Tilliette 1908 1908 2 180 1
6 Fernand Desrousseaux 1908 1908 1 90 1
7 Louis Tessier 1909 1910 5 450 5
8 Henri Beau 1911 1911 5 450 5
9 Pierre Chayriguès 1911 1925 21 1890 7
10 Louis Bournonville 1913 1913 1 90 1
11 Jean Loubière 1914 1914 1 90 1
12 Albert Parsys 1914 1920 5 450 2
13 Raymond Frémont 1919 1919 1 90 1
14 Maurice Cottenet 1920 1927 18 1620 6
15 Maurice Beaudier 1921 1921 3 270 3
16 Émile Friess 1922 1922 2 180 2
17 Charles Berthelot 1923 1923 1 90 1
18 Jacques Dhur 1927 1927 1 90 1
19 Alex Thépot 1927 1935 31 2820 13
20 Laurent Henric 1928 1929 4 360 3
21 Charles Allé 1929 1929 1 90 1
22 Antonin Lozès 1930 1930 3 270 3
23 André Tassin 1932 1932 5 378 2
24 Raoul Chaisaz 1932 1932 2 72 1
25 Robert Défossé 1933 1936 9 810 8
26 René Llense 1935 1939 11 990 5
27 Laurent Di Lorto 1936 1938 11 990 5
28 Julien Darui 1939 1951 25 2250 14
29 Rodolphe Hiden 1940 1940 1 90 1
30 Alfred Dambach 1944 1944 1 90 1
31 Marcel Domingo 1948 1948 1 90 1
32 René Vignal 1949 1954 17 1380 6
33 Abderrahman Ibrir 1949 1950 6 570 5
34 Paul Sinibaldi 1950 1950 1 90 1
35 Stéphane Dakowski 1951 1951 2 180 2
36 César Ruminski 1952 1954 7 630 6
37 François Remetter 1953 1959 26 2310 18
38 Jean-Pierre Kress 1953 1953 1 90 1
39 Dominique Colonna 1957 1961 13 1036 3
40 Claude Abbes 1957 1958 9 780 4
41 Georges Lamia 1959 1962 7 568 4
42 Jean Taillandier 1960 1960 3 270 1
43 Pierre Bernard 1960 1965 21 1802 6
44 Bruno Ferrero 1962 1962 1 90 1
45 Georges Carnus 1963 1973 36 3194 19
46 Marcel Aubour 1964 1968 20 1754 7
47 Daniel Eon 1966 1967 3 226 2
48 Yves Chauveau 1969 1969 1 90 1
49 Dominique Baratelli 1972 1982 21 1789 5
50 Jean-Paul Bertrand-Demanes 1973 1978 11 955 5
51 René Charrier 1975 1975 2 136 1
52 André Rey 1977 1979 10 854 5
53 Dominique Dropsy 1978 1981 17 1354 4
54 Jean-Luc Ettori 1980 1982 9 794 6
55 Philippe Bergeroo 1980 1984 3 162 1
56 Jean Castaneda 1981 1982 9 764 3
57 Pierrick Hiard 1981 1981 1 90 1
58 Jean-Pierre Tempet 1982 1983 5 450 5
59 Joël Bats 1983 1989 50 4527 29
60 Albert Rust 1986 1986 1 120 1
61 Bruno Martini 1987 1996 31 2660 13
62 Gilles Rousset 1990 1992 2 180 1
63 Bernard Lama 1993 2000 44 3975 12
64 Fabien Barthez 1994 2006 87 7900 11
65 Lionel Charbonnier 1997 1997 1 90 1
66 Lionel Letizi 1997 2001 4 327 1
67 Ulrich Ramé 1999 2003 12 1035 2
68 Stéphane Porato 1999 1999 1 90 1
69 Richard Dutruel 2000 2000 1 33 1
70 Grégory Coupet 2001 2008 34 3060 6
71 Mickaël Landreau 2001 2007 11 990 7
72 Sébastien Frey 2007 2008 2 135 1
73 Steve Mandanda 2008 2020 24 2961 5
74 Hugo Lloris 2008 2021 129 11619 18
75 Stéphane Ruffier 2010 2015 3 270 1
76 Cédric Carrasso 2011 2011 1 90 1
77 Benoît Costil 2016 2016 1 90 1
78 Alphonse Areola 2018 2019 3 270 2
79 Mike Maignan 2020 2020 1 45 1

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