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Lilian Thuram, deux balles dans le damier

Publié le 1er janvier 2013, mis à jour le 14 mars 2015

142 sélections, un titre de champion d’Europe, un autre de champion du monde marqué par un doublé en état de grâce contre les Croates et leur maillot à damier. Il est né un premier janvier, messieurs mesdames, voici Lilian Thuram.

Mise à jour d’un article publié le 1er janvier 2011.

Son apport

Appelé par Aimé Jacquet en tant qu’arrière droit, Lilian Thuram va occuper ce poste en sélection près de dix ans, formant avec Marcel Desailly, Laurent Blanc et Bixente Lizarazu la meilleure ligne défensive (les Anglais disent back four) de l’histoire de l’équipe de France, et peut-être même de l’histoire du football. Impassable dans son couloir (on se souvient d’une phase de jeu, dans les dernières minutes de la finale contre le Brésil en 98, où Denilson qui vient d’entrer, tente d’embarquer Thuram par une série de passements de jambes en accéléré, jusqu’à ce que le défenseur français mette le pied en opposition et relance avec un sang-froid remarquable), il était capable de contre-attaquer rapidement, et de proposer des solutions dans un secteur de jeu moins investi que le côté gauche (celui de Lizarazu, Petit, Zidane et Dugarry).

Après 2000 et le départ de Laurent Blanc, Thuram a progressivement demandé à se recentrer en défenseur axial, où on lui a longtemps préféré Franck Lebœuf, Mickaël Silvestre, voire Philippe Christanval. Il faudra attendre la coupe du monde en Corée du Sud pour voir enfin Thuram dans l’axe, suite à la sortie sur blessure de Lebœuf contre l’Uruguay. Mais son association avec Desailly, improvisée et affaiblie par la présence de Candela à droite, ne donnera rien de bon contre le Danemark (0-2).

A nouveau replacé à droite par Santini au profit de Gallas, Thuram attendra l’automne 2003 pour gagner définitivement son statut de défenseur axial, où il passera ses quatre dernières années en bleu. Mais ce n’est que lors des matches de préparation à la coupe du monde 2006 qu’une charnière centrale stable sera constituée, avec William Gallas. Avec lui, Thuram va devenir le patron indiscutable de la défense des Bleus, réalisant des performances exceptionnelles lors des quatre matches décisifs contre l’Espagne, le Brésil, le Portugal et l’Italie.

Enfin, et même si c’est hors du jeu, Thuram a joué un rôle non négligeable dans la déconstruction de l’image du footballeur bourrin passionné de fringues, de grosses voitures et de petites pépées. Fin connaisseur de l’histoire de la colonisation, il a parlé de ses références dans un livre [1], fait partie un temps du Haut conseil à l’intégration et de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et vivement critiqué l’actuel président de la République lors des émeutes dans les banlieues de novembre 2005. En septembre 2006, avec Patrick Vieira, il avait invité 81 personnes qui occupaient un squatt à Cachan pour un match contre l’Italie au stade de France.

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En avril 1995, France 3 diffuse un portrait du jeune défenseur monégasque qui compte alors deux sélections en équipe de France. Gérard Banide, son entraîneur, affirme que Thuram a tout pour devenir une star.

Thuram au classement des sélections

La place de Lilian Thuram est vite trouvée : c’est la première. Loin devant Thierry Henry, Marcel Desailly ou Zinédine Zidane, le Guadeloupéen est recordman pour de longues années encore, le seul joueur pouvant potentiellement le rejoindre étant Karim Benzema. Son taux de participation [2] de 78%, soit 41 matches manqués en 14 ans de carrière internationale, est bon mais pas exceptionnel. S’il n’avait pas quitté l’équipe de France pendant un an entre juin 2004 et août 2005, soit dix rencontres, il aurait pu atteindre les 150 sélections.

Joueur Sel G N P Buts
1 Lilian Thuram 142 93 34 15 2
2 Thierry Henry 123 74 33 16 51
3 Marcel Desailly 116 78 26 12 3
4 Zinedine Zidane 108 73 27 8 31
5 Patrick Vieira 107 65 26 16 6
6 Didier Deschamps 103 68 23 12 4
7 Bixente Lizarazu 97 65 23 9 2
8 Laurent Blanc 97 62 25 10 16
9 Sylvain Wiltord 92 64 16 12 26
10 Fabien Barthez 87 61 19 7 0
Voir le classement complet des joueurs

17e joueur le plus sélectionné au monde

Lilian Thuram occupe fin 2012 la 17e place au tableau des recordmans de sélections nationales [3]. Il est menacé par Essam El Hadary (Egypte, 137 sélections), Gerardo Torrado (Mexique, 134) et Anders Svensson (Suède, 132). C’est un classement très honorable si on le filtre un peu, par exemple en ne retenant que les joueurs des nations championnes du monde. Dans ce cas, Thuram n’est devancé que par l’Allemand Lothar Matthäus (150) et l’Espagnol Iker Casillas (143) et fait aussi bien que le Brésilien Cafu (142), et mieux que l’Argentin Javier Zanetti (141), les Italiens Fabio Cannavaro (136) et Paolo Maldini (126), l’Espagnol Andoni Zubizaretta (126), le Brésilien Roberto Carlos (125), l’Anglais Peter Shilton (125) et bien sûr Thierry Henry (123). On constatera que le top 10 des joueurs de pays champions du monde ne compte aucun Uruguayen.

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Thuram au classement des buteurs

Evidemment, ici les statistiques sont moins flatteuses. Avec deux petits buts en 142 sélections, Thuram ne peut faire mieux qu’une modeste 173e place. Mais, outre que c’est déjà plus que d’authentiques attaquants (Paille, Guivarc’h, Maurice, Robert, Pintenat...), il ne faut pas oublier que ces deux buts ont été marqués lors du même match, et pas n’importe lequel : le France-Croatie de juillet 1998 qui ouvrait aux Bleus les portes de leur première finale mondiale (voir plus bas).

Joueur Buts Sel buts/
match
175 Vincent Candela 2 40 0,05
176 Edmond Delfour 2 41 0,05
177 Bixente Lizarazu 2 97 0,02
178 Lilian Thuram 2 142 0,01
179 Julien Faubert 1 1 1,00
180 Roland Wagner 1 1 1,00
181 Jacques Vergnes 1 1 1,00
Voir le classement complet des buteurs

Son équipe préférentielle

107 partenaires ont joué au moins quelques instants en équipe de France aux côtés de Lilian Thuram, soit près d’un international sur huit. Si le plus fidèle aura été Zidane (95 matches en commun, on comprend mieux pourquoi le ballon d’or a insisté pour qur Thuram soit associé à son retour en sélection en août 2005) et le plus épisodique Franck Jurietti (huit secondes), on trouve dans cette liste des vétérans des années 90 comme Corentin Martins ou Bruno N’Gotty et des jeunes éléments actuels comme Nasri ou Benzema qui représentent la France des années 2010.

Pour le reste, son équipe préférentielle ne présente aucune surprise et reste très proche de celles de Lizarazu et de Deschamps. Rappelons que les dix premiers coéquipiers retenus sont ceux qui ont joué le plus de temps avec Thuram et pas forcément le plus de matches. Afin d’avoir une équipe homogène, j’ai toutefois préféré Djorkaeff à Gallas, même si ce dernier compte 98 minutes communes en plus, mais neuf matches de moins. Sylvain Wiltord, avec 71 matches (mais un temps de jeu moindre) arrive juste après.

Ses sélectionneurs

La très longue carrière de Thuram (près de 14 ans) n’a croisé la trajectoire que de quatre sélectionneurs. Trois d’entre eux, il est vrai, ont duré quatre ans ou plus, seul Santini ne faisant que passer (deux saisons). Si Thuram affiche des statistiques impressionnantes avec tous, c’est notamment par son extraordinaire pourcentage de titularisation : 134 fois sur 142 ! Avec Roger Lemerre et Raymond Domenech, il n’est jamais entré en cours de match, seulement deux fois avec Jacques Santini et six fois avec Aimé Jacquet, au début de sa carrière essentiellement. Et ses 93 victoires constituent un score exceptionnel, équitablement réparties dans les quatre périodes, ce qui témoigne d’une régularité à toute épreuve.

Premier match : 17 août 1994, France-République tchèque

Pour cette rencontre préparatoire aux qualifications de l’Euro 96, Aimé Jacquet aligne une étrange équipe avec une défense à cinq composée de Angloma à droite, Di Méco à gauche et Thuram, N’Gotty et Blanc dans l’axe, Desailly étant milieu défensif. A la mi-temps, les Tchèques mènent 2-0. A l’heure de jeu, c’est un autre débutant, Zinédine Zidane, qui entre à la place de Corentin Martins. En deux minutes à la fin du match, il rétablit l’équilibre (2-2) et vole la vedette au défenseur monégasque, qu’on ne reverra que deux minutes en janvier cette saison-là chez les Bleus. On ne le sait pas encore, mais ce soir d’août à Bordeaux viennent de débuter deux des plus grands joueurs de l’histoire.

Son match référence : 8 juillet 1998, France-Croatie

Jusqu’à la mi-temps de cette demi-finale, la coupe du monde de Thuram a été exemplaire. Sur son côté droit, personne ne passe, d’ailleurs le seul but encaissé par les Bleus l’ont été le jour où lui-même, Laurent Blanc et Bixente Lizarazu étaient de repos, contre le Danemark. Pourtant, après quelques secondes de jeu dans la deuxième période, une passe en revers d’Asanovic dans le dos de la défense prend le latéral droit en défaut de replacement. Couvert par Thuram, Suker entre plein axe dans la surface et bat Barthez. Si les Bleus manquent une finale historique, ce sera la faute à Thuram, c’est sûr.

Alors, dès l’engagement, il part à l’attaque. Le ballon est perdu sur l’aile droite, mais Thuram, rageur, le pique à Boban, Djorkaeff le récupère et lui remet instantanément dans la course, plat du pied en se couchant et but. Vingt-trois minutes plus tard, sur une transversale de Zidane, Thuram prend le couloir droit, appelle de l’aide, glisse à Henry dont la remise est brouillonne, mais Thuram a suivi, se débarrasse de Jarni et de l’entrée de la surface, enroule une frappe du gauche hors de portée de Ladic. Et là, ce geste magnifique entré dans l’histoire : Thuram à genoux, les bras croisés et le doigt sur la bouche, en état second. S’il ne reste qu’une image du titre mondial de 98, il se pourrait bien que ce soir celle-là.

 

Dernier match : 13 juin 2008, Pays-Bas-France

Il est mal parti, cet Euro 2008, après un bien triste 0-0 contre la Roumanie. Les Pays-Bas viennent de corriger l’Italie championne du monde (3-0) et vont faire voler en éclats la défense française, en marquant sur presque chaque occasion franche. Lilian Thuram, qui annonçait quelques semaines plus tôt vouloir jouer avec les Bleus jusqu’en 2012 (!), ne sait pas encore qu’il dispute le dernier match de sa carrière. Et pas le meilleur. Si le premier but batave, une tête de Kuyt sur corner avec Malouda au marquage, n’est pas de son fait, il est hors du coup sur le deuxième signé Van Persie, et se fait déposer par Robben sur le troisième avec un tir sans angle. Les Bleus ont bu la tasse (1-4, une première depuis 26 ans) et Thuram est dans la charette pour le match suivant contre l’Italie. Un mois plus tard, alors qu’il s’apprête à signer au PSG, le recordman de sélections découvre qu’une hypertrophie cardiaque lui interdit désormais le haut niveau. Son histoire en bleu s’est donc achevée à Berne, comme son nom l’indique.

 

[1Mes étoiles noires, éditions Philippe Rey

[2pourcentage de matches joués entre sa première et sa dernière sélection

[3Source : le site de la fifa

4 Messages

  • Lilian Thuram, deux balles dans le damier Le 1er janvier 2011 à 20:16 , par Matthieu

    Bonjour,

    D’après le site rsssf.com, Thuram compte 94 victoires, ce qui en fait le recordman mondial de matches remportés en sélection nationale...

    Meilleurs voeux pour 2011 et bonne continuation avec ce super site...

    Matthieu

    • Lilian Thuram, deux balles dans le damier Le 9 janvier 2011 à 21:10 , par bruno

      Bonjour, et merci pour votre message.

      Après vérification minutieuse, il y a une erreur sur le site de rsssf.com, ce qui explique l’écart d’une victoire avec mes stats :

      31 22- 4-98 Solna Sweden 2-0

      Or ce jour-là, il y a eu 0-0, donc 93 victoires et 34 nuls, et pas 94 victoires et 33 nuls.

      En revanche, où avez-vous trouvé l’info sur le record de victoires ?

  • Lilian Thuram, deux balles dans le damier Le 5 janvier 2013 à 10:17 , par Romain

    Même la FIFA s’est trompée :
    http://fr.fifa.com/worldfootball/ne...

    Casillas a ce record maintenant ;-(



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