Emmanuel Petit, en plein dans le mille

Publié le 22 septembre 2010, mis à jour le 22 septembre 2017

Son but en finale contre le Brésil restera à jamais dans l’histoire. Pourtant, le parcours d’Emmanuel Petit, 63 sélections en 13 ans de carrière internationale, est tout sauf linéaire.

Son apport

C’est un de ces joueurs qui a tout connu avec les Bleus : Platini sélectionneur, le double naufrage de l’automne 1993 avec les défaites historiques contre Israël et la Bulgarie, puis le titre mondial de 1998 et l’Euro 2000 et ses buts en or. Ils sont trois dans ce cas : Laurent Blanc, Didier Deschamps et Emmanuel Petit. Des trois, c’est sans doute celui qui est parti le plus loin. C’est aussi celui dont la carrière aura été la moins linéaire, avec un début très jeune, une longue traversée du désert, une éclosion accélérée puis une fin chaotique. Coéquipier de Pardo à ses débuts et de Gallas à la fin, il est aussi le point commun entre la génération perdue de la fin des années 80 et celle des mutins de Knysna.

Coincé entre Christian Karembeu et Patrick Vieira, qui l’ont précédé et lui ont succédé aux côtés de Deschamps, Emmanuel Petit s’est imposé grâce à son volume physique et sa technique de gaucher. Mais si son Mondial 1998 aura été brillant, son Euro 2000 miné par une forme précaire sera très moyen (il manque la moitié des matches, dont la finale contre l’Italie) et son Mondial 2002 raté (il touche le poteau sur coup-franc contre l’Uruguay, prend un deuxième carton jaune et manque le dernier match contre le Danemark). Au final, c’est donc bien pour sa coupe du monde en France qu’on se souviendra de lui. Ce n’est déjà pas si mal.

Une carrière intermittente

De la première à la dernière sélection de Petit, les Bleus ont joué 141 fois, soit presque le total de Lilian Thuram. Mais il a fallu douze ans et demi à Petit pour atteindre soixante-trois sélections. Ça fait une participation bien faible, 44% de matches joués seulement (Deschamps en a joué 85%). Au classement des sélectionnés, Petit se retrouve pile à la trentième place, à égalité avec Roger Marche (qui fut longtemps recordman) et derrière Marius Trésor. Giroud l’a dépassé et Matuidi n’est plus très loin derrière.

Joueur Sel Tps
jeu
mn
%
tit
G N P Buts
27 Marius Trésor 65 5679 98% 28 19 18 4
28 Bacary Sagna 65 5292 91% 36 15 14 0
29 Roger Marche 63 5619 98% 30 13 20 1
30 Emmanuel Petit 63 4541 89% 39 12 12 6
31 Luis Fernandez 60 4680 85% 33 18 9 6
32 Robert Jonquet 58 5220 100% 27 11 20 0
Voir le tableau des joueurs 

Un total de buts honorable

Avec six buts marqués, Petit se situe au niveau de Giresse, Fernandez et Vieira. Sa moyenne est basse, mais normale pour un récupérateur (0,10), à peine inférieure à celle de Giresse, qui lui était milieu offensif. De plus, deux de ses buts ont été marqués à des moments très importants, contre le Danemark et le Brésil à la coupe du monde 1998.

Joueur Buts Sel buts/
match
CF Pe 2 3+
61 Paul Pogba 6 38 0,16 0 0 0 0
62 Alain Giresse 6 47 0,13 0 0 1 0
63 Luis Fernandez 6 60 0,10 0 1 0 0
64 Emmanuel Petit 6 63 0,10 1 0 0 0
65 Patrick Vieira 6 107 0,06 0 0 0 0
66 Jean Sécember 5 4 1,25 0 0 0 1
67 Désiré Koranyi 5 5 1,00 0 0 2 0
Voir le tableau des buteurs

Son équipe préférentielle

Pour établir le onze-type avec lequel Petit a passé le plus de temps sur le terrain (il compte lui même 4541 minutes de présence, soit 72 minutes par match), j’ai choisi le criètere du minutage plutôt que du nombre de matches. En effet, Petit compte plus de matches en commun avec Vieira (36) qu’avec Barthez (33), mais beaucoup moins de temps en commun avec le premier (1560 minutes) qu’avec le second (2544). Petit et Vieira n’ont d’ailleurs joué que cinq matches entiers ensemble, et ils se sont croisés six fois.

Cette composition est frappante : c’est quasiment l’équipe-type du mondial 1998 (où Vieira et Henry étaient remplaçants, Karembeu et Guivarc’h titulaires). Les quatre joueurs suivants sont Lebœuf, Trezeguet, Wiltord et Dugarry, soit à une exception près (Wiltord), quasi-exclusivement France 98.


 

14 novembre 1993 à Clairefontaine. Houllier, Papin, Le Guen et Petit parlent du match à venir. Un certain France-Bulgarie...

Ses sélectionneurs

Emmanuel Petit a été retenu par cinq coaches différents : peu d’internationaux français peuvent en dire autant [1] Lancé par Platini, avec qui il ne jouera que trois fois, il s’est installé en sélection avec Gérard Houllier qui le faisait jouer arrière gauche où, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas fait des étincelles. Si Aimé Jacquet l’appelle pour deux matches anecdotiques en 1994 et 1996 puis semble l’oublier, jusqu’à l’automne 1997. C’est là qu’il accroche, malgré une blessure, le bon wagon pour la coupe du monde, même s’il ne faisait pas partie des favoris pour la liste des 22. C’est avec Roger Lemerre qu’il va jouer plus de la moitié de ses matches, mais quand Deschamps se retire en septembre 2000, son heure est passée. Jacques Santini ne le retiendra que trois fois avant qu’il n’abandonne la sélection à 32 ans.

Son premier match : 15 août 1990, France-Pologne

Il n’a pas encore vingt ans quand Michel Platini le sélectionne au poste d’arrière gauche pour un match de préparation contre la Pologne (0-0) dans un Parc des Princes aux deux-tiers vide. Avec une défense bancale (Amoros, Sauzée, Casoni et Petit) les Bleus souffrent en première période, jusqu’à la rentrée de Boli à la mi-temps. Quant à la prestation de Petit, elle n’a pas marqué le sélectionneur puisqu’il ne le rappellera que dix-huit mois plus tard, pour la préparation de l’Euro 92. Petit sera dans la liste des vingt joueurs retenus pour la Suède, mais il ne jouera pas.

Son match-référence : 12 juillet 1998, France-Brésil

Sa 26ème sélection est aussi le sommet de sa carrière. Ce jour-là à Saint-Denis, Petit va faire un match de très haut niveau, contribuant aux côtés de Deschamps et Karembeu (nerveux et maladroit) à verrouiller le milieu de terrain à triple tour. En première mi-temps, il tire le corner qui permet à Zidane d’ouvrir le score, puis il tente sa chance du droit, à la gauche du point de pénalty, après une frappe de Karembeu contrée par Baiano. Son tir, dévié par Cafu, frôle le poteau de Taffarel. Et dans le temps additionnel, à la suite d’un dernier corner brésilien, il porte l’estocade au terme d’un contre à trois, Dugarry lançant Vieira dont la passe sans contrôle est prolongée du gauche dans le but de Taffarel. Le millième de l’histoire des Bleus !

Son dernier match : 12 février 2003, France-République tchèque

L’arrivée de Jacques Santini à l’été 2002 marque le début de la fin pour Petit. S’il porte le brassard pour la seule fois de sa carrière internationale en novembre contre la Yougoslavie après la sortie de Desailly à la mi-temps, le France-République tchèque de l’hiver 2003 sera sa dernière sélection. Quand il sort à un quart d’heure de la fin, remplacé par Pedretti, les tchèques mènent déjà 2-0 (score final). A la suite de ce match, l’équipe de France enchaînera une série-record de 14 victoires consécutives. Mais ce sera sans Petit.

[1Sur 896 joueurs, il y en a sept dans ce cas. Les six autres ont joué dans les années soixante, période de grande instabilité pour les sélectionneurs. Il s’agit de Bernard Blanchet, Joseph Bonnel, Georges Carnus, Philippe Gondet, Georges Lech et Jacques Simon. Entre mai 1964 et mars 1969, l’équipe de France est successivement dirigée par Georges Verriest, Henri Guérin, un tandem Jean Snella-José Arribas, Just Fontaine (deux matches !), Louis Dugauguez et Georges Boulogne. C’est à partir de ce dernier que commence enfin une période de stabilité, avec douze sélectionneurs en quarante-sept ans.

pour finir...

Légende des tableaux et des graphiques :
J : matches joués - G : gagnés - N : nuls - P : perdus - B : buts marqués - b/m : moyenne de buts par matches - C : capitaine. Dans les graphiques, le bleu représente les victoires, le gris les matches nuls et le rouge les défaites.

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