2016, un bilan en bleu (1/6) : les matches

Publié le 2 décembre 2016, mis à jour le 11 décembre 2016

Première partie de la rétro de l’année, en commençant par ce que nous ont appris les dix-sept matches, notamment celui qu’il ne fallait pas perdre et qui a été perdu. C’est l’histoire du verre à moitié plein.

Si Monsieur de la Palice était consultant pour TF1, il dirait certainement qu’il est impossible de gagner un match sans marquer de but. Pour 2016, il pourrait ajouter qu’il aura suffit aux Bleus d’en marquer pour gagner à tous les coups. Les quatre fois où l’attaque française est restée muette, ça s’est terminé par un 0-0 (Suisse, Biélorussie, Côte d’Ivoire) ou par une défaite en prolongations (Portugal). Et lors des treize matches où les Bleus ont marqué, ils l’ont toujours remporté.

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Plus embêtant : trois de ces quatre pannes sèches ont eu lieu en compétition. Celle contre la Suisse n’a pas porté à conséquence puisque la première place du groupe est allée aux Bleus. La troisième, en Biélorussie, pourrait peser lourd à l’automne 2017 s’il manque deux points pour finir en tête avant les barrages. Et la deuxième aura gâché une année bien partie pour être un grand cru et ajouter une sixième ligne au palmarès de l’équipe de France [1].

Une année Canada Dry

Autrement dit, les treize victoires ont la couleur d’un exploit, le goût d’un exploit, mais ce n’en est pas un. Juste un record égalé, celui du nombre de matches gagnés en une année, en se souvenant que le précédent datait de 2003 et n’avait débouché sur rien de mieux qu’un quart de finale perdu contre la Grèce l’année suivante.

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Autre épine dans le pied de l’année 2016 : ces quatre contre-performances ont eu lieu face à des adversaires présumés inférieurs. Alors que les Bleus ont battu cette année les Pays-Bas (deux fois à Amsterdam), l’Italie et bien sûr l’Allemagne, ils ont régulièrement peiné contre des formations de moindre niveau, y compris quand ils l’ont emporté (Cameroun, Roumanie, Albanie, Irlande, Suède). En compétition, ils ont semblé vraiment dominer leur sujet, dans le jeu et au tableau d’affichage, qu’à deux reprises : contre l’Islande (5-2) et la Bulgarie (4-1). C’est finalement bien peu.

Gagner, oui, mais en jouant comment ?

Bien entendu, et on y reviendra dans les prochains articles de ce bilan de l’année, survivre aux absences simultanées du meilleur buteur (Benzema), du meilleur passeur (Valbuena) et du meilleur défenseur (Varane) n’est pas une petite performance. Dans l’absolu, le statut de vice-champion d’Europe et la moitié du billet pour la Russie en poche sont suffisants pour qualifier l’année 2016 de réussie. Mais elle garde un goût d’inachevé, dans un domaine qui se prête mal aux statistiques : le projet de jeu.

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Que veut faire Didier Deschamps avec cette équipe ? La réconcilier avec son public tout d’abord. De ce point de vue, l’énorme opération de communication qu’a été l’Euro dans un contexte social et sécuritaire particulièrement tendu est une réussite, quoi qu’on pense de son côté artificiel. Les Bleus remplissent les stades, les Irrésistibles français, malgré un nom baroque, animent les virages et les produits dérivés se vendent bien.

Gagner, ensuite, le mantra que Deschamps doit répéter cent fois par jour. Autant dire que les treize victoires ne compensent pas, loin de là, l’échec cinglant contre le Portugal en finale de l’Euro, le match qu’il ne fallait surtout pas perdre. Le sélectionneur a sans doute été plus profondément atteint que ses joueurs, et il faudrait une victoire finale en Russie pour en atténuer la trace. Gagner, mais comment ? En faisant le jeu, comme lors de la première mi-temps contre l’Islande et aux Pays-Bas, ou en jouant le contre, comme face à l’Allemagne et à l’Italie ?

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Un verre à moitié plein

Ces incertitudes et ce flou pas trop artistique sont mis en évidence par les performances préoccupantes du milieu de terrain. On en reparlera, mais c’est là qu’il a manqué une idée directrice : Pogba en récupérateur, en relayeur, en meneur de jeu ? Kanté ou Matuidi ? Quel est le rôle de Sissoko ? Et surtout, comment s’adapter à une situation changeante ? A cet égard, la sortie de Cristiano Ronaldo au milieu de la première mi-temps de la finale n’a pas été gérée côté français, alors que Fernando Santos a aussitôt mis en place une organisation adaptée.

Tout comme 2014, l’année 2016 s’achève donc sur une impression de verre à moitié plein. Antoine Griezmann a changé de dimension, Dimitri Payet aussi, Laurent Koscielny et Hugo Lloris on tenu la baraque derrière et Olivier Giroud a joué son rôle en pointe. Mais N’Golo Kanté, Kingsley Coman et surtout Anthony Martial, la plus grosse déception de l’année, n’ont pas encore trouvé leur place et nul ne peut dire si leur carrière suivra les traces de Makelele, Henry et Wiltord ou celles de M’Vila, Vairelles et Laslandes. Et il n’est pas certain que 2017, année de transition [2], apporte tous les éléments de réponse.

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[1Avec la coupe du monde 1998, l’Euro 1984, l’Euro 2000 et les coupes des Confédérations 2001 et 2003.

[2et impaire, ce qui ne réussit pas à Deschamps (5 défaites en 2013, 4 en 2015).

A paraître le 25 octobre

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