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Kopa, Platini, Papin, Zidane : quand les Français gagnaient le Ballon d’Or

Publié le 9 janvier 2012, mis à jour le 14 mars 2015

Récompense individuelle anachronique dans un sport collectif, le Ballon d’Or tient-il plus compte des performances en club qu’en sélection ? Tentative de réponse à travers l’exemple des quatre Français titrés.

Kopa 1958 (Real Madrid)

Quelques jours après ses 27 ans, Raymond Kopa remporte le Ballon d’Or France-Football, le troisième du nom. Champion d’Espagne avec le Real Madrid, vainqueur de la coupe d’Europe des clubs champions, et troisième à la coupe du monde avec les Bleus, l’ancien Rémois a tout réussi cette année-là, qui marque le sommet de sa carrière.

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Avec le Real, il joue 34 matches dans l’année et marque 12 buts. Placé sur le flanc droit d’une attaque Kopa-Rial-Di Stefano-Gento, il éblouit par son équilibre, la précision de ses passes, ses feintes de corps et ses démarrages ultrarapides. Il est aussi le grand spécialiste du une-deux dans les petits espaces. Dans France-Football, Gabriel Hanot précise : « Sa vraie place n’est pas celle d’un ailier ni d’un intérieur, ni même d’un avant-centre : elle est à créer ; il l’a créée pour son compte ; elle est celle d’un attaquant qui n’est pas toujours de pointe, mais reste intégré à l’attaque qu’il inspire, oriente et sert à la perfection ».

En équipe de France, il joue sept fois dans l’année (sur 13 matches internationaux) et marque quatre buts : hormis un match contre la Grèce en octobre (remporté 7-1, où il marque un but et est impliqué dans deux autres), on ne le voit qu’à la coupe du monde en Suède, où son duo avec Just Fontaine fait des ravages (cinq passes décisives en faveur du meilleur buteur de la coupe du monde). Depuis son transfert vers le Real Madrid, à l’été 1956, Kopa n’avait plus porté le maillot tricolore.

Il est donc probable que ses performances en club aient pesé plus lourd qu’en sélection : le Real Madrid était en 1958 la meilleure équipe du monde, et l’intégration de Kopa avait été une réussite. Son expérience du haut niveau avait profité aux Bleus, comme ce sera le cas avec Platini en 1984 ou Zidane en 1998.

Platini 1983 (Juventus Turin)

JPEG - 49.2 koEnfin ! Déjà pressenti en 1977 (il finit troisième), voire en 1982, Platini décroche donc le Ballon d’Or au terme de sa première saison à la Juventus. Dans ce cas, aucun doute n’est possible : en équipe de France, au cours d’une année 1983 sans compétition (les Bleus sont qualifiés d’office pour l’Euro en tant que pays organisateur), Platini ne fait que passer, avec quatre matches joués (sur sept) et un but marqué contre le Danemark en septembre (1-3). Mais, il faut quand même le souligner, quatre passes décisives, dont trois le même match, contre le Portugal en février à Guimaraes (3-0).

A Turin, après cinq premiers mois compliqués dans une équipe composée de champions du monde (et du Polonais Boniek), Platini finit par se faire une place au soleil. Il manque de peu remporter le Calcio (deuxième derrière la Roma) et la coupe d’Europe (battu en finale par Hambourg). Et surtout, il empile les buts dans un championnat où c’est une denrée rare : 34 en 53 matches ! En septembre, il enchaîne deux doublés en trois jours contre Ascoli (7-0) et Gdansk (7-0) puis marque un but lors de chacun des six derniers matches de l’année. Tout est en place pour le grand festival de 1984.

Platini 1984 (Juventus Turin)

Quel dommage que cette année-là n’ait pas été celle d’une coupe du monde ! A vingt-neuf ans, Platini est inarrêtable, inaccessible. Il réussit absolument tout ce qu’il entreprend : avec la Juve, il enchaîne la Série A, la coupe des vainqueurs de coupe (contre Porto) et l’Euro avec les Bleus. En club, il marque 27 buts en 42 matches, et en sélection, 13 buts en 10 matches. Il marche sur l’eau avec les Bleus dès le mois de février où il plante un doublé à Peter Shilton contre l’Angleterre (2-0).

Il donne deux passes décisives à Giresse et à Lacombe contre l’Ecosse (2-0) puis commence le show à l’Euro : but contre le Danemark, triplé contre la Belgique (gauche, pénalty, tête), triplé contre la Yougoslavie (gauche, tête, coup-franc), but décisif contre le Portugal en prolongations et coup-franc chanceux contre l’Espagne en finale. Histoire de compléter le tableau, il en ajoute deux derniers contre le Luxembourg et la Bulgarie à l’automne. Il fait donc logiquement un carton au Ballon d’Or, classé premier par les 26 jurés sauf deux (qui le mettent deuxième).

Platini 1985 (Juventus Turin)

Après une telle année, comment faire mieux ? Impossible, puisque 1985 ne comprenait pas de phase finale européenne ou mondiale. Alors, Platini s’est rabattu sur les trophées qu’il lui manquait en club : la coupe d’Europe des champions et le coupe intercontinentale. Mais le prix à payer est lourd : à Bruxelles contre Liverpool, Platini joue à côté de 39 cadavres, et sa joie après le pénalty transformé lui sera longtemps reprochée. Il marque encore 25 buts en 49 matches en club, dont un très important contre Argentinos Junior à Tokyo qui permet aux Bianconeri d’aller aux tirs au but et de devenir champions du monde des clubs. C’est là, comme en 1983, qu’il a remporté son Ballon d’Or.

En équipe de France, son influence est restée considérable, mais les résultats n’ont pas suivi : deux défaites à Sofia au printemps et à Leipzig à l’automne ont menacé la qualification au Mundial mexicain. Lors des cinq premiers matches de l’année, Platini n’avait pas marqué (malgré une grande prestation contre l’Uruguay en août). Il s’y emploie donc le 16 novembre contre la Yougoslavie : un coup-franc parfait au bout de trois minutes et assure le coup en fin de match d’une demi-volée rasante. Dans France-Football, Jean-Philippe Réthacker constate : « il ne lui manque plus que la Coupe du monde ».

Papin 1991 (Olympique de Marseille)

Jamais depuis Just Fontaine un avant-centre français n’avait fait autant parler la poudre. Révélé cinq ans plus tôt, Jean-Pierre Papin est chez lui au Vélodrome, où il empile les buts en inventant chaque week-end de nouvelles figures acrobatiques, les papinades. Ce n’est certainement pas le joueur le plus élégant du monde, loin de là, mais c’est l’un des plus efficaces : en 1991, il dispute 52 matches avec Marseille, n’en perd que quatre et marque la bagatelle de 43 buts !

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Dès le 13 janvier, il donne le ton avec un quadruplé contre Lyon (7-0) en championnat. Il réussira aussi quatre triplés, gagnera comme chaque année le titre de meilleur buteur et celui de champion de France. Il aurait même pu faire encore mieux s’il n’avait pas raté une énorme occasion contre l’Etoile Rouge en finale de la coupe d’Europe à Bari, et si l’OM avait eu un peu plus de jus en finale de la coupe de France contre Monaco.

Sa saison en Bleu est elle aussi excellente : cinq matches, sept buts, deux doublés contre l’Albanie et la Tchécoslovaquie et un duo d’enfer avec Cantona dans un dispositif tactique taillé pour le contre. Mais ses performances en club ont pesé pus lourd cette année-là, notamment l’élimination du grand Milan AC en mars (but de Papin à San Siro).

Zidane 1998 (Juventus Turin)

Peut-on gagner un Ballon d’Or sur un match ? C’est sans doute ce qu’a fait Paolo Rossi en 1982 quand son triplé a sorti le Brésil à Barcelone. Zinedine Zidane a probablement sauvé sa saison un certain 12 juillet, quand au dernier jour d’une coupe du monde où il n’avait pas particulièrement brillé, il a porté l’estocade au Brésil en trois quarts d’heure de folie, ponctué par un festival de passements de jambes, de roulettes, de contrôles orientés, de passes aveugles et bien sûr de deux coups de tête sur corner (et sur le ballon).

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Avec la Juventus, où il est arrivé deux ans plus tôt, Zidane a enfin trouvé ses marques. Il est champion d’Italie pour la deuxième fois d’affilée, mais une fois encore, il échoue en finale de la Ligue des Champions face au Real Madrid. Il marque sept fois en 48 matches, à peine plus qu’en 15 matches avec les Bleus (5 buts).

C’est le premier meneur de jeu, numéro 10 à l’ancienne, sacré Ballon d’Or depuis Platini. Moins buteur, mais plus technique : « sur ce plan, celui qui conditionne tout, car au niveau dont il est ici question il n’y a pas de super-joueur sans super-technique, Zinédine Zidane est un surdoué absolu » affirme Jean-Jacques Vierne dans France-Football. Archi-favori en 2000, Zidane perdra pourtant le trophée à cause de deux cartons rouges, déjà, avec la Juve à l’automne.

Pour conclure : clubs 4 - sélection 2

Au final, on peut dire que Kopa, Platini en 83 et 85 et Papin doivent essentiellement leur Ballon d’Or à leur performance en club. Zidane et Platini version 84 ont tiré leur gloire de leur victoire en Bleu et de l’influence décisive qu’ils ont eu dans la conquête des titres européens et mondiaux. Depuis cette époque, l’influence des clubs s’est encore alourdie : les trois trophées de Messi n’auraient pas lieu d’être sans les résultats de Barcelone, alors que ceux de la sélection argentine déçoivent régulièrement.

On remarquera aussi que seul Papin a été titré alors qu’il évoluait en France. Compte tenu de l’affaiblissement des clubs français sur la scène européenne, il est plus que probable que le prochain Ballon d’Or français jouera à l’étranger. Karim Benzema, qui prend du volume au sein d’un Real Madrid requinqué, a le profil d’un candidat crédible.



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