Dans l’ombre des géants (1/4) : Piantoni et Kopa

Publié le 8 mai 2020 - Bruno Colombari - 3

Premier article d’une série de quatre sur des duos de très grands noms du football français. L’un est entré dans la légende, l’autre l’a accompagné, en retrait. Dans quelle mesure Roger Piantoni a-t-il poussé Raymond Kopa vers le haut ? Ou a-t-il lui-même été hissé vers les sommets ?

A chaque fois que l’équipe de France a vu émerger un joueur de classe mondiale (Raymond Kopa en 1958, Michel Platini en 1982, Zinédine Zidane en 1998 et Antoine Griezmann en 2016), il y avait une accumulation de facteurs favorables : un sélectionneur clairvoyant capable de lui donner toute latitude de s’exprimer balle au pied tout en maîtrisant son ego, une équipe comportant un nombre critique de très bons joueurs acceptant de se mettre au service de la star, et un quasi-double. C’est-à-dire un joueur dont on pourrait penser qu’il aurait été le meilleur de sa génération sans la présence à ses côtés d’un plus grand que lui.

Ce sont ces quatre numéros 2, en quelque sorte, dont il sera question dans cette série, ceux qui ont évolué en équipe de France dans l’ombre des géants. Roger Piantoni et Raymond Kopa, Alain Giresse et Michel Platini, Youri Djorkaeff et Zinédine Zidane et enfin, même si c’est plus difficile pour la période en cours, Paul Pogba et Antoine Griezmann. Ces duos ont en commun un parcours à peu près parallèle en sélection (même si celui de Zidane s’est prolongé de quatre ans) et des phases finales européennes ou mondiales qui sont entrées dans l’histoire, dans lesquelles ils ont été eux aussi décisifs.

Mais dans quelle mesure ont-ils contribué au triomphe de leur super-grand, quitte à sacrifier la leur ? Au contraire, en ont-ils profité ? En clair, sans Kopa, Platini, Zidane et Griezmann, peut-on imaginer que Piantoni, Giresse, Djorkaeff et Pogba auraient franchi un pallier supplémentaire et seraient aujourd’hui au panthéon du football français ? Ou bien auraient-ils connu le sort des têtes de file des générations intermédiaires, les Baratte, Bereta, Papin ou Ribéry ?

Des carrières parallèles qui convergent au Stade de Reims

D’un point de vue générationnel, le duo Piantoni/Kopa est le plus homogène des quatre : ils sont nés la même année (1931) et n’ont que 74 jours d’écart, Kopa est du 13 octobre et Piantoni du 26 décembre. Leur carrière est parallèle : de 1949 à 1968 pour Kopa, de 1950 à 1966 pour Piantoni. En sélection, Piantoni joue de novembre 1952 à septembre 1961, Kopa d’octobre 1952 à novembre 1962. Et, curieusement, ils disparaissent à 449 jours d’intervalle : le 3 mars 2017 pour Kopa, le 26 mai 2018 pour Piantoni.

Avant de converger à Reims, leur parcours en club est différent : Raymond Kopa débute à Angers avant de rejoindre Reims en 1951. Il est transféré au Real Madrid en 1956 et y reste jusqu’en 1959, remportant au passage trois Coupes d’Europe des Clubs et deux championnats d’Espagne. Il évolue derrière l’avant-centre ou sur l’aile droite.

Roger Piantoni débute au FC Nancy au poste d’ailier gauche, rejoint Reims à l’été 1957 (à 25 ans) et y reste jusqu’en 1964. Puis il va à Nice. Il aurait pu être transféré à River Plate en 1961 (à 29 ans) pour 40 millions d’anciens francs mais le président de Reims s’y s’est opposé en raison de la grave blessure de Just Fontaine.

Un bilan plutôt décevant en sélection

En équipe de France, leur bilan commun n’est pas impressionnant : ils n’ont gagné qu’un tiers des 21 matchs disputés et perdu la moitié (10). Alors que leur débuts ensemble sont très prometteurs, Roger Piantoni doit déclarer forfait pour la Coupe du monde 1954 en Suisse. Dommage, car l’année suivante, le duo tient tête à Moscou à la grande URSS d’Igor Netto et Nikita Simonian (2-2) en marquant le premier but du match (Kopa) et en obtenant une égalisation méritée (Piantoni).

Leur période la plus florissante est évidemment celle de juin 1958 en Suède, où, avec Jean Vincent, Just Fontaine et Maryan Wisniewski, ils forment une ligne d’attaque à faire cauchemarder les défenses du monde entier. C’est un festival d’exploits (cinq buts et dix passes décisives à eux deux) que les 13 buts signés Fontaine masquent en partie. Mais là aussi, ils perdent deux fois sur cinq, contre la Yougoslavie et le Brésil, alors que pendant ce dernier match Piantoni souffre d’une crise d’appendicite, ce qui ne lui empêche pas de sauver l’honneur sur une passe de Kopa.

C’est aussi le seul duo, parmi les quatre de la série, à n’avoir pas été titré en sélection. La Coupe d’Europe des Nations, en juillet 1960, aurait pu être l’occasion, mais, alors qu’ils sont tous deux retenus dans le groupe pour le carré final, ils déclarent forfait coup sur coup. Sans eux, les Bleus finiront quatrièmes.


 

Tableau des matchs communs entre Piantoni et Kopa

# Genre Date Ville Adversaire score Piantoni Kopa
204 Amical 16/11/52 Dublin Rep. d’Irlande 1-1 1 but
205 Amical 25/12/52 Colombes Belgique 0-1
206 Amical 14/05/53 Colombes Galles 6-1 1 passe 2 buts
208 qCM 20/09/53 Luxembourg Luxembourg 6-1 1 but 1 but

1 passe

209 qCM 04/10/53 Dublin Rep. d’Irlande 5-3 1 passe
210 Amical 18/10/53 Zagreb Yougoslavie 1-3
214 Amical 11/04/54 Colombes Italie 1-3 1 but 1 passe
223 Amical 09/10/55 Bâle Suisse 2-1 1 but 1 but
224 Amical 23/10/55 Moscou URSS 2-2 1 but 1 but
225 Amical 11/11/55 Colombes Yougoslavie 1-1 1 but
226 Amical 25/12/55 Bruxelles Belgique 1-2 1 but
227 Amical 15/02/56 Bologne Italie 0-2
241 CM T1 08/06/58 Norrköping* Paraguay 7-3 2 passes

1 but

3 passes

1 but

242 CM T1 11/06/58 Västeras* Yougoslavie 2-3 1 passe
243 CM T1 15/06/58 Örebro* Ecosse 2-1 1 but
244 CM 1/4 19/06/58 Norrköping* Irlande du Nord 4-0 1 but 3 passes
245 CM 1/2 24/06/58 Stockholm* Brésil 2-5 1 but 1 passe
253 Amical 11/10/59 Sofia Bulgarie 0-1
257 Amical 28/02/60 Bruxelles Belgique 0-1
265 Amical 30/10/60 Stockholm Suède 0-1
267 Amical 15/03/61 Paris (Parc) Belgique 1-1 1 but

Que serait devenue la carrière de Roger Piantoni sans Kopa à ses côtés ? En club, son transfert à Reims, un peu tardif, lui fait clairement changer de statut : il est là pour compenser le départ de Raymond Kopa un an plus tôt et il y parvient très bien, grâce à son entente avec le duo Fontaine-Vincent. Il réalise le doublé Coupe-Championnat en 1958 et dispute la finale de la Coupe d’Europe des champions en 1959, perdue contre le Real Madrid de Kopa, décidément.


 

A l’inverse, si Kopa a manifestement tiré parti de sa période madrilène (où son adaptation, exilé sur l’aile droite, ne fut pas facile), on peut constater que la présence de Roger Piantoni en pleine possession de ses moyens, à ses côtés, lui a été bénéfique, en tout cas jusqu’à la Coupe du monde 1958.

Un beau rêve avorté

Piantoni/Kopa, c’est enfin le seul duo parmi les quatre à avoir évolué simultanément dans le même club, au Stade de Reims entre 1959 et 1964, où ils remportent deux fois le championnat de France en 1960 et 1962. A Reims, ensemble, ils marquent près d’une centaine de buts en cinq saisons de championnat (69 pour Piantoni, 24 pour Kopa). Mais l’apogée de leur carrière est derrière eux.

Si le retour de Kopa à Reims permet de reconstituer en club le carré magique de 1958, les blessures au genou de Piantoni (en octobre 1959 contre la Bulgarie) et de Fontaine (en mars 1960 contre Sochaux) viennent briser l’espoir de voir Reims gagner une Coupe d’Europe ou l’équipe de France de participer à la Coupe du monde au Chili. Le décès accidentel du sélectionneur Paul Nicolas, en mars 1959, vient aussi briser l’élan des Bleus, qu’Albert Batteux quitte en 1962. Les années soixante seront bien longues.

Vos commentaires

  • Le 17 mai 2020 à 21:54, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dans l’ombre des géants (1/4) : Piantoni et Kopa

    Parmi les duos qui ont marqué l’équipe de France en dehors des 4 cités, il y a eu le duo Cantona-Papin qui ont marqué à 2 d’eux presque 50 buts en équipe de France entre 1987-95, 30 matches joués ensemble pour un bilan 18victoires 7 nuls & 5 défaites. Malgré un bilan chiffré plus que positif on ne retiendra aucun résultat marquant en phase finale (1er tour de l’euro 92)& des éliminations lors des éliminatoires en coupe du monde dûes à des matchs mal négociés (Chypre pour 1990 & Israel voire Bulgarie pour 1994), la seule chose positif qu’on retiendra de ce duo ce sont les buts de JPP & sa complicité avec Eric Cantona qui a amené à battre le précédent record d’invincibilité (19 matches contre 15) & à être la 1ère équipe à gagner tous ses matches de groupe éliminatoire lors d’un euro qui finalement n’ont servi à rien.

  • Le 17 mai 2020 à 22:56, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dans l’ombre des géants (1/4) : Piantoni et Kopa

    Si JPP a débuté plus tôt que Canto (du fait qu’il est plus âgé que lui de 3ans), il a débuté en D1 bien plus tard que lui en jouant d’abord en Belgique au FC Bruges en 85 & en 86 à l’OM en France, avant ça JPP jouait en division inférieur (D2 & D3) à Valenciennes & à INF Vichy (ancêtre de l’INF Clairefontaine) entre 80-84. Cantona a débuté en D1 à l’AJA à 17 ans (avec un passage en D2 à Martigues durant la saison 85-86) avant de s’imposer là-bas à 20ans. En 8/88, un an avant la mise en place du duo par Platini, Canto est transféré à l’OM pour jouer déjà en duo avec JPP cependant malgré le doublé championnat/coupe en fin de saison, le duo sera un échec du fait que Canto se fera transférer à Bordeaux durant la mi-saison. En 90, Cantona revient à l’OM après un prêt de 1an 1/2 plus ou moins réussi à Montpellier & Bordeaux, malgré un nouveau du titre de champion & 1 très bon parcours européen du club, ce sera encore un échec la faute à une blessure de Cantona mi-saison qui lui a fait perdre sa place au sein de l’effectif du club. A cette période-là pour Papin à l’OM tout comme en équipe nationale, l’absence de Cantona ne se ressentira pas sur lui surtout qu’en club qu’il était toujours entouré de grands joueurs (francescoli,waddle,pelé,allofs etc...) pour toujours bien l’épauler. Quant à Cantona il continue toujours à garder la confiance de Platini malgré sa perte de sa place à l’OM à ce moment-là.

  • Le 17 mai 2020 à 23:03, par Nhi Tran Quang En réponse à : Dans l’ombre des géants (1/4) : Piantoni et Kopa

    Cantona quittera l’OM en 7/91 pour jouer anonymement à Nîmes avant de partir en Angleterre pour un destin qu’on ne pouvait pas encore imaginer à l’époque en 1/92. Papin quittera l’OM en 7/92 pour le Milan AC (meilleur club européen à l’époque) sans pour autant savoir que là-bas il jouait ses dernières belles années. Durant ces années (92-97), pendant que la côte de Cantona monte en Angleterre, celle de JPP diminue la faute à la concurrence aussi bien à Milan qu’à Munich mais aussi à une grave blessure encourue durant la saison 94-95 auquel il lui faudra au moins une saison pour s’en remettre avant de partir en 7/96 à Bordeaux où là-bas il retrouvera ses sensations à défaut de retrouver sa place en équipe nationale perdue en 1/95, il prendra sa retraite à Guingamp durant la saison 98-99. Quant à Canto, au fil des années jusqu’à sa retraite, il deviendra le premier joueur français marquant du championnat d’Angleterre sans pour autant que l’équipe nationale ait pu profiter de lui durant ses années anglaises la faute à une suspension encourue durant la saison 94-95 suite à une bagarre avec un supporter & à un changement d’option offensive (zidane/djorkaeff) de la part de Jacquet en fin d’éliminatoires de l’euro 96

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.