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Ces Bleus qui ont vu rouge

Publié le 30 mars 2013, mis à jour le 14 juin 2017

Raphaël Varane est le vingt-huitième joueur à avoir été exclu lors d’un match de l’équipe de France. Parmi eux, trois récidivistes, neuf champions du monde, un gardien de but, trois avant-centres...

Si le carton rouge est une invention récente (lancée avec le carton jaune lors de la coupe du monde 1970 au Brésil), l’exclusion d’un joueur par l’arbitre existe dans les lois du Board dès 1887 [1]. Mais dans le premiers temps du football international, il fallait quasiment commettre un assassinat pour que l’arbitre sorte un joueur du champ. Et même dans les décennies soixante à quatre-vingt, on se souvient de matches particulièrement violents (dont un célèbre Argentine-Angleterre en 1966, sans parler du France-RFA de 1982 ou du traitement de choc subi par Diego Maradona la même année contre l’Italie) qui de nos jours se termineraient à huit contre neuf.

Just Fontaine ouvre la série

Le premier joueur exclu (c’est le terme retenu dans la loi XII, et non pas expulsé comme on le dit couramment) en équipe de France est l’un des plus célèbres de l’histoire des Bleus, puisqu’il s’agit de Just Fontaine contre la Bulgarie en octobre 1959, soit seize mois après ses exploits en Suède. Et encore, ce n’était que pour une protestation auprès de l’arbitre après qu’il ait été signalé hors-jeu, à la 89e minute d’un match amical.

Il faudra attendre huit ans pour voir le deuxième, en l’occurrence le milieu bordelais Robert Péri. C’était au stade olympique de Berlin (oui, le même que celui de la finale 2006) en septembre 1967, et sur le coup il semble bien que Franz Beckenbauer, qui en vient aux mains avec le Français, en ait pas mal rajouté.

Larqué, Janvion, les Verts voient rouge

Dans les années 70, l’arbitrage commence à devenir plus sévère et les rouges deviennent plus fréquents : Roger Lemerre face à la Belgique en novembre 1970 (faute sur glissade appuyée), Jacky Novi contre l’Argentine en janvier 1971 (pour contestation), Jean-Michel Larqué face à la Belgique en novembre 1975 (coup de poing à Dockx qui venait de le tacler violemment) et Gérard Janvion contre les Etats-Unis en octobre 1979 au terme d’un match particulièrement tendu.

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Les années 80 commencent fort avec un rouge pour Didier Six [2] en mai 1981 pour bras d’honneur à l’arbitre à la 90e minute d’un match amical face au Brésil. Lors de l’Euro 84, Manuel Amoros quitte le tournoi dès le match d’ouverture pour un coup de tête au Danois Jesper Olsen, et Yvon Le Roux laisse les Bleus finir à dix contre l’Espagne en finale pour les cinq dernières minutes (deuxième carton jaune). Le même Yvon Le Roux sera encore expulsé en fin de match contre la Yougoslavie en novembre 1985, et toujours suite à un deuxième avertissement. Eric Di Meco suivra en octobre 1989 au cœur d’une partie de manivelles contre l’Ecosse au Parc.

Lebœuf et Zidane, première

Une grande période de calme vient ensuite, puisqu’il faudra attendre cinq ans pour voir le rouge suivant. C’est Christian Karembeu qui en héritera face à la Pologne en novembre 1994 (tacle dangereux). Franck Lebœuf finit sous la douche trois minutes avant tout le monde contre le Mexique en août 1996, et nous voilà au Mondial 1998.

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C’est Zinedine Zidane qui ouvre le bal avec une semelle sur un Saoudien à terre qui lui vaut deux matches de suspension et le premier rouge de l’histoire des Bleus en phase finale de la coupe du monde. Puis, en demi contre la Croatie, Laurent Blanc met une petite claque à Bilic qui s’effondre. C’est ainsi qu’on manque un sacre mondial. Enfin, Marcel Desailly se fait avoir bêtement sur un tacle offensif sur Cafu en deuxième mi-temps contre le Brésil.

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A dix contre onze pour équilibrer

Désormais champions du monde, les Bleus décident de finir les matches à dix contre les petites équipes. Christophe Dugarry se dévoue contre Andorre en juin 1999 (dès la 25e minute), Frédéric Déhu en fait de même face à l’Arménie trois mois plus tard vingt minutes après avoir remplacé Zidane, et Franck Lebœuf abandonne les néo-Bleus contre l’Australie lors de la coupe des confédérations en juin 2001.

Vient alors la match couperet contre l’Uruguay en Corée du Sud en juin 2002. Thierry Henry se lance dans un tacle incontrôlé sur Romero dès la 25e minute et laisse les Bleus finir comme ils peuvent. L’année suivante, Willy Sagnol sera exclu face au Japon en coupe des Confédérations 2003 (tacle dangereux), alors que Claude Makelele ne finira pas le match contre la Slovénie en septembre, après deux fautes dont une main. Patrick Vieira, qui collectionne les rouges avec Arsenal, en récolte un contre les Féroé en septembre 2004 (deux jaunes dont le second pour simulation), tout comme David Trezeguet face à Israël en mars 2005 (coup de tête).

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La mère de toutes les exclusions

Le vingt-cinquième carton rouge de l’histoire des Bleus restera certainement le plus célèbre, et pour cause : c’est celui reçu par Zidane pour son coup de tête sur Materazzi à Berlin, à dix minutes de la fin de la finale de la coupe du monde 2006 [3]. Carton rouge tragique d’une part parce qu’il hypothèque un deuxième titre mondial des Bleus et parce qu’il sanctionne l’ultime geste de la carrière de Zidane [4].

C’est encore face à l’Italie, deux ans plus tard lors de l’Euro en Suisse, qu’Eric Abidal est exclu en début de match pour une faute dans la surface sur Luca Toni qui entraînera un pénalty. Même sanction en septembre 2009 pour Hugo Lloris face à la Serbie pour une faute dans la surface sur Zigic en position de dernier défenseur en tout début de rencontre. C’est à ce jour la seule fois qu’un gardien des Bleus a été exclu.

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Les rouges les plus récents sont pour Yoann Gourcuff contre l’Afrique du Sud en juin 2010 pour une faute bien peu évidente sur Sibaya (coup de coude en extension), et pour Paul Pogba suite à deux fautes en deux minutes contre l’Espagne en mars 2013. Pogba détient d’ailleurs le record de précocité pour un carton rouge, tant au niveau du nombre de sélections (deux) que de l’âge (vingt ans). On lui souhaite une longue carrière, pas de battre un nouveau record en obtenant au moins trois cartons rouges.

Laurent Koscielny est le vingt-septième exclu en équipe de France après son carton rouge reçu à Kiev en novembre 2013 en barrage aller contre l’Ukraine. Petite cause, grands effets : suspendu pour le match retour, il est remplacé par Mamadou Sakho qui réussit un doublé et contribue grandement à la qualification pour la coupe du monde au Brésil.

Le tout dernier date de juin 2017 et a été attribué à Raphaël Varane pour une faute sur Dele Alli dans la surface, après recours à la vidéo. C’est la troisième fois qu’un Bleu est exclu pour une faute dans la surface en position de dernier défenseur, entraînant un pénalty.

253 Amical 11/10/1959 Fontaine Bulgarie
311 Amical 27/09/1967 Péri Allemagne 330 Amical 15/11/1970 Lemerre Belgique 331 Amical 08/01/1971 Novi Argentine
364 qEuro 15/11/1975 Larqué Belgique
393 Amical 10/10/1979 Janvion Etats-Unis
404 Amical 15/05/1981 Six Brésil
435 Euro 12/06/1984 Amoros Danemark
439 Euro 27/06/1984 Le Roux Espagne
448 qCM 16/11/1985 Le Roux Yougoslavie
482 qCM 11/10/1989 Di Meco Ecosse
524 qEuro 16/11/1994 Karembeu Pologne
545 Amical 31/08/1996 Lebœuf Mexique
564 CM 18/06/1998 Zidane Arabie Saoudite
568 CM 08/07/1998 Blanc Croatie
569 CM 12/07/1998 Desailly Brésil
579 qEuro 09/06/1999 Dugarry Andorre
582 qEuro 08/09/1999 Déhu Arménie
607 Conf 01/06/2001 Lebœuf Australie
621 CM 06/06/2002 Henry Uruguay
633 Conf 20/06/2003 Sagnol Japon
639 qEuro 10/09/2003 Makelele Slovénie
653 qCM 08/09/2004 Vieira Féroé
659 qCM 30/03/2005 Trezeguet Israël
678 CM 09/07/2006 Zidane Italie
704 Euro 17/06/2008 Abidal Italie
718 qCM 09/09/2009 Lloris Serbie
729 CM 22/06/2010 Gourcuff Afrique du sud
765 qCM 26/03/2013 Pogba Espagne
773 qCM 15/11/2013 Koscielny Ukraine
821 Amical 13/06/2017 Varane Angleterre

[1Lire l’article de Ludovic Tenèze, Violence et football : analyse historique des lois du jeu

[4L’IRSV (International Review on Sport & Violence) a consacré un dossier très fouillé à la signification de ce geste : lire Le coup de tête de Zidane. 



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